CHAPITRE IV
Ce fut à (le longs intervalles et par des confidences adroitement ménagées que le docteur Tliévenot mit Louise au fait de toutes les circonstances qui avaient précédé son séjour chez lui, car il ne jugeait pas utile de la désabuser sur ce point. Lui dire qu'elle était chez Gustave , c eùl été l'alarmer sans motif. 11 la laissa donc
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dans celte erreur , tout eu lui apprenant qu'elle avait été sauvée d'une mort certaine par Gustave seul, qui, ajoutait-il , était venu le chercher en toute hâte pour soigner une jeune fille évanouie de froid au milieu delà rue j lui ^ docteur , avait fait transporter Louise dans sa maison, la nuit étant très- avancée, et le portier de la rue Bourhon-Villeneuve n'ayant pas voulu ouvrir. Quant à madame Drouart, on avait appris le lendemain qu elle était morte d une attaque d apoplexie foudroyante , morte suhitement en montant chez elle , et que telle était la raison pourquoi Louise n'avait pas vu de lumière dans leur chambre de toute la soirée; que du reste , madame Drouart , ainsi frappée à l'improviste , avait ignoré en mourant que sa fille fut absente.
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Louise, comme on le pense bien, doutait un peu de la vérité de ces détails , quoiqu au fond de Tame elle ne fut que trop certaine de la mort de sa mère.
Par un phénomène inexplicable en tout autre convalescence, à mesure que la santé lui revenait, le cours de ses pensées prenait une teinte plus triste ; le docteur, pour leur imprimer une direction moins sombre, ne voyait rien de mieux à faire que de reporter l'attention de sa malade sur Gustave , à présent le seul ami , le seul espoir de la pauvre Louise. Il insistait là-dessus : (( Votre seul ami , votre seul espoir, madame. )) Mais elle, chaque fois que ce nom était dit en sa présence, elle restait muette , insensible, comme s'il se fut agi d'un h 0 m m e i nconnu .
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Ji arriva pourtant qu'un jour, au nom (le Gustave , à ce nom que le docteur lui répétait sans cesse , elle témoigna un vif déplaisir et se mit à fondre en larmes. Le docteur lui remontra doucement qu'elle avait tort de s affliger , qu'elle était guérie , enfin que sa position n avait rien de si désolant puisque Gustave l'aimait.
— Ah! monsieur, lui dit-elle, c'est atï'reux! vous m'avez tous bien cruellement trompée...
— Mais madame ...
— Madame , pourquoi m'appelezvous madame ? vous m'avez dit tous
que j'étais Allez, monsieur, je le
vois, je ne suis qu'une misérable fille qui ai fait mourir ma mère . . . ma mère (|ue j'ai abandonnée ! et lui , à son
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tour, il m'abandonne... il a bien rai-
son.
Il avait été convenu entre Gustave et le docteur que si Louise ne se souvenait pas, ne parlait pas tout d'abord du mariage dont madame Lefebvre lui avait fait précédemment le récit mensonger , on lui donnerait j^lus tard cette histoire comme étant le rêve de son imagination malade. Mais Louise, par son silence autant que par le peu de mots qu'elle venait de dire , prouvait de reste la fidélité de ses souvenirs où elle retrouvait Gustave accourant à sa voix et à la voix de madame Lefebvre qui s'écriait :
— Madame, voilà votre époux !
Il était aisé de voir que Louise attendait sur toute cette scène une ex-
plioalion iVoù peut-être allait dépen- <lre sa vie.
Le docteur, eu homme prévoyant, teuait sa répouse prête. Il lui dit donc que Gustave , en effet , la regardant comme sa femme, avait voulu qu'elle fût traitée comme telle par la gardemalade et par tous les gens de la maison; qu'aux yeux de tout ce monde , ils passaient pour être mariés.
Gustave, ajouta-t-il, a cru pouvoir d autant mieux vous donner par avance le titre d épouse , qu'à moins d'un refus positif de votre part , madame, il a dessein de vous épouser aussitôt votre entier rétablissement • je suis chargé par lui devons demander son pardon pour un mensonge qui n en sera plus un dès que vous le voudrez ou dès quevotre mauvaise santé cessera de mettre obstacle au mariage.
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Le visage de Louise s'était épanoui de bonheur, après quoi il se rembrunit peu à peu.
— Mais ma mère î s'écria-t-elle.
— Les songes de votre maladie, madame , dit le docteur , ne vous avaient malheureusement point abusée : votre mère n'existe plus.
— C'est moi quiTai tuée, monsieur, c estmoi!
— Je crois vous avoir déjà fait observer , madame , que l'événement arriva tout à coup , avant qu elle se fut aperçue de votre absence.
— Puissiez-vous dire vrai , monsieur ! mais éles-vous sur...
— De sa mort, madame?
— Ah ! non pas de sa mort ; qui la
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sait mieux que moi ? mais qu'elle ait été frappée...
— D'un coup de sang , oui , madame.
— Qu'elle ait été frappée subitement, avant de rentrer chez nous?
— Dans la cour même de la maison, sur la première marche de Tescalier ; c'est en cet endroit qu on Ta trouvée étendue... Mais, madame, si vous m'en croyez, vous éloignerez de vous toutes ces pensées qui ne peuvent qu'apporter du retard à votre convalescence.
— Ma convalescence î... ah! monsieur, j'aimerais bien mieux mourir!
Le docteur employa toute sa science à faire renaître le calme en l'esprit de Louise. — Gustave vous aime,
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disait-iJ; son existence, c est la voirez pensez donc à sou désespoir s il venait à vous perdre , prenez soin de votre santé pour lui , madame.
Elle demeurait indifierente et froide à ces raisons. Le docteur quitta l'appartement. Gustave, qui l'attendait dans une chambre voisine , tout en lui demandant avec intérêt des nouvelles de la malade , parut prendre plus d intérêt encore à connaître les détails de leur entretien.
— Se souvient - elle de Tliistoire qu on lui a faite sur notre prétendu mariage, docteur?
— Comme vous et moi , répondit le médecin; ce n'était guère possible autrement , mais j'ai paré le coup ainsi que nous en étions convenus à Ta-