‹ Un enfant (volume 2)Chapitre 19 sur 22 · V\ ENFANT. 20 J · texte numérisé non relu

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exaltation d'idées telle qu'on aurait pu croire son cerveau malade.

Alors Gustave lui-même s'abandonnait au désespoir. — Que je suis malheureux î docteur, disait-il quelquefois à Thévenot : une patience de saint n'y résisterait pas. Le croiriez -vous?

tantôt elle a l'affreux courage de m'ac cuser de la mort de sa mère, tantôt elle m'accuse de vouloir la faire mourir de chagrin elle-même, pour me débarrasser tout ensemble et d'elle et de son enfant, qui m'importunent, à ce qu'elle dit. Cette femme a un caractère affreux. Si elle n'était pas enceinte , il y a long-temps que je Taurais quittée , je vous jure ! Tous les jours, ce sont de nouvelles scènes plus fatigantes les unes ([ue les autres.

Elle veut, elle ne veut plus ; elle me demande pardon, et elle m insulte;

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elle dédaigne ce qu'elle désirait tout à 1 heure, elle désire ce qu'elle repoussait une minute auparavant. . . Ma vie est un enfer. Vous le comprendrez mieux quand je vous aurai dit que je ne veux pas la quitter , et que pourtant je la déteste.

Tliévenot cherchait à calmer Gustave en excusant Louise. Il attribuait, avec une apparence d e raison , l'âpre té , 1 irrégularité du caractère de Louise à une cause tout accidentelle : sa grossesse. Le docteur assurait que chez certaines femmes la gestation amène l'irritabilité d'humeur dont Louise donnait de si fréquentes et de si déplorables preuves. Mais Gustave paraissait peu touché de cette excuse toute médicale. Malheureux par l'effet , que lui importait la cause? Il est

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rare que Texcès de la souffrance ne nous rende pas injustes envers les personnes par qui nous souffrons. Quoi que pût dire le docteur, Gustave resta convaincu que Louise le tourmentait par déraison , par calcul, ou par méchanceté.

Un matin où il trouva Louise qui pleurait abondamment , il demanda quelle raison elle avait pour pleurer encore. Elle le laissa Tinterrog^er longtemps avant de répondre : enfin elle dit que , le docteur lui ayant recommandé la promenade comme un exercice salutaire à sa grossesse , il était bien cruel que Gustave ne 1 emmenât jamais au dehors .

— Mais c'est vous qui ne voulez pas sortir avec moi, réj)ondit Gustave. Je

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VOUS en ai fait la proposition une fois, et..

— Oui , une fois , ré])liqua Louise , et vous ne me Tavez plus faite depuis. Vous seriez honteux que vos amis vous rencontrassent avec une femme. . .

Il était vrai que Gustave ne se souciait pas trop de promener à travers les rues de Paris une femme enceinte ; mais, malgré cetterépugnance,etpour en cacher le motif, il s offrit immédiatement à conduire Louise en quelque lieu qu elle eût dessein d aller, se promettant tout bas de lui faire prendre une voiture au bout de vingt-cinq pas de chemin. Louise s habilla , comme pour éprouver si Gustave était de bonne foi dans sa résolution ; puis , quand elle fut prête , et qu elle le vit lui-même disposé à sortir, elle refusa

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la promenade, sous prétexte quelle ne pouvait se montrer enceinte dans la rue , au bras d'un homme qui n'était pas son mari.

Ces caprices, ou d'autres semblables, qui se succédaient en changeant de forme et de but à toute heure de la journée , excitaient au dernier point , comme on le pense , les passions violentes de Gustave. Dans un moment d exaspération , il s'oublia jusqu'à porter la main sur Louise. Ce fut une scène horrible. Louise cria de toutes ses forces, disant que Gustave la frappait pour tuer son enfant. Tel fut son délire , qu elle ouvrit la fenêtre pour appeler au secours.

Gustave s'enfuit ainsi qu'un criminel. Une semaine tout entière, il se tint éloigné de Louise , qui cependant

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se désespérait de son absence. Elle lui envoya plusieurs lettres par madamo Lefebvre, le menaçant, s il nerevenait pas , d aller implorer la protection même de M. Charrière. Dans ces lettres, Louise laissait éclater autant de colère que d'amour. Toutefois elle offrait de pardonner, non comme femme , mais comme mère. « Venez , lui écrivait-elle : j'oublie mon outrage pour ne me rappeler que mes devoirs. Je bais, je méprise Tbomme qui m'a frappée, mais j'aime et je veux voir le père de mon enfant. ))

Gustave revint. 11 est inutile de dire que Louise , qui 1 aimait avec passion, s efforça néanmoins de lui montrer de la froideur. Lui, qui avait cessé de l'aimer, F accueillit plus froidement encore. Jusque-là il s'était

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fait violence pour passer une heure ou deux de ]a journée, et parfois même la nuit entière avec Louise : dès lors il ne vint plus que de loin en loin, une ou deux fois par semaine, et ses nuits, Louise les passa toute seule.

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