‹ Un épicurien sous la terreurChapitre 20 sur 29 · DANTON · texte numérisé non relu

DANTON

Séchelles nous quitter ! L'aurions-noiis jamais cru? De tous les coups du sort c'est le plus imprévu ; C'est le seul dont mon cœur ressenlc quelque peine.

11 hésite à le punir; mais Amar le prévient et verse à Séchelles un breuvagf* empoisonné, que celui-ci boit dans sa distraction, n'étani occupé qu'à répéter le nom de Charlolle. Il expire devant le comité triomplumL Danton tient son couteau sur le cœur de Charlotte et dit le mot final :

Frappons avec audace et sachons tout dompter Il n'est rien, pour régner, qu'il ne faille tenter.

Pétion, Barbaroux et Buzot, caeliés non loin de Salles, chez le perruquier Troqiutrt, recevaient feuille par feuille sa Iragéilie et lui envoyaient leurs observations. Elles iréhiicnl guère flatteuses, et leurs critiques poilaîent entre autres sur le personnage d'Ile rault de Séchelles. (( Que penserait Charlolle, si elle se voyait représentée presque amoureuse dllé-

294 IIKRACLT DE SÉCHELLES

raiilt de Seolielles;' » disait Buzot, le chaste amant do M*^' Roland, a Pourquoi donner à Séchelles une passion vraie pour une femme vertueuse? » demandait Pétion, candide amoureux, n II était bien plus naturel et plus adroit de le faire brûler d'une flamme criminelle. Cela était aussi bien plus conforme à son caractère connu; qu'il cherche à abuser et à corrompre une fille jeune et belle, rien n'est plus dans ses mœurs ; qu'il feigne de l'intérêt pour elle, qu'il joue la vertu pour parvenir à ses fins, c'est la marche d'un homme de son espèce ». Barbaroux, rAntinous de la Gironde, ne pardonnait pas non plus à TAlcibiade de la Montagne. 11 rappelle un « hermaphrodite révolutionnaire ». <i Iléraull de Séchelles, écrit-il, naïvement à Salles, assistant un jour à la représentation de la pièce, en vertu d'une amnistie, peut attester ;ui parterre contre loi qu'il n'a pas été amoureux de Charlotte el qu'il est plein de vie* ».

Le rôle que jouait Hérault dans la tragédie révolutionnaire n'était pas moins étonnant que

^ Vatkl. Charlotte Corday et les Girondins, t. II.

celui que Salles imaginait. 11 parle dans une lettre à un ami de « la bizarrerie des destinées humaines ». Parfois il se persuadait que la révolution allait finir, que son lourd collier allait tomber, et il rêvait de faire un voyage en Italie, de se consacrer désormais aux lettres et à l'amitié ; parfois dans le fracas des ruines, il sentait sa raison s'égarer; il interrogeait anxieusement l'histoire pour découvrir quelque sens à ces bouleversements. Vilate Tentendit un jour causer avec Barère ; ils dînaient tous trois dans la chambre rouge du restaurateur Méot. Barère, ancien soupirant de M*"® de Genlis, avait des manières et de Fesprit ; il était homme à philosopher. Hérault fournit le thème, en observant que la Révolution pourrait amener dans le monde des changements aussi grands que le christianisme :

Barère. — Tout prit une autre forme : les gouvernements, les lois, les mœurs, les vêtements, les langues. On vit disparaître l'empire romain, des villes majeures, Aquilée, Popolonie. D'autres s'élevèrent, Venise, Gonstantinople. Les dieux furent chassés de rOlympe. Les mers, les lacs, les rivières, tout changea de nom. Les César, les Pompée, les Brutus devinrent des Pierre, des Jean, des Philippe. L'espèce humaine sembla tomber dans l'avilissement.

S« IM-IRAULT DK SKCHELLKS

Hérault dr Skchklle^î. — Le monde doit sortir enfin de la nuit de,«^ préjuges ; le despotisme des rois sera rclipjté parla souveraineté des peuples ; tes rêveries du paganisme et les folies de VÉglise remplacées par In raison et la vr^rilé.

Hérault reprit encore :

— La nature sera le Dieu des Français comme TUaivers est son temple.

Baïïème. — L\'^gallt4 voih\ le contrat social des peuples,

HÉRAULT nE s ÉCHELLES. — Les Hnciens n'ont pu iostiluer la liberté qu*en pla<;ant Tesclavage auprès d'elle.

ViLATE. — Nous avons efTacé de la France jusqu'à la domesticité.

IIÉnAiTLT DE Skchelles, — LlmbrogHo constitulionud de Condorcet ne nous a-t il point forées pourtant à nfi faire qu'un impromptu populaire? Notre Décalogue politique me fait concevoir des craintes, La sanction de la part du peuple, des lois proposées par le corps législatif, sera-t-eile réelle dans un si vaste empire ?,..U démocratie sera-t-eUe contenue dans ses écarts?

BAtitRE. — Le pouvoir exécutif composé de i^ nienibres pourrait bien devenir le conseil suprême des fc éphores a d'Athènes, de îa « juslicia » des ancieaties EspagneSt le piédestal d'un chef, comme on le voit de nos jours, sous différents noms, à Venise, en Iloilander en Suisse, en Amérique, en Angleterre,

Les convives s'entretinrent alors de l'ajournement de la Constitution et du projet de décret, volé par la Convention le 10 octobre, qui

Page 1