AVANT-PROPOS
La parole est aux faits.
Plus de polémique : l'histoire!
Qui de nous n'a assisté , comme témoin , comme juré, ou comme spectateur aux dernières scènes d'un drame judiciaire?
Alors que Taccusation a formulé ses charges :
Alors que les témoins ont dit ce qui les corrobore ou les affaiblit ;
Alors que la défense a présenté ses moyens :
Le jury est indécis, il a la tête un peu troublée par les exagérations de métier de celui qui soutient la culpabilité, et de celui qui la combat.
11 appelle un rayon de lumière qui pénètre ce nuage d'exordes^ d'apostrophes, de fictions oratoires, de péroraisons, de discussions, et
toute cette poudre d'éloquence qu'ont secouée autour de lui ceux qui sont payés pour trou, ver un coupable ou pour proclamer un innocent.
C'est en ce moment qu'une voix grave et sévère se fait entendre.
Elle part du pied de la croix qui domine le tribunal :
C'est celle du président.
Il résume les faits, éclaircit les dépositions, écarte les plis de la simarre rouge de Taccusateur, secoue la robe protectrice du défenseur, et fait sortir la vérité du milieu de ces voiles qui la dissimulaient en mal comme en bien.
La France, en ce moment, est un vaste jury. Le moment approche où elle va avoir à se prononcer sur la cause qui se débat devant elle. Quatre citoyens, je ne dirais pas quatre prévenus, sont venus, d'eux-mêmes, sans que rien les y forçât , sans gendarmes , sans menottes, faire appel à son jugement.
11 faut qu'elle dise non pas qui est le coupable, mais qui est le capable, et quel est celui qu'elle enverra non pas au bagne de Brest et de Toulon, mais aux travaux forcés de la présidence d'une république démocratique et sociale.
Il ne s'agit pas de réchaHuid, mais du fauteuil présidentiel...
Il est vrai qu'il peut avoir la forme du siège où s'assit, à Venise, le doge Marino Faliero.
En attendant que l'un d'eux s'y installe, et pour presser ce moment, les prétendants sont là sur la sellette...
Véritable scène de Cour d'assises, vous dis-je.
Les témoins ont été entendus, les accusateurs n'ont pas fait défaut.
Ils sont accourus avec la menace et l'insulte à la bouche.
Ils ont emprunté aux soldats du prétoire la pourpre dérisoire et la couronne d'épines.
Ils sont prêts à dire aussi au peuple assemblé : Eice Ho^no ! voilà l'homme qui se présente pour te gouverner.
Puis la défense s'est levée.
Elle a opposé, aux accusations sans justice, le panégyrique sans pudeur; aux génuflexions ironiques, des salutations véritables; au cri: à bas! \e vivat enthousiaste;
Elle s'est écriée : Au Capitole ! quand les autres vociféraient : Aux gémonies !
iS'est-il pas temps que l'assistance crie avec le fausset des huissiers : « Silence, Messieurs ! »
Oui, silence à toutes ces voix individuelles, car la parole universelle va bientôt se faire entendre!
Pour qu elle soit l'expression sincère du vœu
du pays, ne troublez pas l'examen de conscience qui doit précéder ce moment solennel.
Donc qu'on n'entende plus que les graves et sévères accents d'un résumé impartial.
Que l'histoire soit le magistrat équitable qui close les débats.
La parole est aux faits !
Nous les rappellerons sans haine, sans amour, sans colère, sans prévention, sans peur...
Nous pourrions même ajouter tristement sans espérance, si le ciel, prévoyant les jours de révolutions et de république démocratique, sociale et élective au par dessus, n'en avait pas fait une vertu !
Nous allons demander pour vous à l'histoire qui déjà a commencé pour eux, ce qu'ont fait, ce qu'ont dit les citoyens qui sollicitent vos suffrages, et se mettent en frais pour les obtenir.
Leurs actes, leurs discours seuls parleront. Point de commentaires, de déductions...
Au bon sens, à l'esprit du peuple le soin de conclure.
Le peuple saura bien, sans qu'on le lui dise, où va forcément chacune des routes suivies par chacun des prétendants.
Le passé doit l'aider à résoudre le problème de l'avenir;
Et quand les termes en seront posés, nous n'aurons plus qu'à lui dire, avec le vieux Corneille :
Devine si tu peux, el choisis si tu l'oses!