A LA MEMOIRE D OCTAVE-LAURENT VERRIER , MORT A IREIMTE-L'N AMS
La voix sourde et lente du père continuait de dire F inscription funèbre du fils , lorsque Louise, à la vue de cette épitaplie, jeta un cri terri- J3le j un de ces cris qui réveilleraient les morts dans leurs tombeaux , si les morts se réveillaient...
— Ce n'est pas ma fille qui est là!
C'est un liomme !.. Ah! malheureuse î . . . malheureuse î
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— Madame , calmez - vous , cette tombe n'est pas la seule...
— Cette tombe, mousieur, interrompit Louise avec épouvante , celte tombe, j'ai pleuré dessus — et dessous
il n'y avait rien à moi rien qu'un
étranger ! Mais où est donc ma fille? . . . s'écria-t-elle en se meurtrissant le visage.
— Peut-être ici près , madame, répondit le vieillard ému de sa douleur; le tombeau de votre fille ne doit pas être bien loin... Le fossoyeur vous aura trompée sans le vouloir • mais , ajouta-t-il, les personnes qui étaient à Fenterrement vous indiqueront la place...
— Et quelles personnes, monsieur,
quelles personnes?... le sais-je?.. On
a enterré ma (ille à mon insu Je
n'y étais pas, moi, monsieur!...
— Je le crois bien , madame
Mais enfin vous avez vu?...
— Rien, rien, monsieur; je n'ai rien vu... ils ne me Tout montrée ui vivante ni morte !
Le vieillard fit une exclamation de doute.
Louise répéta d'une voix désespérée : ni vivante ni morte î
Après quoi elle s'éloigna rapidement. Le vieillard la suivit long-temps des yeux. Elle courait d un bout du cimetière à l'autre , et elle cherchait en pleurant parmi les tombes.
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A cette époque , Louise occupait une petite chambre , au quatrième étage , clans la rue des Fossés-Saint- Yictor. Dire comment elle était tombée là, nous 1 ignorons ; depuis quel temps , nous Fignorons de même.
Tout ce qu il nous a été possible de découvrir , c est que Louise habitait la rue des Fossés-Saint- Victor , lorsque nous Tavons retrouvée, demandant sa fille à tous les tombeaux du Père- Lâchais e.
En quittant le cimetière , Louise , au lieu de rentrer chez elle , prit le chemin de la rue Bleue , où avait autrefois logé madame Lefebvre. Peutêtre , se dit-elle, celte femme y de-
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mcuro-t-cllc encore. Je saurai si elle ma trompée. Il faut qu'elle me dise ce qu ils ont fait de ma fille!
Madame Lefebvre avait déménagé Tannée précédente. Louise demanda si 1 on nesavaitpas sanouvelle adresse.
Le portier répondit qu'elle ne lavait pas laissée en partant ; mais , à force d instances, Louise obtint de lui cette réponse : Je crois qu elle demeure rue Cliaucliat, n" i3 ou i5; je n'en suis pas bien sûr.
Par hasard, Louise frappa tout d'abord à la porte de la maison n" i5, et c'était là vraiment le domicile de la Lefebvre, qui pour l'instant était sortie. Je reviendrai dans la journée, dit Louise. En effet, elle revint, mais
Inutilement. La Lcfebvre ne rentra que fort avant dans la nuit.
Le lendemain , lundi , de bonne heure, Louise était rue Cbauchat. La Lefebvre était absente depuis quelques minutes ; mais elle avait donné ordre au portier de dire qu'elle serait de retour à deux beures précises.
Louise attendit dans les environs, et enfin elle rencontra son ancienne femme de chambre. L'étonnement de celle-ci fiit grand à voir Louise flétrie comme si elle était vieille, mal vêtue comme si elle était dans une extrême misère.
— Ah! mon Dieu! s écria la Lefebvre , c'est vous , ma chère petite dame ! Qu'est-ce que vous êtes donc
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devenue depuis le temps? C est eelte A alery qui vous a réduite là , je m'en
doute Si vous m'aviez écoutée
mais vous n'avez jamais voulu Je
parie qu'elle vous a mangé toutes vos pauvres rentes?... N'est-ce pas? Ah!
ces coquines de femmes, je vous avais bien dit de vous en méfier. . .
Louise n'osait lever les }eux, une vive rougeur colorait les pommettes amaigries de ses joues .
— Et que faites-vous maintenant ?
demanda la Lefebvre.
— Je travaille, répondit Louise.
— Elle travaille ! pauvre cher trésor! j avais toujours pensé que vous en reviendriez là : vousn étiez pas faite
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pour la coquetterie , vous , oa ne vous allait pas. Enfin, je conçois, vous avez voulu vous étourdir. . . Mais cette Valéry , vous en a-t-elle mangé , de Targent?... Hé! vous n'avez rien à me reprocher , toujours ! je vous ai donné de bons conseils; je vous ai dit : Restez avec moi, madame; vivons ensemble , ne nous quittons jamais.. mais, bah ! les jeunes filles n'écoutent que leur tête î
— Madame Lefebvre, interrompit Louise, en faisant un effort sur ellemême, je viens vous demander ce qu'est devenu
— Monsieur Gustave? je n'en ai jamais entendu parler depuis vous, madame. Seulement, je reçois de sa
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part, de temps en temps, de petits secours... mais peu de chose.
— Ah! il ne vous a donc pas oubUée, vous?
— Et pourquoi m'aurait-il oubliée ?
répondit la Lefebvre; moi, je n'ai jamais été sa maîtresse.
— Il ne s'agit pas de M. Gustave, que je méprise et qui sans doute me méprise aussi , répliqua Louise d une voix altérée par Témotion. Ce que je veux savoir , madame Lefebvre , ei ce que vous allez me dire tout de suite, ou je saurai bien vous y contraindre, c'est en quel endroit on a mis mon enfant. — Qu'est devenue ma fille?
Louise tremblait de tout son corps,
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et ses lèvres agitées, quoique muettes, disaient Texaltation douloureuse de son ame.
La Lefebvre resta un moment interdite.
— ^ Votre fille ? répondit-elle. Mais, vous le savez bien , elle est morte.
— Où Ta-t-on enterrée?
— Au Père-Lachaise mon Dieu,
mais calmez-vous. Est-ce que vous n'avez plus votre raison? . . . Quoi î vous ne vous souvenez pas du jour où je vous ai conduite à ce petit tombeau de marbre?
— Eb bien ?
— Ebbien! madame, ce petit tombeau , c était celui...
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— D'un jeune homme que je ne eonuais pas î s'écria Louise , la face ruisselante de larmes. J'ai yu le père de ce jeune homme, de cet étranger, que je croyais être ma fille . . . Vous m'avez fait prier et pleurer sur un tomheau vide, jeter des fleurs sur l'enfant d'un autre. . . Ah ! c'est horrible ! c'est horrible! . . Madame Lefebvre, ajoutât-elle d une voix suppliante , je vous en conjure , où a-t-on mis ma pauvre lille? où est enterrée mon enfant? — Car elle est morte, ma fille, vous ne me trompez pas , elle est bien morte ?
— Si elle est morte?... Ah! par exemple, je le crois bien qu'elle l'est, la pauvre petite î Eh bien ! voilà une idée ! . . . Ce n'est pas l'embarras , qui
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est-ce qui aurait jamais cru ca d'un enfant si fort et si beau ?
— Vous lavez vue, vous n estce pas qu'elle était belle?
— Superbe ! madame. Mais n en parlons plus. . . ça me fait trop de mal et à vous aussi. . . Une petite fille charmante , quoi î
— Souriait-elle, madame Lefebvre?
demanda Louise , dont la figure était alors un incroyable mélange de douleur et de joie . Ses petits yeux étaientils ouverts ? Ses cheveux , avez-vous vu ses cheveux?... Et sa petite bouche , madame Lefebvre , ses petites mains?... chère enfant !
La Lefebvre voulut reporter les
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idées de Louise sur un sujet nioius triste , mais Louise s obstinait à parler de sa fille, à demander surtout en quel lieu elle était enterrée, et pour quelle raison , par quel raffinement de cruauté on 1 avait conduite, elle malheureuse mère, sur un tombeau qui n'était pas celui de son enfant.
La Lefebvre , d'abord un peu embarrassée de répondre , finit par assurer Louise que ce malentendu avait pour unique cause la douleur de Gustave; qu il n'avait pu venir à l'enterrement, tant son désespoir était affreux ; et que , elle madame Lefebvre , elle s en était ûée à sa mémoire (pii lavait égarée aisément au milieu de tous les petits chemins, et de toutes les petites tombes dont est parsemé