Ou encore Ctimène, sur les confins de la Dolopie
encore son frère. Cédant à leurs instances, leur oncle leur ménagea une entrevue nouvelle avec « ce trésor inestimable » et les conduisit à la cellule solitaire du pieux thaumaturge. L'impression que leur produisit à nouveau cette parole ardente fut si profonde, les exhortations du religieux les touchèrent et les consolèrent si extraordinairement, paraît-il, qu'ils durent faire effort pour se séparer de lui. De retour au monastère, ils remercièrent avec une telle effusion leur oncle de leur avoir fait connaître un aussi saint homme, que Maléïnos se décida à le leur donner comme directeur spirituel, leur enjoignant de lui obéir |
aveuglément en toutes choses. Chaque nouvel entretien avec Athanase ne fit qu'augmenter pour lui leurs sentiments d'admiration, et l'higoumène de Cymine, dans sa pieuse allégresse, ne savait assez bénir la grâce divine qui mettait une telle puissance en la bouche de son fils spirituel. Finalement, Nicéphore fit à Athanase la confidence secrète de son ardent désir de quitter, lui aussi, les pompes de ce monde pour embrasser la vie monastique \ Son désir était de faire son noviciat au couvent même de Cymine. Son directeur, tout en l'encourageant, l'engagea à s'en remettre à Dieu, qui lui indiquerait l'heure favorable pour mettre sa résolution à exécution. Les deux frères, dit le pieux récit, s'en allèrent enfin de ce lieu béni, fortifiés par les prières d' Athanase, la paix au cœur, avec un grand profit pour leurs âmes.
Peu après, Athanase quitta secrètement Cymine pour aller mener la vie de cénobite dans les solitudes du mont Athos. Ce départ se fit à l'insu de Nicéphore, qui en conçut un violent chagrin et fit partout rechercher son saint ami. Ayant finalement recueilli quelques indices sur le lieu de sa retraite, il écrivit à un juge de Salonique qui était de ses relations, le suppliant de se rendre au mont Athos à la poursuite du solitaire dont il lui donnait le signalement, lui jurant, s'il parvenait à le rejoindre, de ne jamais oublier ce service sa vie durant. Le juge partit pour la sainte montagne, mais, en dépit de tous ses efforts, il ne parvint pas à retrouver les traces du fugitif. Léon Phocas fut plus heureux. Lui aussi s'était rendu au mont Athos ; il y allait dans le
1. Dans la Vie de saint Michel Maléïnos, le récit est identique; seulement la confidence de Nicéphore est adressée non à Athanase, mais à son oncle l'higoumène. Voy. Syrkow, op. cit., appendice II.
:îi7
double but de rechercher Atlianase et de remercier la Panagia de lui avoir donné la victoire sur les Hongrois. Il eut la chance de retrouver le solitaire.
La liaison d'Athanase et du glorieux Nicéphore se poursuivit toujours plus intime. Durant la campagne de Crcte, avant laquelle le voyant avait prophétise la victoire des Grecs «t l'expulsion des Sarrasins, durant cette campagne si longue, si difficile, si éprouvante, le vaillant capitaine sentit plus que jamais le besoin de profiter des conseils du saint homme; probablement aussi il désirait user de lui pour rrinonter
Sceau (l'argent de la communauté du mont Athos. La Vierge oraute rortant sur sa poitrine le médaillon de son Fils. La légende signifie : l^eau de l'épUtati* (supérieur) de la communauté de la SnirUe MoHlagne. Pub Tient la date et une inscription en langue turque.
les courages de ses dévotes phalanges. Les pieux récits auxquels j'emprunte ces détails nous disent qu'il fit plusieurs fois supplier avec instances l'ascète de venir le rejoindre '. Atlianase, cédant enfin à ses vœux et quittant sa retraite, alla k travers les mers retrouver dans son camp son fils spirituel. Ce devait ctre dans les derniers jours de l'an 960 ou dans les premiers de l'an 961. Le saint ne quitta plus Nicéphore jusqu'à la prise de Chandax et la conquête définitive de l'île. L'heureux vainqueur, convaincu qu'il devait ses succès aux prières du religieux , le supplia de faire construire en signe de reconnaissance un grand monastère sur le mont Athos. Ce fut là l'origine de cette fameuse Laure de la sainte montagne, dont aujourd'hui encore le plus beau titre de gloire
1. Voyez Syrkow, op. cit., pp. 17 seq. J'emprunte, je le répète, à cet auteur tout ce rèdt, que luimême a tiré des Vie$ des saints Athonites et de VUutoirt de l' Athos Porphyrios.
est d'avoir été fondée par le grand Athanase, pour cette raison surnommé l'Athonite. Qui eût pu songer alors que, si peu de temps après, Nicépliore serait amené par les cruelles nécessités de la politique à interdire dans toute l'étendue de son empire la construction de tout nouveau couvent. Il n'en était point là pour le moment, et son zèle dévot le dominait tout entier.
Athanase, en homme prudent et sage qui préférait à tout son existence d'ascète solitaire, résista fort longtemps à ces prières de Phocas. Cependant une fois de plus il finit par céder, et la construction du couvent célèbre fut résolue. Les plus touchantes relations existaient vraiment entre lui et le chef victorieux. Alors encore, Nicéphore, après ce grand triomphe qui avait porté si haut sa renommée et sa gloire, ne songeait, affirment tous ces récits, qu'à fuir le monde et à embrasser la vie monastique, et c'est ce qui le faisait tant insister pour la construction du monastère où il méditait d'aller terminer ses jours auprès d' Athanase. Rappelant à celui-ci les aspirations pieuses dont il lui avait tant fait part jadis, il lui tenait ces discours : « Père très saint, Crète est reconquise ; vous n'avez plus rien à redouter pour la sécurité de votre sainte montagne des incursions des Agarènes impies ; vous n'avez plus à craindre les incessantes agressions de ces pillards maudits qui venaient enlever vos moines presque sous vos yeux; je les ai détruits, grâce à l'efficacité de vos prières; ils ont disparu à jamais des mers et des rivages de l'Archipel ; je n'ai plus à vous protéger contre eux. Moi qui vous ai si souvent promis de me retirer loin du monde et d'embrasser la vie monastique, aucun obstacle ne m'empêche plus de suivre ma vocation, maintenant que je vous ai délivré. Donc, je vous en prie, construisez pour nous deux sur votre sainte montagne un pieux monastère, asile paisible où nous pourrons nous isoler avec nos frères, et une église spacieuse où chaque jour du Seigneur notre congrégation pourra goûter réunie les joies de la communion * . Voici, prélevé sur le butin que j'ai conquis en Crète,
1. La chronique inédite de la Bibliothèque nationale que j'ai mentionnée plus haut ajoute ces mots : « Il existait une prédiction mystérieuse disant que Nicéphore s'en irait mourir là où s'établirait saint Athanase, et que leur fin serait commune. »