‹ Un épicurien sous la terreurChapitre 21 sur 29 · EN FACE DE ROBIÎSPIEBHIC Î9T · texte numérisé non relu

EN FACE DE ROBIÎSPIEBHIC Î9T

déclarait le gouYernemenl révolutionnaire jusqu'à la paiK.

Hérault dy: Sfmu^llks (efifoncé danm la niédUa(ion). — ^ Faut-il qu'une nation ne se régénère, comme n dit Raynal, que dans un bain de san^ ?

Barère. — Qu'est-ce que la généraliôn actuelle, devant limmensité des siècles à venir?" »

Comme lin naufragé se cramponne u sa barque, Hérault, dans le mystère qui lentouraiL ne sentait ferme an fond de lui que la foi matprialiste de sa jeunesse. Il croyait sincèrement que la [{évolution française suivait celle qu'avait accompli BulTon dans sa tour de Montbard. «t II n\ a, disait cegrantl homme, qu'àâler le mot de créateur et mettre naturellement a la place la puissance de la nature qui résulte des deux grandes lois, l'attraction et l'impulsion fi.

C'est alors qu'il reçut la réponse de Lavaler îi la lettre qui annonçait Tenvoi de sa Constitution :

:21 septembre 1793.

Mon cher Hérault, Donnez-moi votre éloquence ; prêlez-moi votre esprit pour vous exprimer le désir que j'ai de pouvoir

* ViLATK. Caa.^t'x necrùtcs de fa Hérùlutmti du 9 an 10 tftertmdor, p- 234-236.

m HÉRAULT DK SÉCHELLES

VOUS parler à tiœnr ouvert sur les affaires de la France ; donnez-moi du temps auiisi pour vous faire sentir d'un ccHé combien je souhaite voire liberté et de Tautre, combien je suis convaincu que vos moyens sont égalenjênt imprudonls et forcés^ absurdes e{ inbumains.

Laissez-moi aussi vous parler ouvertement. Vous me semblez ressembler aux Pharisiens de l'Évangile, qui lient les fardeaux pesants, et qu'on ne pouvoit porter, sur les épaules des hommes, ils ne veulent pas les remuer du bout des doigts; aux hypocrites du temps de notre Seigneur, qui voyent fort bien la paille dans IVeil de leurs frères, tandis qu'ils ne voyent pas une poutre qui est dans leurs yeux. Vous tyrannisez ïes hommes dix mille fois plus que vos tyrans^ sur les trophées desquels vous vous élevez en criant : k Adieu tyrannie, va- t'en despotisme, n

Depuis que vous avez tué et massacré votre bon roi dune mnnière inouïe et de la façon la plus despotique; depuis que vous avez rompu rinviolabilitè qui lui était assurée; depuis que yous n'avez pas fait allentiou à ses protestatîans; depuis que vous agisses en inquisiteurs de Lisbonne; depuis que, le poignard à la main, vous forcez à la liberté ; depuis que vous avez introduit la guillotine ambulante au lieu de la Bastille détruite; depuis que Ton n'ose dire et écrire tout ce qu'on a osé dire et écrire sous les rois les plus despotiques, j'ai horreur de vous entendre parler liberté.

Monarvhie ou République, cela m'est égal, mais liberté; mais ce n'est pas le mot, ce ne sont pas les eris» ce ne sont pas les charlataneries des discours pn> nonces qui donneront cette liberté à la France, Permettez-moi d'être libre au sujet de vos discours, (jui font pitié (l'éloquence k part). Ûù est la liberté, où est la sûreté de l'honneur^ des biens, delà vie tO mon cher,

KN PACE T)K ROBEs^PTÏÎRRF: SW-

vaus^ qui êtes ci-deYantsi donx, si juste, si respectable; est-il possible que vous ne sentiez pas Thypocrisie dominante de vos héros de liberté, qrii ne font que d'introduire les libertins les plus horribles contre la liberté.

Je serai ridicule à vos yeux, je m'en félieile ; mais pensez à moi, votre sort sera horriblCj parce que vous voiis moçju^^desjdroits derhiimaaitéquc vousafUche^ partout.

L'humanité se vengera de votre hypncrisie d'humanité.

Depuis Nimvod jnsquà Jfamf, jamais le monde ne fut témoin de tant d'inliumanîtég.

Je vous plains, aimable Hérault, sage et savant ami j voire cœur sVst laissé entraîner par uû fantôme iiiag:uifîque et flatteur.

J'admire voire génie; j'aime votre cœur, je plains votre illusion. Je vous en prio, au nom de l humanité : devenez plus humain et ne forcez pas vos frères ii être vos esclaves sous le nom de liberté j ne me croyez pas assez faible pour prendre le parti ou des princes en général ou des royalistes français; point du tout.

Je n'ai à dire que chose claire^ simple et attérante \rjc). Tous vos Rois et tous les Rois de la terre ensemble n'ont jamais donné tant d'exemple d'un despotisme monstrueux, que vous en donnez depuis trois ans. En vèrilé vous vous moquez de nous autres, de Tunivers et des siècles à venir. Je ne parle pas des inhumanités atroces d'une populace effrénée. Je parle des actes publics, des décrets de la Cori%"ention nationale, des atrocités soutenues et privilégiées des plus grands soit disant anlidespofes.

Au nom de l'humanité, je vous en conjure h genoux, ne vous moquez plus de i' uni vers et des siècles à venir.

:i(m HERAULT DE SIÎCUKLLF.S

Ne parlez plus mot de liberté, en exerçant le plus abo* minable despoLisme»

despotisme \ je vois donc que tu es inséparable du sort des humains ;je vois que Lu prends loules les faces possibles et tous les noms sacres pour éblouir les peuples. liberlé ! mot aussi saint que le nom sacré de la Religion, on abuse de toi comme délie; Ton condamne justement les prôtres qui vouîoient forcer les hommes d'être sauvés et l'on ne condamnerait pas juslement les tigres qui ne parlent que de la liberté et ne font que forcer par la guillotine non leurs sujets, mais leurs citoyens, leurs égaux. liberté française, dix fois plus abominable que rinégalitê, qui régnait autrefois.

Ma voix n*est rien ; que la voix de Tunivers le plus impartial ne soit rien. C est voire raison, c'est votre humanité à qui j'en appelle. Mon Dieul est-it possible que vous vous soyez avili à tel degré que vous ne faites d'une partie de votre peuple que des esclaves, de Tautre que des bourreaux..,

A ce moment même on vient de me dire qu*à Strasbourg, personne n'ose sceller une lettre sans Tavoir fait lire à la municipalité, et que c'est elle qui scelle toutes les lettres.

J'ignore si cela est ; je n'en crois rien ; mais si Timpossible était possible, et si la chose la plus incroyable se trouvait vraie par hasard, je rougirais non seulement d'être contemporain de ces monstres de liberté, je rougirais d'être appcK' homme .

mon cher Hérault î pourquoi la nature vous a-lelle donné de 1 humanité^ de Téloquence, du génie, si ce n*est pas pour vous opposer aune tyrannie dont on n'a point d'exemple dans Thisloire du temps le plus despotique.

Nous avons tous deux le même but : ce but est la liberté de nos égaux, mais les moyens. que ceux que j'emploie sont dififérents des vôtres î Vous voulez détruire le despotisme par le despotisme et introduire la liberté par la tyrannie ; moi, j'introduis au moins cette liberté dans mon petit cercle, dans ma paroisse, et dans ma maison, par la raison, qui ne commande pas, et par des sacrifices continuels de tout ce qu'on appelle autorité.

C'est trop tard, je le pressens et ma voix est trop faible, mais quodscripsi, scripsi... Vous allez déchirer vos entrailles, vous allez donner les prétextes les plus spécieux aux despotes de combattre votre liberté qui ne peut être regardée d'une autre façon que comme le despotisme le plus cruel d'un côté, et, de l'autre, comme l'esclavage le plus horrible. Mais c'est en vain que je parle; par un mot vous m'anéantirez... vous m'appellerez aristocrate et puis me voilà rien... Je suis trop rien et vous êtes devenu trop grand pour que je puisse prétendre qu'une pauvre ligne de ma main ait quelque influence ou sur votre raison, ou sur votre cœur. Mais dans six mois, dans un an, jetez un coup d'œil dans un moment perdu sur ce misérable papier-ci, et alors dites-moi, si vous pouvez : tu avais grand tort. Dites alors, le despotisme sous le nom de liberté est ' la mère de la liberté, et la tyrannie sous le nom &' égalité est le moyen le plus sage et le plus humain de réduire les hommes à l'usage de leurs droits naturels. Cela je le prévois trop, vous n'oserez pas me le dire, vous ne le direz pas... peut-être vous déchirerez cette lettre, vous détruirez le portrait de l'auteur que vous avez dessiné*. »

^ Stadtbibliotek, Zurich.

302 HERAULT DE SECUELLES

Telle était la réponse des Suisses à celui qui les traitait jadis de barbares. Hérault, dit-on, était au comité de Salut public quand on lui remit la lettre de Lavater. 11 la lut et la fit passer en souriant à son plus proche voisin : « Ces gens-là, dit-il, ne comprennent rien à notre situation \ »

Pour Hérault, la situation devenait en effet intenable. 11 avait eu, au sein du comité, de violentes altercations avec Saint-Just, qui ne le haïssait pas moins que Robespierre. D'après ce dernier, il aurait demandé, les larmes aux yeux, la grâce de Proly, qu'on voulait arrêter comme espion autrichien. On essayait de le perdre par la diplomatie, parles agents secrets. On l'accusait d'emporter chez lui les papiers diplomatiques et de les communiquer aux puissances.

Billaud-Varenne, qui trahissait, aurait détourné sur Hérault les soupçons de Robespierre '-.

^ Une leltre, qui se trouve dans ses papiers, prouve qu'Hérault publia pendant sa mission dans le Haut-Rhin des Souvenirs d'Hérault à Lavater, qui étaient sans doute une réponse aux invectives qu'on vient de lire. Ces Souvenirs sont introuvables. Dès le 4 novembre 1792, Lavater avait écrit sur un ton d'indignation à M"^ Roland, qui lui répondit en se justiQant. V. Finsler, op. cit,

' Bûchez et Roux, t. XXf, p. 24. (D'après une note de M. de Gravenreuth.)

Saint-Just affirme qu'au mois d'octobre, ses collègues refusèrent de travailler avec lui. Mais on n'osait pas l'arrêter. Danton était encore trop fort, Hérault lui-même trop populaire. Paris l'avait acclamé au 10 août; il était, comme dît Michelet, « consacré parla coupe et par l'urne », IJ résolut de s'éloigner encore une fois et demanda d'être envoyé en mission dans le Haut- Rhin. L'arrêté du 26 octobre, qui le nomme, est de la main de Carnot, qui venait de repousser Cobourg à Wattignies; mais Wurmser avait forcé les lignes de Wissembourg et menaçait d'envahir l'Alsace. En passant par Chaumont, le 30 octobre, Hérault écrivit à Barthélémy, notre ambassadeur dans les cantons, qu'il était chargé par le comité « de prendre la connaissance la plus exacte de tout ce qui peut concerner nos relations actuelles avec la Suisse » et qu'il allait incessamment lui fixer un rendezvous ^ Il emmenait avec lui un agent secret, Darbelet, qui connaissait la Suisse'. Quelques jours avant, Saint-Just, accompagné de Lebas, avait quitté Paris pour Strasbourg.

* Kaulek. Papiers de Barthélémy, t. III, p. 184.

- A. E. — France 330. (Lettre d'Hérault à Deforgues.)

m% llBRAULT DE SÉCHliLLES

Le B novembre, Lebas écrivait h Robespierre : <* fléraull vient de nous an no n ce r, mon cher Robespierre, qu'il élait envoyé dans le déparlement du Haut-Rhin» Il nous propose uae correspondance; notre surprise est extrême. . >> Et Saint-Just ajoute en posi-striptum : « Lacontiance n'a plus de prix lorsqu'on la partage avec des hommes torrompus ; alors on fait son devoir par le seul amour de la patrie, et ce sentiment est plus pur. Je t'embrasse, mon ïimi\ »

^ Papicfi inédits trouvés chez. HobeApivnw etc. Kdil. Ittrville vi Biirrière, H. p. 258.

CHAPriBE 11 MISSION DANS LE HAUT-RHIN^

La Terreur. ^ Entrevue avec Barthélémy. — La Deulralité de la Suisse. — FôLe de la Raisou à Colmar. — Récit de M^^"" Octavie de Bercltheim. — La lettre du marquis de Saint-Hiiaire. — Adèle de Itellegaide en Alsace, — Suprême éloquence. — Réponse de Robespierre.

La première lettre d'IIértUilt de Séciielles à la Convention esl du 14 novembre : f< La terreur seule, écrit-il, peut établir ici la République et rendre du courage au très petit nombre des patriotes. En arcélérant ma mission» je m'efforcerai de ne pas rester au-dessous d'une tâche si importante-, ^

Dès le âT, il annonçait « qu'il avait pris dans le Haut-Hhin les principales mesures capables

* Les éléments de ee chapitre ont été principalemeot puisés aux Archives natiofiales (AF U, 40. J30). J'ai consul Li5 utilement Véîion-Reville. Histoire de In Uèrolution frartçaùe dans h fiépartftncnl du Haal^Hhiu. Paris-Colmar, 1865. (D'après les archives locales.)

- AULAHD. Cotnilc, t. VilL p. 4S7.

SÔfi HÉRAULT DE SÉGHELLES

de relever ce département au niveau de la République. L'esprit public y était entièrement corrompu ; partout des intelligences avec Tennemi, Taristocratie, le fanatisme, le mépris des assignats, Tagiotage, l'inexécution des lois. J ai combaLLaces fléaux de tous mes efforts... En un mot j'ai donné partout Timpulsion. Si les effets répondent aux mesures prises et à l'exécution qui en est commencée, dans quelques semaines le département du Haut-Rhin ne sera pas reconnaissable*. »

Dès son entrée à Belfor t, le 4 novembre, Hérault s^était en effet donné l'allure d'un despote. Saint-Just semblait son modèle. Il avait fait fermer les portes et ordonné des visites domiciliaires. A Colmar et dans toutes les villes du département, il avait convoqué le peuple dès son arrivée, les autorités en écharpe, les troupes rangées en bataille, les cloches sonnant à toute volée ; il écoutait les dénonciations, cassait les autorités d'un mot, donnait d'un geste, dont le retentissement allait loin, l'impulsion de la terreur à toute la machine.

' ibkJ I. IX. p. n.

MISSION DANS LE HAUT-RHFN Ml

a Placé parmi les écueils, écrivil-il, j'ai senti qu'en politique, comme dans les sciences et les arts, le plus puissant moyen d'action était de se créer des instruments, à l'imitation de ces suppléments que l'homme ajoute àson intelligence et à ses bras, et qui atteignent avec ])i\}cision ii de grandes distances, » Dans ce biiî, il avait ' créé un comité d'activité révolutionnalrB, composé y de sept patriotes, une armée révolniionnaire^ dirigée par des commissaires civils et divisée en quatre détachements, 100 hommes u Colmar, 150 à Belfort et à Altkirch, îiO à Neuf- Brisach. 11 rendit un arrêté draconien cfcicernant les mesures de sûreté générale. Ses instructions du 23 novembre aux commissaires civils leur enjoignaient de faire incarcérer surle-champ dans les prisons de Colmar les émigrés, les prêtres réfractaires, les déserteurs, les espions, « ceux qui ont tenu ou tiennent des propos royalistes, fédéralistes, contre-révolutionnaires, ou tendant à avilir les assignats, >ï Ils devaient encore surveiller sévèremeiiL :

1° Les juifs, qui n'ont aucun métier et qui ne feignent d'être soumis aux lois que pour exercer avec plus de sécurité un infâme agiotage ;

308 HÉRAULT DE SEGHELLES

2^ Les ex-nobles, presque toujours inaccessibles à la philosophie, à l'humanité et nécessairement ennemis d'une révolution qui les dépouille, lorsqu'ils n'y ont point coopéré par des actes positifs et non équivoques;

1° Les gardes des forêts, la plupart valets des exnobles ;

4° Les curés et vicaires réfractaires ;

5^ Les employés aux douanes ;

6** Les pécheurs et bateliers;

1^ Les individus fanatiques, qui sont précédemment sortis du territoire de la France sous le prétexte d'aller en pèlerinage à Notre-Dame des Hermites et Notre- Dame de la Pierre ;

8° Les Français ou étrangers entrant et sortant avec des passeports délivrés par les municipalités ;

9** Les déserteurs étrangers ;

10 Ceux qui refusent ou diffèrent de présenter sur leurs maisons les signes extérieurs de l'unité et de l'indivisibilité de la République, de l'égalité, de la liberté et de la fraternité...

C'était là de terribles instruments, surtout dans la main des hommes qui devaient les mettre en œuvre ^ Parmi eux se trouvaient

* Dans son empressement à donner des preuves de son civisme, l'auteur de la Visite à Buffon ne craignait pas d'employer le slyle du Père Duchesne, On trouve ce billet de lui dans les papiers saisis chez Robespierre :

Colmar, 28 brumaire an second de la République. Oui, f... ! entre nous l'aristocratie s'en ira par Haut et par Bas.

HliRAULTs

plusieurs prêtres renégats et mariés ; Tun d'eux, Muller, allemand d'origine, parlait tout haut d'imiter les violences du capucin Schneider à Strasbourg. 11 écrivait à Hérault :

« Ressouviens- toi à Euloge Schneider (sic) qui a fciii la Révolution dans le Bas-Rhin, qui a toujours agi avec droiture et fermeté, dont les ennemis sont des agioteurs, des aristocrates. Tu as travaillé à la déclaration des droits de l'homme. Hérault, fais ton devoir. »

Muller

Commissaire civil du département du Bas-Rhin ■ 4

Mais fidèle au système d'hypocrisie, qu'il recommandait à Carrier et à l'exemple que, sous l'inspiration de Robespierre, donnait Saint-Just dans le Bas-Rhin, Hérault de Sechelles ne versa pas une goutte de sang. 11 dispersa une innocente société de Colmar, la 7\ébagie littéraire, « En révolution, écrivit-il, il n'y a pas d'académicien. » Il fit encore arrêter quelques prêtres réfractaires, et quelques barons alsaciens, « qui pleuraient la monarchie et leur trente-six quartiers, » et dirigea sur Langres tous les prisonniers de Colmar pour les éloiguer

ZiO HÉRAULT DE SÉGHELLES

de la frontière. Plusieurs de ses arrêtés sont empreints d'un véritable esprit de justice*. Prévoyant Teffet de ses instructions et les excès de ses commissaires, il n'aspirait plus désormais qu'à s'en aller. Dès le 27 novembre, il propose pour le remplacer son collègue Foussedoire, qui est à Belfort et conviendra, dit-il, parfaitement. « Le principe républicain veut qu'un pouvoir illimité ne séjourne pas longtemps dans les mêmes mains. »

Comme au Mont-Blanc, il s'était activement occupé 4e l'armée. Mais c'est dans le Haut- Rhin qu'était le théâtre des opérations. Saint- Just enflammait par son audace les armées de la Moselle et du Rhin, commandées par Hoche et Pichegru. « N'étant point, écrit Hérault, appelé comme Saint-Just et Lebas au bonheur de repousser avec les volontaires, nos braves frères d'armes, les hordes ennemies », il a

^ Il écrit par exemple à Riegert, commissaire civil : « J'ai dû gémir de voir un républicain dénoncer un payeur comme aristocrate et ensuite demander sa place; si tu répares cette faute par une activité brûlante à servir la République dans ta mission et à poursuivre tous les traitres, Je te promets de n'en plus parler. » 11 fait détaxer une veuve, dont le mari a été tué à l'ennemi, revient sur plusieurs de ses arrêtés et poursuit les calomniateurs.

voulu cependant contribuer à l'organisation de la défense en Alsace, qu'il considérait comme un boulevard invulnérable. D'accord avec Schérer, il fait établir un camp retranché à Belfort ; il recherche et poursuit les auteurs de rincendie de l'arsenal d'Huningue, il réquisitionne les chevaux, Tavoine, les fourrages, le pain. Enfin il s'efforce d'exalter partout le patriotisme. 11 signale à la Convention le dévouement de seize paysans de Saussure, qui ont traîné eux-mêmes pendant vingt-deux lieues deux voitures de fourrages destinées à Tarmée. Les jeunes officiers de santé des hôpitaux de Colmarlui ayant demandé l'autorisation déjouer la comédie, il leur fait cette réponse cinglante :

« Pendant que nos braves frères d'armes versent leur sang à la frontière ;

« Que souvent nous manquons de pain ; que les hôpitaux sont remplis de malades qui exigent jour et nuit des soins fraternels et une étude de l'art de guérir;

« Il est permis aux jeunes officiers de santé des hôpitaux de Golmar de jouer la comédie. »

Il allait dans les campements, mangeait à la gamelle, parlait en frère au soldat et recueillait ses réclamations.

Mais sur ce terrain son rôle était fort modeste. Tout l'avantage était pour Saint-Just, qui rendait les plus utiles services. Hérault voulut balancer par ses succès diplomatiques les succès militaires de son rival. Depuis Tentrée de Robespierre au Comité, il n'était plus permis de parler de paix; mais, en modifiant son langage, Hérault était resté secrètement fidèle aux projets de Danton. 11 comptait toujours qu'une pacification générale marquerait la fin de la crise intérieure. La Suisse, qu'il aimait, était devenue le pivot de sa politique. Dès le 30 août, il faisait envoyer dans les cantons un émissaire du comité, Aubriet ; c'était lui qu'il recommandait àLavater dans la lettre qu'on a lue^ Aubriet devait proposer aux Suisses une alliance. Mais les Autrichiens en auraient profité pour rompre la neutralité, et notre ambassadeur désapprouva le projet '\

* Voir p. 225. — Cf. sur la mission d'Aubri et, A. Sorel, III, p. 436 et Kaulek. Papiers de Barthélémy , t. II et III.

2 On trouve dans les papiers d'Hérault de très nombreuses notes concernant la Suisse, un projet de 1792 corfsistant à former de nouveaux régiments avec les débris des anciens régiments suisses. — Le 16 octobre 1791, il écrivait à son collègue Dumont : « Vous avez agi politiquement pour nous vis-à-vis de la petite Genève, qui a été très touchée de ce

Dès le 4 novembre à peine arrivé à Belfort, Hérault fixa un rendez-vous à Barthélémy, qui résidait à Bade. L'entrevue eut lieu le 11, à Saint-Libre, ci-devant Saint-Louis, village près d'Huningue. Barthélémy était un diplomate de l'ancien régime, qui avait les usages et les goûts du grand monde. 11 déployait des prodiges d'habileté pour conserver à son pays les moyens de négocier avec l'Europe ; il devait s'illustrer en signant, deux ans plus tard, la paix de Bâk\ Les Suisses l'aimaient et l'estimaient. Ils craignaient de le xoir s'aventurer sur le territoire français. Les magistrats de Bâle, les députés de Zurich et de Berne le pressaient de ne pas purtir et attendaient son retour avec anxiété. Tout se passa le mieux du monde. Hérault et lui n'avaient que trop de raisons de se comprendre. Ils furent enchantés l'un de l'autre et allèrent ensemble jusqu'à Bàle. « Rien de plus beau dans la nature, écrit Barthélémy, que la personne d'Hérault de Séchelles ; rien de plus aimable et de plus gracieux que son esprit. Il

fait parce que pour elle tout est individuel ; et la suite de ce sentiment de reconnaissance sert à nous procurer Ju pain et des fusils. » (Aulard, Comitéj t. VII, p. 443).

Mi HÉRAULT DE SËCHELLES

aimait autant que moi les Suisses. Je n'ai jamais conçu comment il a pu exercer en Alsace les duretés qu'il y a commises. 11 croyait par là plaire au comité de Robespierre. Cela ne Ta pas préservé de Téchafaud* ».

A la suite de cette entrevue, Hérault adressa un long rapport et de nombreuses notes au comité de Salut public. 11 y faisait l'éloge de Barthélémy et conjurait ses collègues de respecter la neutralité de la Suisse : « (1 dépend de nous seuls, écrit-il, que cette neutralité, qui nous vaut une armée de soixante mille hommes ne soit pas rompue. » Pour la conserver, il faut respecter le gouvernement de la Suisse, son territoire, empêcher les excès de nos troupes et des administrateurs français de la frontière. 11 proposait même de prendre à notre charge le corps de 2000 hommes, chargés à Bàle de faire respecter la neutralité, et composés de Zurichois, amis de la France. Il assure encore ses collègues que la cocarde blanche n'est pas tolérée en Suisse et que les aristocrates, qui la portent,

^ Mémoires inédits de Barthélémy, qui m'ont été très obligeamment communiqués par M. le marquis de Dampierre, leur possesseur.

MISSION DANS LE HAUT-RHIN Mb

(( la tirent momentanément de leur poche pour faire les jolis cœurs en visite ». Le canton de Fribourg, qui nous est opposé, n'a de crédit que dans le Valais « à cause de la religion, de la stupidité et du goitre. » Il indique les moyens de trouver en Suisse de Tavoine, dey fusils, des souliers, et des draps. Enfin il invite Barthélémy à démentir les bruits d'annexion de Mulhouse et de Neufchâtel, répandus par Tennemi pour amener la Suisse à se déchirer contre nous. « Par l'effet de cette déclaiation, la République française n'aurait plus du dehors aucune communication libre par terre, ni pur mer. » En terminant, il insinuait que Burlliélemy, qui avait longtemps vécu à Vienne et à Londres, se trouvait en Suisse dans un ceiilre très avantageux entre l'Allemagne et FAugleterre : c'était indiquer le retour à la poUtitiue de Danton. « A Dieu ne plaise », ajoutail-il pour corriger ce que son insinuation avait d audacieux, « que nous pensions à entamer aucune négociation avec des despotes stupides et féroces, qui ne doivent recevoir de nous que la mort pour toute transaction; mais au moins nous pouvons désirer d'être mieux instruit?^

m tîïiRAULT DE SÉGHRLLES

que nous ne Tavons été jusqu'à préseiit\ n Ces observatiouî^ frappèreuLle Comité, et Robespierre lui-même parut s'y ranger dans son discours du 19 novembre. 11 rassura les Suisses et se déclara disposé à resserrer les liens qui nous unissaient à eux, ainsi qu'aux États-Unis et à la Turquie. Mais il n'avait ni la hauteur de vue ni Tenvergure nécessaires pour reprendre les négociations. Hérault obtint du moins plusieurs arrêtés conformes à ses vues ; il raffermît la situation de Barthélémy; enfin il réorganisa le service d'agents secrets, non moins précieux à Carnot pour ses plans de guerre que pour amorcer les négociations futures. Ces utiles^ résultats étaient le véritable but de sa mission. Pour développer entièrement le personnage dllérauU de Séchelles pendant son séjour dans , le Haut-Rhin, il convient de signaler encore la part qu'il y prit au mouvement de déchristianisation. Le 10 novembre, à Paris, Cbaumetle avait entraîné la Convention à Notre-Dame, pour y célébrer la fête de la Raisons Les repré-

^ KArLKK, [IL 209-213. (Bapporl du 11 novembre au oomiLé de Salut public.) -M. 1\ R obi quel n. fait revivre au Salou de 1005 une ïmagi-

MISSION DANS LE HAUT-RHIN 3t7

sentants en mission suivirent partout cet exemple, détruisirent les signes extérieurs du culte et jetèrent les cloches au « creuset national » ; mais Hérault de Séclielles obéit encore à rimpulsion de sa passion philosophique, la seule qu'il ressentît vivement. « Le culte de la raison, dit justement Michelet, ne sortait pas du sein brûlant de la Révolution, mais des écoles raisonneuses du temps de l'Encyclopédie ». Son seul effet fut de nourrir chez les plus ardents Texaltation patriotique, surtout dans les départements de la frontière, où les prêtres passaient, non sans raison, pour les agents deVétranger.

Les instructions d'Hérault aux commissaires civils (art. XVI; ordonnaient de célébrer partout les fêtes de la Raison.

« L'étude de la nature étant le seul culte qui convienne à un peuple libre et devant remplacer les religions mensongères, qui ont trop longtemps fait le

nation de Lamartine, dans ['Histoire des Girondins : la Raison à la Convention. Hérault de Séchai les en frac rose très élégant est à la tribune et montre du doigt M*^*^ Maillard en bonnet phrygien, que Ghaumette vient de dépouiUer de son manteau bleu. Robespierre se dresse indigné et Danton ricane. Il suffit de dire que le 10 novembre, Hérault était en Alsace.

318 IIKBAULT DE SECHKLLES

malheur du genre liumaîn, les commissaires civils ferOQt incessamment célébrer dans chaque cheflieu de canton de leur ressort une fête à la Raison^ à l'inslar de celle qui aura iieu le It frinifiire dans le ctieMieu du département et ils prendront les mesures nécessaires pour qu'une tieure de chaque jour de décade soit employée a instruire les citoyens de leurs droits el de leurs devoirs, m

Le tfi frimaire itî décembre), Héraull présida lui-même dans la cathédrale de Colmaràlafcte solennelle de la Raison, a La société populaire de Colmar, écrit-il, me pressa de renouveler dans ranciennc capittile, de cette commune le speclucle que la Convention nationale venait de donner aux Français dans la Notre-Dame parisienne. Ppexécutai son vœn; notre fête fut simple et grave ; tout Colmar se rendit dans celte église; on y voyait une montagne, emblème du républicanisme, couronnée par la llamme, em~ blême de Tin tel licence ; les femmes avaient embelli le local de toutes les parures républicaines. Je célébrai la raison; le peuple ctianta la liberté ; le reste du jour, consacré à régalité. fut égayé par des danses par le bonheur de se retrouver et de :5*entre tenir fraternellement'. »

' Rapport aur m mimon dan$ le Haut- Rhin.

MISSION DANS LE HAUT^RHIN âlft

Dans le cortège qui accompagnait FAlcibiade de la Montagne, se trouvait une toute jeune fille, M^'^ Octaviede Berckheim, dont la famille une des plus nobles de TAlsace, inclinait vers les idées nouvelles. Elle était d'une remarquable beauté ; la municipalité pensa la requérir pour représenter la Raison, « Jen avais, dit-elle une crainte horrible; il y a tant de choses auxquelles on tient quand même.*. L'expérience m'a prouvé depuis qu'en effet il eût été peu I flatteur de représenter une Raison si sœur de la | folie. y>

Voici le récit de W^- de Berckheim ;

« Pendant cinq ou six jours, les demoiselles de la ville s'assemblèrent à la Maison de Ville pour faire des guirlandes, dans la matinée et Taprès-midi. C'était intéressant, il y avait de la décence et de la bonne volonté; c'est-à-dire que celles qui ne s'en souciaient pas, mettaient de la grâce dans ce qu'elles faisaient, et celles qui triomphaient de la retenue...

a Dès le matin du 6, les demoiselles s'habillèrent en blanc et mirent des guirlandes dans leurs cheveux. Elles s'assemblèrent a la grande

no HÉRAULT DE SÉCHELLES

tribune et attendirent là, de neuf à onze heures. Enfin le signalement fut donné et le cortège se mit en marche à peu près deux à deux. Mais quelle ne fut pas notre humiliation lorqu'au lieu d'entrer, on nous fit passer outre et faire une tournée en ville pour aller prendre le représentant. Cela me froissa; je m'aperçus que d autres partageaient ce sentiment avec moi; je fis alors la motion de ralentir le pas ; elle eut plein succès. Arrivé à la rue des Juifs, le représentant s'avançait déjà, conduit par Favantgarde des empressés. Nous passâmes, il suivit avec le reste et ainsi nous nous acheminâmes vers le Temple, aux chants des hymnes du groupe des administrateurs et des sans-culottes, qui pourtant portaient leur costume.

(( Maman et presque toutes les dames de notre connaissance, et un certain nombre de messieurs, se tenaient près des orgues, sous prétexte de faire partie de la musique. Gomme il ne fallait pas avoir Tair de se distinguer, mes sœurs et moi nous restâmes dans la masse du cortège. Je tins mon coin pour le salut de ma famille; je le payai assez cher. J'étais enrhumée, les dalles sur lesquelles nous nous sommes

MISSION DANS LE HAUT-RUiN 321

tenues debout tout le temps étaient excessivement froides. Une cohue de femmes grossières nous enveloppaient... Je souffrais de la te te aux pieds sans en excepter les oreilles, qui eurent leur belle pénitence. En vérité, j'étais mal à mon aise. Des discours, puis des discours et rien que des discours. Alcibiade^ en tint un, énoncé et déclamé avec grâce, de grands mots, de belles phrases, mais rien de neuf, rien qui étonne et qui touche, pas d'à-propos, rion d'auguste et de solennel ; tout était froid,

« Nous ne rentrâmes qu'à trois heures. Bientôt, il fut question de se rendre au bal. Je n'y tenais pas et j'y trouvais du ridicule de toute manière. Mais la crainte de me singulariser, et peut-être un peu de curiosité me portèrent à y aller. Il fallait au moins se présentera la grande tribune; heureusement il y avait tant de monde qu'il était de toute impossibilité d'entrer ; bon prétexte pour se retirer. Nous nous dirigeâmes donc vers Lieb, le cafetier, qui a une très belle salle. Je fus toute surprise d'y trouver les apprêts d'un ci-devant bal comme il faut. Je

* Le surnom d'Hérault de Séchelles était devenu courant dans le Haut-Rhin.

3£i IJÉKAULT DK SKCHELLEÉi

tiansai et m'oiiblîai presque; cependant une voix intérieure venait troubter ce charme. Je sen tais la présence li u passé , ta gravité du présent et l'obscurité de Taveiiir. Mais j^aime la danse, elle m'entraîne. Après une contredanse et ane allemande, la foule augmenta h un tel point, qu'il devint séantde Ben aller ; nos parents se retirèrent avec nous \ )ï

Le 29 novembre, un tribunal révolutionnaire l'ut établi à riolmar; il pouvait prononcer, même en matière capitale, sans assistance de juréi^. Le ;-t décembre, Jacques Biegenwaid, ofiicier municipal, et Sébastien Dietliu, maître d'école, convaincus d'avoir assisté à la messe d'uu prêtre réfractaire, furent condamnés à mort et exécutés; le M, un vieux prêtre, Jean Thomas, de Metz, subit le même sort. Hérault connut ainsi, avant de quitter TAlsace, Tefiet sanglant des mesures qu*il avait prises pour se sauver lui-même.

Un événement de sinistre présage Tint bien-

* Souvenirs (t Alsace, Correspondance des demoiselles Je Berckheim cl de leurs amis, précédée d'un extrait du Jouruût ile iV'- Oc tarie (t& Bi'irckheiHi^ ol d'une préJUce de M. Ph. Godet, 2 vol., Xf-ufcliâtel et Paris, 1889, t, J, p. 4D.

tôt mettre fin à sa missioa. Une lettre, signée /e Marrpns de Samt-Hilaire^ avait été interceptL^e peu de temps auparavant aux avant-postes du général Michaud. Elle paraissait prouver qiiMI existait entre Tennemi et la municipalité de Strasbourg des intelligences pour livrer la place, mais il suffisait de la lire pour se convaincre qu*ellc était l'œuvre d'un faussaire. Saiot-Just en fit état pourarrêterpresquc tous les membres du département dn Bas-Rhin. Une seconde lettre signée Snmi-Hilaive, et datée de Colmar, fut bientôt saisie. Elle était adressée à Monet, maire de Strasbourg, et finissait par ces mots : et Je n'ai été ici que pour m'aboucher avec notre ami Héraut tj qui m'a tout promis. Ainsi à Tuo et à l'autre, ne doutez pas de la récompense. »

Saint-Just était absent. Le représentant Lémane fit arrêter Monet à Strasbourg et envoya la lettre à Hérault.

Celui-ci re<;.ut eti même temps sa lettre de rappel datée du \\ décembre; quelques jours après, il apprit qu'il avait été dénoncé, le 16, à la Convention^ par Bourdon de TOise, comme ci-devant avocat général, ci- devant noble, et pour ses liaisons avec Perevra, Dubuisson et Prolv.

imi lîlÎRAULT DE 8ÉCHELLES

Benlabole avait fail remarquer tîmidomenl que Lepelelier de Saiiil-Farj;cau, ancien prtjsident à morlier, n'en avait pas moins mérité le Panlliéoii. Cou thon déclara en termes ambigus, quMl ignorait si Hérault avait des liaisons saspeintes;. On est bien en droit de supposer que la ^lettre de Saînt-llilaire et la dénonciation de Bourdon venaient l'une de Saint-Just et l'autre de Robespierre \

L'animositéde Sainl-Jiist contre son collègue $6 retrouve encore dans les in justes déclarations qu'un de ses partisans, Monet^ faisait, en 1837, aux auteurs de PHl^loire Parleinenlaire : a Les acles de Hérault de Séckellesdans leHaul-Rlân se bornèrent à une promenade sans but et sans résultat, 11 clicrchait a ne rien faire et il ne fil rien. Hérault était un homme à belles manières et un homme de plaisir. A Paris, il portait la perruque jacobine; dans les départements il se coiflliii en aile de pigeon 11 ne résidait pas dans une ville sans y commencer aussitôt des intrigues amoureuses. Celle qui lit le plus de

^ Déjà, k la séance du \*1 docembre, à la tUinventioû, Bourdon de TOise avait déclaré qu'il se trouvait au Comit^î « quelques membre?^ que Ton aérait bien aise de nj plus voir. »

bruit en Alsace, parce, qu'elle était scandaleuse, fut sa liaison avec la sœur d'un général autrichien. Les patriotes de ce pays reganlaient Hérault comnie un mieqnm^ . Lorsqu'il repassa par Strasbourg pour revenir à Paris, le maire lui parla de la dénonciation dont il venait d'être Tobjet devant la Convention^ et lui demanda comment il espérait s'en tirer. Hérault repondit avec beaucoup d'aisance qu'il n^aurait poureela qu'à dire un mot à son ami Couthon\ y> Retenons simplement de ce passage qu'Adèle de lîellegarde accompagnait sans doute son amant on Alsace, Le comte de Bellegarde était passé dans Tarmée autrichienne, où son propre frère servait déjà en qualité de feld-maréchaL

^ Le.9 documents prouvent le contraire ^ Les sociétt^s l populaires, le=; commissaires, les agents secrets, tous furent nnanimes à déplorer si in départ, k iliitrtr la calomnie dont il était Tobjet, à signaler le^j services qu'il avait if^ndus à la cause de la Révolution dans le nauL-Hbiti. \.a\ grand nombre coutinnerent de lui écrire. Lnu patriote. Emilie Laroche rappelle « le jj résident de la fôte du 10 août d'imraortelle mémoire » et hu écrit de Col ma r, \\\ 16 niv6se, j pour demander son retour. Elle a écrit, dit-elle, h Oahespierre, « mais il n'y fera pas attention; te$t iVuns ftniTn^. »

^ Cou thon écrivait eu effet de Lyon, le 20 octobre, a un de ses collègues : « Hérault a été plus aimable que toi ; j'ai reçu deux dft ses lettres... AdieUj mon ami, embrasse Robespierre, Hérault et nos bons amis pour moi. »

32H flllRAULT DE SECHELLES

AvanL de partir, Hérault convoqua la société |)opulciire de Colmar, donna lecture de la lettre signée Saint'Htlaire et fit ses adieux. Des proteslalions uoaaiines éclatèrent; on le suppliait de rester; comme au Mont-Blanc il s'était rendu populaire par son affabilité, son esprit de justice, sa secrète modération. Il licencia l'armée révoluMonnaîre, tît rendre un compte public à ses commissaires. En passant par Strasbourg, il dénonça de vaut son collègue Lémane Texprêtre Miilier, dont les excès lui étaient signalés. Dans ses papiers, on trouve le brouillon de cette lettre, qu'il adressa sans doute à Ritter, député du Haut-Rhin, qui intriguait à Paris avec ses ennemis, ou peut-être à Saint-Just luimême :

« J'ai reçu la lettre, j'ai rempli mon devoir, j'ai mis décote les viles considérations personnelles. Je n'ai vUt je n'ai ser%'i que la République ; je suis inattaquable. Tu as calomnié un département tout entier; j'ai dû le venger en lui donnant connaissance de ta lettre. J'opposerai aux injures la vérité. J'apporte avec moi des pièces que tu ne pourras méconnaître. D'accusé, je deviendrai arcusateur. Je dévoilerai tout. On jugera entre nous deux^ »

11 appliquait ainsi un principe de son Codk'dls : (( Ne point se mettre sur la défensive quand on est attaqué, mais toujours la botte au corps, soit dans la parole, soit dans Faction. » En arrivant à Paris, il apprit que le maréchal de Contades venait d'être arrêté à Livry, au Grand- Berceau, et son oncle, M. Magon de la Lande, dans son château de la Chipaudière à Saint- Malo. Le maréchal, refusé dans toutes les prisons en raison de son âge et de ses infîmiités^, était gardé dans son hôtel de la rue d'Aujou. M. Magon de la Lande avait été également transféré à Paris*.

Le 29 décembre, Hérault, arrivé du matin, parut à la tribune de la Convention. Tl se justifia en quelques mots de ses rapports avec Proly, Dubuisson et Pereyra. C'était, on s'en souvienl, des agents secrets, qu'il avait employés de concert avec Lebrun et Desforgues. Il lui était impossible de les découvrir publiquement. On juge à ce trait de la perfidie de ses adversaires, qui ne pouvaient être que des membres du Comité. Hérault continua en demandant d'être

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