‹ Un épicurien sous la terreurChapitre 18 sur 29 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Une féerie pour Alcibiade. — La première prière à la Nature. — Les femmes du 5 octobre. — Aux Champs- Elysées. — Athènes et Paris. — Le retour à la maison. — La visite de Berryer.

il était dit que la Révolution comblerait lous les vœux du jeune habitant d'Epone. Au plus fort de la tempête, les vagues, qui se jouaient de sa barque fragile , semblaient Télever jusqu'aux cieux . Président de la Convention nalionale, membre important du comité de Salut public, ce magistrat venait de donner au monde une Constitution. L'éloquence était sa passion : voici que la France entière était suspendue à ses lèvres. A ce bel homme, qui se grisait de son geste noble et de son verbe musicaP, David avait

* Hérault dans son Codicille, traitant du style, énonce à la fin cette dernière règle qu'il considérait sans doute comme la principale : Musique du style.

préparé le plus prestigieux décor, l'appareil le plus émouvant , qu'on eût encore offert aux Français, amoureux d'éclat. 11 en coûta plus d'un Tnillioii au trésor à sec. Pareil à ces dramaturges, qui ne composent une pièce que pour taire briller sous tous ses aspects Tacteur en vogue, David avait monté dans Paris une féerie antique pour « le divin Séchelles ». Le 10 août 1793 fut « la journée » de celui qu'on appelait VAlcibiade de la Montagne. Celles qui Taîmaient, confondues dans la foule, ne le virent jamais si beau. Parvenu au sommet de sa course^ il embrassait enfin sa chimère.

Nous possédons le récit officiel de la cérémonie : il est de sa main. Les brouillons raturés de ses discours sont encore aux Archives. Quant au procès-verbal, qui les encadre, on y reconjiHÎt sa plume savante et déjà romantique. Ce papier révolutionnaire pourrait être signé de Chiiteaubriand^

Le 10 août 1793, les Parisiens se levèrent « aux premiers rayons de l'astre du jour ». Le

^ Procé^-verhal de la i^èle nationale du 10 août 1793, Goimaméc à Vhiauguràtion de la Constitutivn de la République frtifiçaûG. — Présidenty Hérault-Séchelles ; ordonnateur, David.

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soleil, grand metteur en scène, se montra coniplaisant : la journée fut superbe.

Comme pour une procession, cinq sLa lions avaient été marquées aux fidèles. La première était établie au milieu des décombres de Li Bas- I tille. Sur les blocs noircis, qui couvraient le sol, on lisait des inscriptions saisissantes : Dt rvria conduisait ici ; un vieillard a baigné cette picrrv dii ses larmes ; Sartine sourit à mes maux ; l^uffcr à vomi les rois ; le corrupteur de ma femmv i^ia plongé dans ces cachots ; on écrasa sous mes f/r.fw mon araignée fidèle ; cette pierre n'a jamais été éclaii'ée ; lasciate ogni speranza voi ch'pjifrnte. Parmi les ruines, une foule immense alLoiuiaLt. Au-dessus de ce chaos, s'élevait une siftlue colossale de la Nature, dont les mains, posées sur ses mamelles, faisaient jaillir deux (ilels argentés. Aux pieds de la déesse, Hérault de Séchelles apparut, un panache tricolore ni ii:iîf sa tête ; un grand sabre pendait à son écharpe. 11 s'écria :

Souveraine du sauvage et des nations ec/^/fm^y. ô Nature! ce peuple immense^ rassemblé auj' /in^miers rayons du jour ^ est digne de toi ; il es/ fihn* !

aW ÏÏÏÎRAULT DE SÉCHELLKS

C^êst dans ton sein, c'est dans tes sources sacrées qu'il arecouvré ses d?vits, qu'il s' est régénéré : après amiv traversé tant de siècles d'erreurs et de servitude^ il fallail i^entrer dans la simplicité de tes voies pour rêirourer la liberté et Végalité. Nature ! reçois fexpression de rattachement éternel des Français pour tes lois, et que ces eaux fécondes qui jaillissent de tes mamelles, que cette boisson pure qui abreuva les premiers humains, consacrent dans cette coupe de la fraternité et de V égalité les serments que te fait la France en ce Jour, le plus beau qu'ail éclairé le soleil depuis qu'il a été suspendu dam r immensité de l'espace !

C'était sa foi philosophique qu'Hérault, empruat[;nl k,Buffon ses grandes images, voulait solennellement confesser en ce jour. Par « cette espèce d'hymme » il se flattait d'adresser le premier a une prière à la Nature », au nom de tout un peuple. Avant la Constitution, il proclamait la religion de l'avenir. Mais les Français, quiTécoulaionl, ne portaient au cœur que Tidéal catholique de leurs ancêtres. L'impassible et injuste IValure, moine déesse des épicuriens, ne pouvait embraser leurs âmes de l'ardeur du sacrifice.

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C'est à la voix du dieu national qu'ils s'élaîent levés pour la croisade. Ils répondirent à Hérault par le Chant du Départ^ auquel MéhuI avait.

donné la suavité d'un cantique, laissant en leiidre ainsi qu'ils n'avaient changé que de prêtres. Les lois de la nature n'étaient pour eux que l'indépendance de la patrie. Le canon tonnait. Hérault emplit alors une coupe d'agate* aux seins de la déesse : il but, et la remplit encore quatre-vingl. six fois pour présenter la communion nouvelle à quatre-vingt-six vieillards, porteurs des bannières départementales, qui semblaient saisis (( d'un délire prophétique », et « dont les vents faisaient flotter les longs cheveux blanchis »,

Alors la foule immense s'ébranla. Un mouvant cortège se mit en marche par les boulevards. Les sociétés populaires formaient TavaiUgarde. Leur bannière figurait un œil ouvert au milieu des nuages. La Convention nationale suivait, précédée de la déclaration des DroiLs de rhomme et de l'Acte constitutionnel [jortés dans une arche, et entourée des envoyés des assemblées primaires, que reliait entre eux uu

* GeUe coupe fut déposée plus tard au Muséum national.

ié8 iïlÎRAULT DE SÉCHELLES

léger ruban tricolore. Chaque député portait un bouquet il'épis de blé et de fruits ; les envoyés s'appuyaient d'une main sur une pique et, de Taulre, tenuionl un rameau d'olivier. Tout le peuple bruissait et chantait derrière, confondu dans J/égaULé : les jeunes aveugles sur un plateau roulant, les enfants trouvés dans de blanches barcelonaetles ; un vieillard et son épouse liguraient sur une charrue Biton etCléobis; dans un char de Irîomphe reposait Turne des guerriers morts; un tombereau, « qui roulait avec un fracas importun », était chargé de sceptres et de couronnes.

Sur le boulevard des Italiens, un arc de Iriomphe était élevé en Thonneur des femmes de Paris, qui se portèrent à Versailles le 5 octobre 1789. On le^ voyait elles-mêmes, modèles ou actrices pour lajdupart, assises sur des affûts de canons. Hérault, qui retrouvait peut-être d'anciennes connaissances, tout près de sa maison de la rue Basse-du-Rempart, théâtre de ses amours et nid de ses rêves, parla sans rire.

a Voire genre, lui disait M"® Clairon, est la noblesse, la tlifi^aité au suprême degré. » 11 engagea ces dames à enfanter un peuple de

héros. Toutes furent embrassées par le beau président et, de ses mains, couronnées de lauriers-

Sur la place de la Révolution était dressé le troisième reposoir ; c'était une statue de la Liberté, assise sur l'ancien piédestal de celle de Louis XV, et tournée vers l'emplacement où^ la veille, se dressait l'échafaud. Autour do la statue on avait planté des peupliers, doiil les jeunes rameaux pliaient sous le poids des offrandes : bonnets rouges, rubans tricolores, naïves adresses, guirlandes de fleurs, animées, dit le procès-verbal, par ce pinceau éternel qui vivifie et décore les champs. (( Mais il fallaiL un sacrifice à la déesse » ; cette fois, ce ne fut pus un sacrifice humain. Hérault fit verser devant otlo, sur un bûcher préparé d'avance, les sceptres de bois et les couronnes de carton et, toujours majestueux, se montra parmi les peupliers,

Centmille spectateurs couvraient les Tuileries, la place et les Champs-Elysées, où naguère noliv avocat général conduisait son élégant « whisli:y » , Il dit :

Ici la hache de la loi a frappé le tyran. Qu'ils périssent aussi ces signes honteux clune serri/udc

çue les despotes affectaient de rep?vdinre sons toutes les formes à nos regards ! Que la flamme les dévore ! Quil nif ait plus dimmoiHel que le sentiment de la verla qui les u effacés! Justice, vengeance, divinilés intélaires dépeuples libres, attachez à jamais te^récraiion du genre humain au nom du traît?'e qui, mr un trône relevé par la générosité, a trompé la confiunee ffun peuple magnanime ! Hommes libres^ peuple d'égaux, d'amis et de freines, ne composez plus les images de votre gra?ideur que des attributs de vos travaux, de vos talents et de vos vérins ! Que la pique et le bonnet de la liberté, que la charrue et la gerbe de blé, que les emblèmes de tous les arts, par qui la société est enrichie, embellie, forment désormais toutes les décorations de la Bépuùll(/ue ! Teire Sainte ! Couvres-toi de ces biens réels j qui se partagent entre tous les hommes, et deviens stérile pour tout ce qui ne peut servir quaux jouissances exclusives de l'orgueil.

Il brandit alors une torche enflammée. Une gei^be d'étincelles jaillit sous ses pieds. Au même instant, irois mille oiseaux, le cou serré de minces banderolles, qui portaient ces mots :

Nous sommes libres! Imitez-nous ! s'élancèrent

du bûcher comme des étincelles vivantes.

miracle ! deux colombes se réfugièrent dans les plis de la robe de la Liberté ; elles roucoulèrent longtemps devant la guillotine.

Aux Invalides, sur la cime d'un énorme roclier, un géant, le^peuple français, écrasait sous ses pieds et menaçait de sa massue le dragon du fédéralisme, ce sortant des roseaux d'un marais fétide ». Hérault expliqua ce symbole aux citoyens.

Pour pénétrer dans le Champ de Mars le cortège dut se courber sous un niveau, suspendu à deux colonnes par un immense ruban tricolore. Hérault gravit les marches de l'autel de la patrie, et de ce point élevé où, trois ans avant,- Talleyrand avait dit la messe, le cousin de la duchesse de Polignac, ayant à ses côtés le plus vieux des commissaires, comme du sommet de (( la Montagne Sainte », proclama l'Acte constitutionnel, dont la Convention prudente venait d'ajourner indéfiniment l'application. Sa voix traversa l'espace et résonna sur l'océan des têtes. (( Jurons, s'écria-t-il, de défendre la Constitution jusqu'à la mort. La République est éternelle! » La voix du peuple lui répondit et a fit monter

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au (^îel la joie de la terre ». Le canon tonnait toujours. Les quatre-vingt-six vieillards lui remirent leurs piques; il les noua dans un ruban tricolore,

Héraull descendit enfin de Tautel de la patrie et dirigeant la Convention nationale, la conduisit seule vers un temple grec, qu'on avait élevé à Vextrémité du Champ de Mars. Le char, où reposa il Turne des guerriers morts, suivait traîné par six chevaux blancs empanachés de rouge.

La foule se découvrit, le silence régna. L'Alcibiade de la Montagne debout sur le péristyle, d'un bnis serrait sur sa poitrine « la grande urne dépositaire de ces cendres chéries y> ; de Taulre, îl élevait une couronne de laurier. Il put se croire à Athènes, et, comme pour la proclamation du danger de la patrie, il reproduisit Démoslhène. Les Parisiens entendirent , sans s'en douler, une adaptation révolutionnaire de reloge des guerriers athéniens morts à Chéronée :

Ce nt mnt pas des pleurs que nous donnei^ons à ro/rp /mémoire ; fœil n'est pas fait pou?' en r^pttPhlre. Pour qui ces larmes ? Serait-ce pour vos

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parents et pour vos amis ? Votre renommée fe.s console ; ils se sont dit que vous étiez fortunée dv reposer dans la gloire ; ils n'ont jamais pu souhiùict que vous fussiez exempts du trépas^ mais dif/nex d'avoir vécu. Serait-ce pourvoies? Ah ! confIdpH vous avez été heureux! Vous êtes morts pour ht patrie^ pour une terre chérie de lanature^ aimer du ciel ; pour une nation généreuse^ qui a vom* tai culte à tous les sentiments^ à toutes les vertus ; p*^uv une République où les places et les récompenses ve sont plus réservées à la faveur comme dans /es autres Etats ^ mais assignées par V estime et par In confiance ; vous vous êtes donc acquittés de voire fonction d"* hommes et d'hommes français ; mt frètes entités sous la tombe après avoir rempli la dpxtinée la plus glorieuse et la plus désirable qui! // ait sur la terre ! Nous ne vous outragerons painf par des pleurs.

Démosthène, en proclamant heureux les gin iriers morts à Chéronée, adoucissait, sans 1rs défendre, les larmes de leurs parents. <t Oji pourrait affirmer, disait-il, que dans les llis Fortunées ils sont assis près des Immortels, maîtres de ce séjour, au même rang que li'^^

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hommes vertueux des anciens âges. » Hérault, grand prêtre de la Nature, ne pouvait plus faire luire ces radieuses espérances. Il ne veut pas pour les soldats de la République de pleurs, qui seraient sans consolation , et ne permet plus que de les admirer et de les suivre :

(( Mais^ ô 710S frères ! c'est en vous admirant^ cest surtout en vous imitant^ que nous voulons vous honorer ; et si^ comme il est doux de le supposer quand on aime^ les morts conservent quelque sentiment pour ceux qui vivent^ je viens vous dire^ au nom de tous vos amis que vous avez laissés sur le sol de la France^ que nous sommes prêts à nous dévouer à votre exemple^ impatients d'atteindre à l'ennemi et de continuer votre valeur^ afin qu'on dise que vous étiez vraiment nos proches^ et que votre cœur se réjouisse ; je viens vous dire que ?ious tacherons même de vous swpasser ; car si nous ne faisions que consommer le fonds de gloire que vous avez léguée si nos vertus ne luttaient pas avec les vôtres^ notre infériorité contristerait vos mânes,..

Dans les Champs-Elysées, l'ombre de l'abbé Auger dut tressaillir d'aise. La foule aussi sentit

battre son cœur, car Tennemi, repoussé une première fois, menaçait de nouveau la route de Paris. Cet appareil antique, ce fatras métaphysique, auquel Hérault attachait tant de prix, ne touchait pas Tàme gauloise, avide seulement d'indépendance et d'égalité. Pourvu qu'on lui parlât de sa terre, de ses morts, de sa gloire, de son idéal démocratique, elle s'accommodait de ces pompes, toutes catholiques dans leur impiété. Elle s'adorait un jour dans ces nouvelles idoles, que les pluies et les vents d'automne allaient déshonorer. Hérault de Séchelles officia devant la Nature, comme jadis, devant Dieu, un prélat de haut lignage. Mieux qu'une ardeur brutale et sans apprêt ses artifices émurent. Seul un privilégié pouvait les mettre en œuvre, en répétant les gestes d'autrefois. Sa destinée singulière était de sauver le prestige de la Convention, en la couvrant de sa figure. Il parut et put se croire sublime.

Les Parisiens dînèrent sur l'herbe et finirent la journée en allant voir une pantomime, le Bombardement de la ville de Lille^ où l'on tirait le canon. Hérault rentra chez lui, ivre d'orgueil, dans les splendeurs mourantes de ce soir

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d'été*. Jamais il n'avait imaginé de plus beau rôle, quand il récitait devant sa glace celui d'Ores te ou de Mahomet. Il trouva sur sa table cette lettre anonyme, datée du jour même :

Monsieur Hérault,

Que de vils factieux, d'infâmes scélérats sortis de la faïige inventent et exécutent tous les crimes présumables pour se maintenir dans l'autorité qu'ils ont usurpée, c'est ce qui ne surprendra pas les personnes qui connaissent la canaille et sa férocité ; mais qu'un gentilhomrae. promu aux plus hautes dignités, un magistrat chargé du maintien des lois, un Hérault de Séchelles, en un mot, s'associe et préside cette horde effrénée, trahisse son corps, assassine son roi, c'est le comble de ïa scL'léraLesse et de l'abomination.

€f Mais le temps de la vengeance approche, et déjà ces dùmiiiateurs pervers qui ont ruiné leur païs, voient avec effroi l'approche du supplice que leur forfaits ieur ont mérité. Le peuple, trompé de toute manière, sourit d'avance à cette justice ; il n'a pu voir

^ nn vûit* par les comptes contenus dans ses papiers, qu'ît tit actieter plus de 1 200 de ses procès-verbaux et plus de 800 ext^rïi plairas de la Constitution et qu'il en envoya dans toute la France à ses amis et même à des femmes. Un savant ïimi^ « qui a beaucoup voyagé » lui écrit de Quimperlé, le ITi août : n Vous me parliez dans votre dernière lettre de la bizarrerie des destinées ; elle vous élève au plus haut point ou i homme puisse parvenir... Nos députés des Communes ne parlent que de la grâce et de la majesté que vous avez montré le lOaoût... Où ctais-tu brave Crillon?... » A. N. — F^4742.

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sans indignation avec quelle impudence et quelle imposture on a publié l'acceptation unanime du brigandage dit Constitution, tandis qu'il est notoire que la seule ruse de quelques dominateurs des assemblées primaires a suppléé au véritable vœu du peuple. Qu'il me suffise, entre mille exemples, de citer celui-ci : le canton de Tirepied, district d'Âvranches, ayant unani mement (sic) refusé la Constitution, le député choisi ptiur se rendre aux baccannales du 10 août, refusa alors de porter un vote négatif, mais tous les votants étant retirés, alors les rédacteurs du procès-verbal prirent sur leur compte d'exprimer un vœu affirmatif, ai lo député se chargea de le porter.

« C'est ainsi que cela s'est opéré dans la France entière ; mais à quoi serviront tous ces stratagfiiues impuissants : le crime vous a-t-il tellement aveuglés que vous ne puissiez apercevoir votre chute prochaine. Vous allez faire lever le peuple en masse; quelle ineptie ! quelle monstruosité ! Mais le peuple voudrïi-til se prester à l'exécution de ce projet visiblement impraticable, et qui d'ailleurs ne ferait que rendre plus prompts les succès des puissances que rien ne peut plus arrêter. Comment pouvez-vous douter que si le peuple se lève, il ne le fera que pour se tourner conlre vous? Ce peuple voit clairement, aujourd'hui, que les scélérats qui, par la fausse apparence de son bonheur, l'ont fait se prêter à leurs manœuvres, veulent encore le sacrifier pour empêcher, ou plutôt éloigner, le supplice qui les menace ; il est honteux, ce peuple, de son aveugle crédulité et il sera le premier à les punir de leurs forfaits.

Adieu, Hérault, avant trois mois j'aurai le plaisir de vous voir payer sur la roue le sang de votre Roi et de tous les braves Français que votre délire criminel et

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féroce a Tail immoler ; York, Ricârdo, Coboug, Nassau, BruQswick et Cundê m*ea répondent, en dépit du grand général Hoacliard.

Ce 10 uin^l lTl*Ht ra.n V Ji^ tous les crimes.

!K 6\ — .fc vieiiy d'apprendre que le corps de décrotteurs de Lomlres a pris en grande considération le décret rendu i^oritr(^ l*ill ; tls en remercient leurs frères do la Coiivealinn^

[1 ne déchiia^ ni ne froissa cette lettre, qui est encore intacte dans ses papiers, au milieu de tant d'aulros où Tcnfens est prodigué c( aux charmes de !?on i\ine sensible et républicaine ». Daiibi sa foi inquiète, peut-être ce raffiné trouvail-il un plaîs^îr amer à la relire?

Quelques jours après, il apprit que son grandoncle. M. Mag:on de la Balue, âgé de quatrevitigle; uns^ avail, été dénoncé comme « ayant fourni des sommes énormes aux princes émigrés Jî par Héron, policier de Robespierre, et arrêlé aussi toi dans son hôtel de la place Vendôme. U fut incarcéré à la Force. En même temps que hil, sois frère, xM. Magon de la Bli-

^ A. X. — P47S:2 Cotle lettre est écrite en caractères d'i Dprimerie ; elU^ *Haît sans doute d'une personne connue d'Ilèraull^ peut-être d\ui dp ses parents d'Avranches.

naye, âgé de soixante-dix-neuf ans, sa fille, la marquise de Saint-Pern, M. et M^^ de Cornulier, ses petits- enfants , et son secrétaire, M. Coureur, étaient conduits à Sainte-Pélagie et dans d'autres prisons. Berryer père, ami de la famille , se rendit chez Hérault de Séchelles, qu'il avait connu jadis. Il ne doutait pas que le président de la Convention nationale ne fît, d'un mot, tomber les fers des mains de ses parents. Hérault le reçut. Il était toujours beau comme autrefois. « Il avait, dit Berryer, les manières de la Cour ». « Je fus anéanti, continue-t-il, quand je le trouvai froid, impassible, sur une cause qui m'inspirait à moi, étranger, un si vif intérêt. Il m'allégua qu'en sa qualité de président, il était forcé à plus de circonspection que personne, qu'il se compromettrait lui-même en sollicitant pour son oncle ; qu'il ne sauverait pas celui-ci pour lequel il ne pouvait rien^ »

Ainsi Hérault de Séchelles s'avouait impuissant à sauver les siens ; il ne disait pas toute la vérité.

^ Berryer. Souvenirs. Paris 1839, II, p. I"3 et suiv.

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