II
82 UIV EIVFAXT.
vance, et à présent elle me semble un peu plus calme.
— Vous a-t-elle manifesté quelque désir (le me voir? elle doit être fort surprise que je ne sois pas près d'elle.
— Non, elle s'imagine être chez moi; elle ne peut trouver étonnant que vous n y soyez pas à toute minute.
— C'est qu'elle ne m'a pas aperçu depuis long-temps.
— Je le sais bien ; mais peut-être n'ose-t-elle pas me dire à moi qu'elle voudrait vousvoir. . . Et puis la mort de sa mère la distrait de tout autre chose : c'est une pensée qui la poursuit sans relâche.
Gustave soupira. Pauvre fille î dit-il ; je suis bien coupable envers elle, docteur; comment la dédomma-
UIV ENFANT. 83
ger de tant de maux? Heureusemenl que je vous ai là , mon cher Thévenot; vous êtes mon ami, mon ami sincère , vous? je vous en remercie
mille fois : vous me conseillerez, vous me guiderez...
— Savez-vous, Gustave, interrompit le docteur, que, par dévouement pour vous , mon ami , je joue là un rôle très-fatigant d'abord , et trèspeu moral ensuite? Ce n'est ni un reproche que je me fais , ni un reproche que je veux vous faire ; mais le diable m'emporte si de temps en temps je ne me dis pas : J'ai tort de me fourrer là dedans, moi ! qu est-ce que tout cela me fait?
— Ah ! Tlîévenot — pouvez-vous?
moi, votre ami, enfin!
— 11 faut que je le sois sérieuse-
84 Dl^ ENFA\T.
ment, je vous jure , pour vous tirer irembarras à ce prix , pour vous empêcher de faire une sottise en vous aidant à tromper cette petite.
— Mais je ne la trompe pas , docteur; je veux la rendre heureuse, au contraire .
— Ma foi , si vous voulez que je vous parle franchement, ce serait un meurtre ; elle m'intéresse on ne peut davantage. Ce n est pas du tout ce que je croyais ; je suis presque certain maintenant qu'elle est sage, pleine de bons sentimens. . . A-telle été bien élevée?
— Dans la maison royale de Saint- Denis.
— Oui , je me rappelle. . . Eh bien !
vraiment, si j étais sûr que vous ne
UIV E]\FAI\Ï. «5
VOUS eu repentissiez pas plus tard, si elle avait une famille présentable, un peu de fortune , quelque chose , je vous dirais : Finissez-en et épousez- la. Mais je vous entends d'ici , une dîfïiculté vous arrête : la connaissance de son caractère. Je sais bien... c'est là le point essentiel pour le bonheur du
ménage ,
— Sans doute. . . . son caractère.
— Elle a l'air pourtant d'une assez bonne petite femme.
— On ne se marie pas avec 1 air, mon cher ami , il faut connaître le fond, la réalité.
— Oh! vous avez tout le temps pour cela, elle ne s'attend pas à ce que vous l'épousiez demain ; on. peut trouver mille prétextes pour traîner la con-
86 \}N ENFAIVT.
clusioD en longueur. Dans 1 intervalle, on étudie la femme, on la voit venir.
— Vous ne rétléchissez pas à une chose , mon cher docteur, reprit Gustave avec un léger mouvement d'impatience, c'est qu aujourd'hui, moins que jamais , je puis connaître le caractère de Louise : toute fille qui songe à se faire épouser déguise avec soin ses défauts : 1 ange d avant le mariage est souvent un démon après.
— Bah! dit le docteur en riant, vous avez trop mauvaise opinion des femmes, elles ne sont pas si diables que vous le croyez. Enfin, ajouta-t-il, prenez que je n'aie rien dit ; mais , si cela vous est possible, tâchez de rendre cette petite heureuse , elle mérite vraiment que vous fassiez quelque chose pour elle. Adieu, j ai