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Un enfant

Six ans sont écoulés. Une femme, jeune encore , est agenouillée sur le même petit tombeau de marbre blanc où Louise priait autrefois , où pendant long-temps elle n'a plus prié.

L'attitude mélancolique des saules

qui se pcnclicnt pour cacher les tom- Idcs , les promeneurs indiffei ens , les curieux moqueurs, les amans qui fuient sous la voûte épaisse des arbres, tout nous fait souvenir que nous sommes au P ère-La chaise ^ ce cimetière odorant el joyeux comme un jardin touffu de roses.

Mais la femme qui prie là-bas sur ce petit tombeau de marbre ne voit , «lie, dans ce jardin, qu'un misérable cimetière \ elle murmure tout bas le nom de Dieu et elle pleure.

Si cette femme est Louise, il faut que de longs malheurs aient passé sur sa tète. Rien ne ressemble moins à la fille de madame Drouart , à la belle maîtresse de Gustave, à 1 amie de

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rinsouciante madame Valéry , rien ne lui ressemble moins que la pauvre créature maigre , pâle et mal vêtue qui gémit et qui crie :

— Ma mèi'e ! mon Dieu! ma fille !

Voilà quatre dimanches de suite , à la même heure , que cette femme revient , après six ans d'absence ou d'oubli, répandre de blanches couronnes arrosées de larmes sur ce frêle mausolée sans nom.

Elle continue de prier , abîmée qu'elle est dans la pensée de Dieu et dans le souvenir de ses maux , de ses fautes peut-être. . .

Un vieil homme infirme , soutenu

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par une domestique aussi vieille que lui , monte à pas lents le sentier qui conduit au petit tombeau de marbre.

A l'aspect de cette femme agenouillée là, il s arrête, surpris d abord, puis , poursuivant sa pénible route , il s'avance vers le tombeau , s'affaisse lentement et se laisse tomber sur ses deux genoux à côté de la femme en prières.

Tous deux ils se regardent avec émotion. C'est le vieillard qui parle le premier.

— Vous l'avez donc connu , mademoiselle ?

Mais la jeune femme recule étonnée et garde le silence.

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— N'ayez pas peur, mademoiselle, reprend le vieillard, je sais que mon pauvre enfant aimait une femme.

Cette femme , c'est vous , je n'en doute pas ; eli bien ! vous êtes ma lille, nous allons parler de mon fils ensemble.

— Monsieur!... s'écria Louise en se levant... la douleur vous égare...

ce tombeau...

— Est le tombeau de mon fils , mademoiselle.. . mais ne craignez rien de son père. Je cbérissais trop mon enfant pour ne pas vous aimer aussi , vous qui venez lui apporter des fleurs...

Le vieillard se mit à sangloter.

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— C'était mon seul appui ^ mon seul ami, je peux dire... H y a sept ans bientôt que Dieu me Ta enlevé...

et, depuis sept ans, je demande au eiel la grâce de me réunir à mon pauvre Octave...

Louise , immobile , jetait sur le vieillard des regards pleins d'effrois

- — Monsieur, s'écria-t-elle enfin, ce que vous dites n'est pas possible. . . Votre fils , votre fils , je ne le connais pas... C est ma fille, monsieur, qui est dans ce tombeau î

— Mon fils, madame , mon pauvre Octave ! . . . Je ne comprends rien à votre erreur.

— Mais, monsieur, c est vous qui

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VOUS trompez . . . Au nom du ciel, ne me dites pas le contraire î . . . Je suis venue il y a six ans pleurer et prier ici. Voilà quatre dimanches de suite que j'y viens prier et pleurer encore... Je n'ai pas pleuré sur un étranger, monsieur... Non, ce serait à me rendre folle! . . . C'est bien ma fille qu'on a enterrée là...

— Non, madame, je vous répète que c'est mon enfant.

Le vieillard fit signe à sa domestique d'approcher, et, sur un ordre qu il lui donna , la vieille servante dégagea le tombeau de l'épaisse étoffe noire qui en cachait le faîte.

— Lisez, madame , dit-il.

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Louise, auéantie, les yeux fixés sur le sol, n'euteudait ni ne voyait rien.

— IMais regardez et lisez, ajouta tristement le vieillard :

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