‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 87 sur 237 · Tactique, dans Meursius, Ojjera, t. VI, p · texte numérisé non relu

Tactique, dans Meursius, Ojjera, t. VI, p

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vres. )) Ces louantes, du reste certainement exagérées, ont d'autant plus de poids, on l'a fait remarquer, que Mathieu d'Édesse est ordinairement d'une partialité extrême contre les Grecs. «. Nicéphore, dit encore Léon Diacre, était un juste, un scrupuleux observateur de la loi. d Les signalés services rendus par ce grand homme ù la cause de la religion, sa piété', ses victoires sur les pires ennemis de l'Église expliquent certaines exagérations des écrivains qui lui sont favorables. Ceux qui lui sont plutôt hostiles, tels que Cédrénus, Zonaras, Glycas, sont par contre assez durs pour lui. Ils accusent surtout son avarice célèbre ',

Sceau (le plomb de NicépUoro Phooas. On ne counait qae ce seul exemplaire, qui appartient à M. Sorlin Dori^'iiy <li; Constantiuople. Ou ne possède non plus de cet empereur ni bulle d'or ni bulle d'argent. Aa rêvera de ce petit monument, figure le buste de Nicépliore de face, Têtu de la robe impériale à grands carreaux, la barl)c et les cheveux longs et bouclés, tenant de la main droite la croix, de la gauche le livre des Évangiles. Au droit, la Vierge des Blacberncs dans l'attitude de l'oraison , portant sur la poitrine un médaillou orué de la tc'te de son divin Fils La légende signifie : Théotokos, prite secours à Xicéjihore despote.

sa dureté envers les petits, sa rigueur extrême daiLS la répression, sa partialité inouïe à l'égard des soldats, auxquels il donnait constamment raison même dans leurs pires excès. Cependant cette rigueur même, qu'on a été jusqu'à taxer de cruauté, n'était, je le répète, qu'une juste et impitoyable sévérité. Quant à son avarice, elle semble incontestable ; mais, encore une fois, n'était-ce point là bien plutôt économie bien entendue des deniers publics, économie organisée par un empereur

1. Il faisait, je l'ai dit, sa société habituelle desmoines.il fit, malgré son avarice, des dons importants aux couvents, à ceux du mont Athos en particulier. Voyez page 319. Consultez aussi les notes à I^on Diacie,Gd. Bonn, p. 426. Il y est dit^ d'après un manuscrit de la Bibliothèque nationale, ainsi qu'on le vemx tout à l'heure, qu'après la prise de Crète, Nicéphore, en reconnaissance d'une prédiction de Sîiint Athanase du mont Athos, qui lui avait prophétisé ses victoires sur les Arabes, préleva sur sa part du butin cent livres d'or pour permettre au saint de fonder le monastère de la L;iure dans la sainte montagne, où il voulait se retirer. Nous verrons qu'après qu'il fut devenu empereur, saint Athanase s'efforça encore de le décider à quitter le troue pour la vie du cloître. Le récit de Zonaras, disant que Nicéphore en imposa h Bringas en feignant de vouloir se retirer dans un cloître, n'est donc, je le répète, pas tout A fait sans fondement. Voyez la note de la page 2()7.

2. Voyez dans Gibbon la justification présentée par cet auteur de la prétendue avarice de Nicéphore.

prévoyant qui ne songeait qu'à fortifier et à augmenter l'armée, miique sauvegarde de l'Etat en ces temps troublés.

Il faut reconnaître encore que Nicépliore , en véritable homme de son temps, en véritable montagnard aussi, joignait aux plus mâles vertus, d'autres qualités moins estimables à coup sûr, mais ayant bien leur utilité, surtout à cette époque : la finesse, la ruse même allant jusqu'à la duplicité. Ces qualités qu'on nommerait aujourd'hui des défauts n'avaient pas alors, principalement en Orient ,1e même mauvais renom que de nos jours. Dans toute la conduite de notre héros, depuis la mort de son prédécessur jusqu'à sa proclamation et son entrée àConstantinople,la ruse joue un rôle sinon unique, du moins absolument prépondérant.

De tous les détracteurs de Nicépliore, le plus violent comme le plus célèbre et certainement le plus injuste, fut le Latin Luitprand, le prélat diplomate qui vint à Constantinople en 968 en qualité d'ambassadeur d'Othon I"'" d'Allemagne. Nous le verrons tracer de l'empereur d'Orient le portrait physique et moral le moins flatteur \ Mais il fut juge à tel point prévenu et partial, il s'est montré si furieusement exaspéré contre Nicéphore et son entourage, auxquels il ne pouvait pardonner son lamentable séjour forcé à Constantinople, que son témoignage sur ce point est vraiment sujet à caution.

Le continuateur anonyme de la chronique de Georges Moine ou Hamartole, après avoir fait de Nicéphore un éloge qui semble exagéré, ajoute ces lignes significatives : « Il ne fut ni bienfaisant ni généreux , et ses défauts obscurcirent toutes ses belles qualités au point qu'on peut le comparer à un arbre dépouillé de ses feuilles. »

Mais il est un côté tout particulier du personnage de Nicéphore sur lequel je n'ai pas encore suffisamment insisté. C'était bien là une nature toute de contrastes. Cet homme si amoureux des choses de la guerre, ce soldat ardent autant qu'infatigable fut, à l'égal de tant de ses contemporains, un homme prof ondément religieux , si pieux, si austère qu'il semble avoir eu toute sa vie, chose presque incroyable, la nostalgie du

1 . Et cependant ce portrait présente dans ses grandes lignes , du moins pour ce qiii est des qualités physiques de Nicépliore, de nombreux points de ressemblance avec celui qui nous est donné par Léon Diacre.

KMPKBEUIl BYZAXTly.

cloître et songea t\ plusieurs reprises à se faire moine, désir assez étrange chez ce même homme qui, plus tard, par amour du bien public , devait devenir l'adversaire courageux et déclaré des ordres religieux et s'opposer à ce point à leurs incessants désirs d'agrandissement qu'il s'en attira la haine du clergé tout entier. Déjà les chroniqueurs byzantins insistent sur ces sentiments de piété fervente, de mysticisme de Nicéphore; j'ai dit plus haut et je dirai encore d'après eux l'amour qu'il portait aux rehgieux et comme il aimait à s'entourer d'eux, l'influence qu'ils exerçaient sur son esprit, les austérités et les abstinences extraordinaires qu'il tenait à s'imposer, la vie toute monacale qu'il mena durant tout son règne au Palais Sacré, couchant sur la dure, passant ses nuits en prières ou dans la lecture des psaumes. Mais il est une autre source toute spéciale et très curieuse d'informations précieuses sur ce côté de la vie de Nicéphore, source qui n'a guère été exploitée jusqu'ici. Je veux parler des Vies des pères du mont Athos ou biographies des saints athonites et de quelques autres documents d'ordre religieux tout semblables. La plus importante de ces biographies pour l'histoire de la vie spirituelle de Nicéphore est celle de son célèbre contemporain saint Athanase. Puis vient celle du propre oncle de notre héros, le bienheureux Michel Maleïnos'. On trouve dans ces pieux récits des indications extrêmement intéressantes sur la ferveur religieuse de Nicéphore et sur ses goûts monastiques. Je demande la permission d'en utiliser ici quelques passages qui nous feront mieux connaître notre héros que tous les racontars plus ou moins suspects des chroniqueurs officiels , dos Léon Diacre ou des Cédrénus ".

Le moine Michel Maleïnos , propre oncle maternel de Nicéphore, fut, à son époque, un personnage fort renommé pour sa piété. Après sa mort, l'Eglise grecque le mit au nombre des saints. Nicéphore eut

1. On trouve encore quelques détails affirmant la vocation monastique de Nicéphore dans les vies de deux autres saints grecs : saint Nicon dit Metanolteet saint Paul duLatron, puis aussi dans les ti/pica on règles de la Laure de T Athos, rédigées par saint Athanase en personne, enfin dans une chronique manuscrite inédite qui est à la Bibliothèque nationale, chronique plusieurs fois citée par M. Syrkow dans le curieux mémoire auquel j'emprunte tous les détails qui vont suivre. Hase, dans ses notes à Léon Diacre, éd. Bonn, p. 426, mentionne également ce document de la Bibliothèque nationale.

2. J'emprunte tous ces détails, ainsi que je le dis dans la note précédente, à un très intéressant mémoire publié récemment par l'historien russe M. P. Syrkow. Voyez à la Bibliographie.

toujours j)Our son parent la vénération la plus profonde; il le consultait pieusement sur toutes choses et lui rendait un véritable culte. Nous savons déjîV (jue lorsque le saint homme s'en fut allé au paradis, son iinix*rial neveu ne voulut ])lus dormir qu'enveloppé dans les plis de la niandya ou manteau du bienheureux. Celui-ci, de son vivant, étiiit higoumène du grand monastc-re de Cymine en Thessalie '. Nicéphore, n'étant encore alors que chef de l'armée d'Orient, et I^éon son fibre lui rendaient de fréquentes visites. Parmi les disciples venus faire leur profession de foi dans le monastère du saint homme, un des plus célèbres fut le fameux saint Athanase, surnommé Athonite parce qu'il fut le constructeur de la grande Laure , un des plus illustres couvents de la sainte montagne. La vie de ce saint nous a, je l'ai dit tout à l'heure, été conservée dans les vies des pères de l'église de l'Athos. Nous y lisons ce qui suit. Nicéphore, étant déjà stratilate, autrement dit généralissime de toutes les forces de l'Orient, alla une première fois, dans la capitale, rendre visite à son oncle l'higoumène de Cymine, venu à Constantinople pour affaires de son couvent. Il trouva le vieillard en conversation spirituelle avec un de ses néophytes nommé Abraham, le futur saint Athanase. Nicéphore, dit le biographe anonyme, fixant sur le jeune moine son regard pénétrant, devina aussitôt quel serait cet homme remarquable et combien sa vie serait utile à l'Eglise. A peine Abraham s'était-il retiré qu'il s'informa de lui auprès de son oncle, et surtout des motifs qui lui avaient fait embrasser la vie religieuse. Michel Maleïnos lui fit le récit détaillé de cette vocation extraordinaire et dès lors Nicéphore, jusqu'au jour de sa mort, conserva pour cet homme un culte véritable. Peu après, dans une de ces pieuses visites à son oncle, cette fois au monastère même de Cymine, visites qui se répétaient de plus en plus fréquentes, il s'enquit à nouveau du néophyte dont les entretiens l'avaient tant charmé. Maleïnos lui apprit que l'humble moine s'appelait maintenant Athanase et qu'il opérait des miracles. Léon Phocas, de venu à ce moment domestique de l'Occident, accompagnait cette fois

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