Veggio
E uel vicario suo Cristo esser catto...
(Dante, Purgatoire, XX.)
sur les autels, quand il recevrait autant d’hommages que le saint Pierre dont la bouche des fidèles a usé le pied de bronze^ Pie IX ne serait pasplus honoré, il n’aurait pas de dévots plus fervents et plus convaincus que de son vivant, lorsque dans les loges du Vatican il voyait les pèlerins se presser à ses genoux et couvrir scs mains de leurs baisers.
Li’élévation au trône pontifical du cardinal Mastaï Ferretti fut pour Rome, pour le conclave même, une surprise, presque une déception. On savait peu de chose du nouvel élu, et il y avait peu de chose à en apprendre, rien qui pût faire présager le rôle du souverain ou du pontife. Sauf un voyage d’un ou deux ans au Chili, à la suite d’un vicaire apostolique, le successeur de Grégoire XYI n’avait fait que parcourir régulièrement le cursus honoi'um d^une carrière romaine, tour à tour abbé, prélat, évêque, cardinal. Ce qu’il y avait de plus notable dans cette existence ecclésiastique, c’est qu’elle n’avait point commencé dès l’enfance. Au lieu d’avoir, comme tant de ses compatriotes, grandi sous la soutane, le jeune Mastaï ne s’était consacré à l’autel qu’à l’âge d’homme. Ce n’est qu’à vingt-quatre ans, en 1816, qu’il quitta les vêtements séculiers, ce n’est qu’à vingt-sept ans, en 1819, qu’il dit sa première messe. Sa vocation lui vint de la déception de ses espérances mondaines. Avant de se vouer à l’Eglise, le futur pape avait voulu porter les armes et l’uniforme militaire. Une maladie nerveuse, l’épilepsie, dit-on.
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lui avait fait refuser l’accès de la garde noble; la meme infirmité eût pu l’arrêter au seuil des dig^nités ecclésiastiques, s’il n’eût passé pour avoir été guéri par riiitercession de la Yierge. Un miracle lui avait ainsi ouvert les portes de l’Église, dont le Saint-Esprit lui devait inopinément confier la direction.
Ce qui valut la tiare à Pie IX, ce fut la répugnance de la majorité du sacré collège pour l’impérieux cardinal Eambruscliini ; ce fut ensuite la j)ureté de ses mœurs, la sincérité de sa foi, l’aménité de ses manières, puis aussi un certain renom d’humeur libérale ou tolérante, et la douceur que, dans son archevêché de Spolète, il avait montrée aux insurgés de 1831 et aux inculpés politiques. Grégoire XYI laissait l’Etat pontifical fatigué d’un long régime de compression et travaillé par les idées nouvelles. De tous côtés, parmi les laïques, parmi le clergé même, l’on réclamait un pape disposé aux réformes. Un vague souffle de l’esprit de liberté qui remuait déjà la péninsule avait pénétré jusqu’à travers les portes murées du conclave. Le cardinal Mastaï fut nommé 2 :>ar réaction contre le régime précédent, sans que personne sût bien ce que serait Pie TX, sans même que la plupart des cardinaux qui lui donnaient leur voix lui crussent de réelles chances de succès. L’élu du sacré collège se trouvait être l’un de ses scrutateurs et ce>futà Pie IX de dépouiller les votes qui l'élevaient à la chaire suprême. A ses yeux, comme plus tard aux yeux de bien des fidèles, cette élection imprévue
PIE IX
eut quelque chose de spécialement providentiel et j)resque de merveilleux.
Le nouveau pape sembla d’abord dépasser les espérances de ceux qui, en Italie et au delà des monts, attendaient le plus de la papauté. Un de ses premiers actes fut une amnistie générale pour les condamnés politiques que Grégoire XVI tenait incarcérés dans ses prisons ou exilés à l’étranger. L’amnistie fit d’autant plus de bruit à Rome et en Italie qu’on la savait combattue par l’Autriche, alors omnipotente dans toute la péninsule. A cet acte spontané du nouveau jiontife, ce fut des Alpes à l’Etna un délire d’enthousiasme. Les plus hardies espérances i*Êdoniièrent subitement carrière. L’Italie crut avoir trouvé un pape italien et libéral. Pour un homme naturellement enclin à la confiance et à l’optimisme, naturellement ouvert aux émotions généreuses, cette allégresse de toute une nation était le plus pressant des aiguillons.
Pie IX entendit le cri, de réfo7'7ne qui en 1847 résonnait à Rome comme à Paris. Tout était à refaire dans l’Etat romain. En restaurant la souveraineté pontificale , Pie VII et ses successeurs avaient rétabli tout ce qui, dans l’ancienne monarchie ecclésiastique, convenait au despotisme ou à la centralisation etpri^garde de relever les anciens vestiges des libertés locVles effacées par la Révolution et par Napoléoff'. Pie IX rendit aux provinces des assemblées pro4inciales, à Rome une municipalité; il ouvrit aufl^yÿi^ues l’accès de l’administration, il relâcha l^^^^^s de la presse, il institua
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