‹ Un enfantChapitre 21 sur 23 · III. i · texte numérisé non relu

III. i

2'20 VN EIVFA^T.

— Ayez pitié de moi , mon Dieu !

s écria Louise. Ils vont me reprendre ma fille î

— Qu'on a fait passer sa fille pour morte

— Ayez pitié de moi , mon Dieu î répéta Louise. . . lime tue, moi et mon enfant !

— Que cette fille, elle Fa retrouvée un soir dans une promenade publique ...

Louise, dans le coin le plus sombre de sa prison , sanglotait , prononçait (le lentes paroles , inintelligibles à tous , mais empreintes d'une tristesse funèbre....

Le maire poursuivait avec calme

le récit de riiisloire imparfaite qii il avait recueil lie de la bouche (le Louise, quand un énorme éclat de rire vint lui couper brusquement la parole. Il leva sa lanterne jusqu'à hauteur de visage , et aperçut , éclatant encore sur la face de Célestin , le plus grand rire qui se puisse voir et entendre.

Depuis quelques minutes, riionnéte jardinier se tenait à quatre pour ne pas partir d'un accès de joie immodéré , en présence de l'olliicier municipal ; mais à la fin, le rire qui TétoufFait n'avait pu être contenu par son respect pour M. le majeur.

— Qu'avez-vous donc? demanda le maire avec un léger accent d humeur ; ce que je dis n a rien de plaisant, je crois.

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— J ai , repondit Célest in, d un air un peu plus sérieux , j ai que je trouve drôle 1 histoire que vous m avez faite. Où 1 avez-vous prise ?

— C est Louise Drouart elle-même, 1 ancienne maîtresse de votre seigneur. . .

— Qui ça, V innocente ?

— De quelle innocente parlez-vous?

— Eh bien ! de la folle , quoi donc, de Louise , celle-là que vous tenez en prison! Elle vous a conté qu'elle a été la maîtresse du seigneur ^ et que notre demoiselle est sa fille ! . . . et vous avez cru cela , vous , un maire î

— Mais , tout à 1 heure elle-même

LIM EIVFANT. §â9

ne vous a-t-elle pas demandé des nouvelles de sa fille?

— C est un nom qu elle lui donne par amitié, la pauvre femme! Comment n*avez-vous pas vu tout de suite que c'est une innocente 1... Venez ici , Louise.

Puis , s'adressant au maire :

— Vous allez voir qu elle est innocente.

Louise, qui les écoutait, se préci pi ta aux genoux du maire :

— Ne me faites pas de mal, monsieur , je suis une malheureuse folle ! Célestin le sait: j ai perdu la raison.

— Vous entendez bien qu'elle en

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convient elle- même , dit Célesliii.

Quand je vous assure qu'elle n'a pas sa tête.

— Oui, monsieur, oui, je suis folle , continua Louise ; il y a bien long-temps déjà... Une fille que j'ai perdue. . . Oubliez tout ce que je vous ai dit: ma raison m'a abandonnée...

Ayez compassion de moi et de mon enfant. . . Je suis une pauvre mère. . . Oui, monsieur, je vous le certifie, Gélestin vous le dira, tout le monde le sait: je suis folle! Je vous ai menti... monsieur , je suis folle î

— Innocente ! innocente ! répéta le jardinier en la regardant avec douleur.

— Mais , demanda le maire , ce

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mouchoir brodé qu'on a trouvé sur elle?...

— Rendez-le moi , il est à ma fille î s'écria Louise, oubliant que ce mot pouvait la trahir une seconde fois.

Puis , se reprenant :

— Excusez-moi, monsieur, je n'ai pas de fille , je n'ai jamais connu M. Charrière , il n'a pas dû m'épouser — C'est ma pauvre télé qui est malade... N'est-ce pas, Célestin, que je suis folle? C'est bien aisé à voir... Comment voulez -vous que je ne sois pas folle, puisque j'ai perdu mon enfant?

Mais toute disculpation nouvelle

devenait iiutile. M. Je maire partageait déjà l'o])iiiioii de Célestin en ce ([ui touchait la folie apparente de Louise, et r honnête jardinier avait complètement dissipé les doutes de 1 ofîicier municipal, quant au vol.

Cette innocente j lui avait-il dit, a pris ce chiffon parce qu'il est à notre Julie, qu elle aime beaucoup; mais elle le lui aurait rendu , car , depuis plusieurs mois qu'elle habite le château, elle n'a rien volé : tout au contraire , il n'y a pas de jour où elle n'apporte de petits cadeaux à notre demoiselle.

Et puis , encore un coup, vous voyez bien que c'est une innocente.

Réclamée par Célestin et disculpée par sa prétendue démence , Louise fut mise à Tinstant même en liberté.

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Malgré la nuit , qui était fort ayancée, Louise voulut partir tout de suite pour le château. Cèles tin s'y opposa : sa carriole avait versé une fois en venant, et d ailleurs , le cheval, lui et \ ùniocente avaient besoin de repos.

Us passèrent la nuit chez M. le maire lui-niénie, qui leur fit grande fête, et le lendemain , dimanche . sur les six heures du matin , ils reprirent la route du château de Barov.

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