U\ MILLIARD E.\ VINGT-QUATRE HEURES
Dans les clubs, on mettait en première ligne de l'ordre du jour les questions de finances. Elles y étaient discutées avec passion; etcette passion, pour être celle du bien public, n'en était pas toujours plus clairvoyante. Puis, les idées sorties des feux
(lu débat étaient rédigées en résolutions que des ambassadeurs apportaient au Gouvernement provisoire, quelquefois avec sympathie et respect; qu'ils lui signifiaient quelquefois, par une usurpation audacieuse, au nom du Peuple, au nom du Souverain devant qui tout devait s'incliner.
Les clubs n'étaient pas seuls violents; ils n'étaient pas seuls à nous conseiller, à nous insinuer ces vagues excogitations que, par vénération ou par insulte, on qualifie:
moyens révolutionnaires . Un jour, je reçus la visite d'un banquier fort connu qui m'était adressé par le ministre de l'intérieur; je Taccueillis avec la considération que je Uii croyais due. II débuta par des réflexions générales sur les périls de la situation, sur la nécessité de sauver la République, sur les moyens à employer dans ce but, etc., etc. « Aux grands maux les grands remèdes ,
ajouta-t-il. Les banquiers ont encore deFargent; il faut qu'ils viennent au secours du Trésor. Convoquez-les , enfermez-les dans un salon, et ne les laissez sortir qu'après
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avoir obtenu d'eux luiprôt de 60 à 80 millions. Si vous voulez , je me charge de l'exéculion. » Je le remerciai poliment. 11 m'a depuis accusé de communisme.
Un autre financier , se bornait à vouloir que le Gouvernement provisoire imposât à la Banque de France une simple émission de 800 millions !
Ces projets, cependant, n'étaient pas tous également singuliers, bizarres, vulgaires ou ridicules. Il y en avait de vraiment ingénieux et raisonnables. Dans les temps calmes, un ministre les consulterait avec fruit et en tirerait des applications utiles ; mais, par des voies plus ou moins droites, plus ou moins habilement tracées, les donneura d'avis concluaient tous:
Ou à l'emprunt, soit volontaire, soit forcé ;
Ou au papier-monnaie, garanti, soit par les propriétés de l'État, soit par l'hypothèque sur les particuliers;
Ou à une banque d'Etat qui, par la virtualité de sa puissance cxpansive, trouverait en soi les moyens de fournir à tous les besoins du Trésor, à toutes les nécessités du crédit public et du crédit privé;
Ou à Tanticipation des recettes futures; Ou à la vente des forêts de l'État ;
Ou à Taugmentation de Timpôt direct ou indirect, proportionnel ou progressif, sur le revenu ou sur le capital.
Cet emportement des esprits, cotte pré* cipitation à concevoir, à conseiller, à vouloir, découvrent, avec une lumineuse évidence, et la gravité du péril et la difficulté du salut. Quand tout l'équipage se jette en désordre à la manœuvre, c'est que le navire est en plein naufrage. Nous n'avions plus le temps d'imaginer de nouvelles combinaisons de lest , d'aménagement ou de voilure; il fallait boucher tout de suite, par le moyen le plus immédiatement eflicace, la voie d'eau par où le navire som-
brait. Il fallait agir sur-le-champ, réussir sur-le-champ et à coup sur. Un moment perdu, une faute commise, une tentative avortée, — et Tarmée n'avait plus de solde, le rentier plus de revenu, le capitaliste plus d'intérêt, les employés de l'État plus d'appointements , les industriels plus de crédit, les ouvriers plus de salaires; Ce cri terrible retentissait comme un coup de tonnerre d'un bout à l'autre de la France :
Aujourd'hui, le Trésor a suspendu ses payements î
Rxamen des divers moyens proposés.
1° Emprunt national.
J'en avais, dès le premier jour , conçu l'idée. Malgré la connaissance du cœur humain , malgré l'expérience, je voulus en essayer. Il y avait tant d'enthousiasme partout ! On m'encourageait si ardemment, et de toules parts, à trancher dans le vif, à exiger beaucoup ! Chacun, les yeux fixés sur son voisin, proclamait si haut la nécessité des sacrifices!... L'illusion, si j'en avais eu, dura peu. L'appel du patriotisme ne fut pas entendu. Quelques opérations intelligentes réahsées par quelques honorables capitalistes, quelques traits de dévouement sublime, et ce fut tout. Comme ressource, ce n'était rien.
2° Emprunt libre.
Un emprunt de 250 millions avait été
souscrit par la monarchie. Au 24 février, 80 millions étaient déjà perçus ; restaient à percevoir 170 millions. Mais la rente avait baissé à un taux où les souscripteurs avaient intérêt à abandonner. Ils avaient abandonné. Ouvrir un nouvel emprunt ? Pourquoi et comment? A qui s'adresser? Les banquiers, culbutés ou ébranlés, loin de pouvoir donner du crédit, en demandaient. Les capitalistes ? Ceux qui ne mettaient point leurs fonds en réserve les envoyaient à l'étranger.
Vendre à la Bourse les rentes apparietenant à la Caisse d'amortissement ou à la Caisse des dépôts et consignations? Mais à quel prix? Une limite était nécessaire. Infailliblement précipitée, la rente l'aurait bientôt franchie.
30 Emprunt forcé.
Même après le péril passé, alors que la réflexion a repris son empire, bien des gens sont d'avis que nous aurions pu, honorablement et utilement, recourir à celle
sorte d'einpiuiit. C'est une erreur capitale, et je le prouve en peu de mots.
Qu'on ne l'oublie pas : ce qui dominait la question, c'était la nécessité d'une ressource immédiate. Or, l'emprunt forcé n'en donnait forcément qu à distance. Il aurait fallu désigner les contribuables, les diviser en catégories, connaître ou du moins supputer la puissance contributive de chacun d'eux , opérer la répartition , dresser les rôles, etc., etc. Ce travail exigeait plus de deux mois ; trois mois auraient passé avant qu'il arrivât un écu au Trésor. Il en fallait dans les huit jours.
Je demanderai ensuite à quel taux l'emprunt aurait été livré? Au pair? Mais la rente était à 60 fr. ; elle descendait encore. Donner de la rente au pair lorsqu'elle est à oO fr., c'est imposer au préteur une perte de 50 fr. Dès lors, ce n'est plus un emprunt, c'est un impôt, un impôt forcé, un impôt sur quelques-uns. Mieux vaut alors y recourir sur-le-champ et ouvertement ; c'est plus net, plus loyal, plus franc.
Et puis, quels sont les gens riches? Combien passent pour tels qui ne le sont pas ? Combien l'ont été qui ne le sont plus? Combien, dont la vraiefortune n'est point connue? Pour rester juste, il aurait fallu distinguer, et distinguer avec certitude. C'était alors nécessairement l'inquisition dans chaque commune entre les mains d'un homme ou de quelques hommes ; dans la France entière, entre les mains d'un parti. C'était l'oppression, la violence, partant la haine partout suscitée, et, au bout, la giK3rrc civile inévitable. J'ai vu cette extrémité; je n'ai pas voulu y aboutir. Au prix de ma popularité , de mon avenir peut-être, j'en ai détourné mon pays. Ce que je voulais, c'était un sacrifice à des circonstances suprêmes , une offrande de la patrie à ellemême ; une prime d'assurance à son honneur, à sa sécurité ; c'était une perceptioR régulière, ce n'était point une razzia!
4° Papier-monnaie.
C'était, dans le premier moment, la pa-
iiacée universelle. Et, de fait, le rôle du ministre des finances aurait été alors singulièrement simple et facile : une planche de cuivre, un graveur, du papier ; toutes les difficultés étaient vaincues !
Mais quel papier-monnaie? car il y en a de plusieurs sortes. Était-ce un papier d'État, émis et garanti par l'État, offert à la libre acceptation du public? Mais cette sorte de papier existait déjà : c'étaient les bons du Trésor. Or, ces bons, quoiqu'un intérêt considérable y fût attaché, quoique leur remboursement intégral fut certain, perdaient à la négociation 40 p . i 00 . Les renies, autre papier d'État, perdaient environ 50 p. 100. Qu'auraient dès lors valu les nouvelles valeurs? Evidemment, moins que les bons du Trésor et moins que la rente. D'où, la nécessité de suppléer à la qualité par la quantité. Multipliées à l'infini, elles se seraient dépréciées à l'infini. Les émissions, portées à un milliard, n'auraient pas procuré à rÉtat ^00 millions.
Dira-t-on qu'au lieu d'un papier garanti
par rensemble des ressources de l'Étal, on aurait pu émettre un papier garanti par des propriétés spéciales, par des revenus spéciaux ? Je répondrai d'abord, au point de \ue moral, que ces propriétés spéciales forment la garantie des dettes antérieures de l'État ; que l'État n'a point le droit d'en frustrer les rentiers, les porteurs de bons du Trésor, les caisses d'épargnes, la caisse des dépôts et consignations, etc., etc. Je demanderai ensuite comment on peut admettre qu'une garantie spéciale vaille mieux, vaille plus qu'une garantie générale? Je demanderai si la garantie des forêts vaut mieux que celle des forêts , plus, les chemins de fer, les canaux appartenant à TÉtat, le produit général des impôts, etc. , etc. ? si, en un mot, la partie vaut plus que le tout?
La question revient ainsi au même point : la dépréciation forcée. De là, par une conséquence nécessaire, le cours forcé, c'està-dire l'obligation à tous les citoyens d'accepter le papier-monnaie pour sa valeur
nominale. Mais le cours forcé lui-même estil un moyen sérieusement efficace? Qui ne sait le contraire? Qui ne sait comment on y échappe ? Vous dites : — De par la loi , ce morceau de papier vaut i 00 francs. — C'est bien! mais alors ce môme objet, qui coûtait hier 10 francs en argent, on vous en demandera 100 francs en papier. Comment empêcherez-vous cela? Il n'y a qu'un moyen : le maximum. Après avoir fixé la valeur de l'argent, il faudra fixer la valeur des marchandises; et puis, enfin, il faudra forcer l'obéissance. Or, pour contraindre un homme à se ruiner volontairement, il n'y a qu'un procédé, c'est de le menacer d'un péril plus grand que la perte de sa fortune. Bon gré, mal gré, il vous faut aller jusqu'à l'échafaud. Oui ! quoi qu'on veuille et quoi qu'on fasse, du papier-monnaie au cours forcé, du cours forcé au maximum, et du maximum à la guillotine, la conséquence est absolument inévitable. A défaut du raisonnement, l'hisloire, hélas ! ne le montre que trop.
5° Uillels hypolhécaires.
Ces inconvénienls du papier-monnaie, fabriqué par l'État, ayant frappé beaucoup d'esprits, on imagina un papier garanti sur des propriétés particulières. De la sorte, chaque billet aurait eu sa garantie spéciale, et ou aurait pu, sans danger, les multiplier à l'infini.
On ne voyait pas que c'était sous une autre forme la même chose ; c'était , de de plus, une hyprocrite reproduction de la loi de César. Chaque propriétaire pouvant à son gré monnayer sa propriété, la quantité des émissions aurait été de plusieurs milliards en quelques jours. La relation de la Taleur nominale à la valeur réelle aurait baissé en progression géométrique : 100 fr. de papier auraient valu aujourd'hui 40 fr. ; demain, 20 fr. ; après-demain, 10 fr. , et moins peut-être. Tous les débiteurs se seraient libérés de leurs dettes à 60, 80, 90 p. 100 de rabais.
Je ne veux blesser personne ; je sais corn*
bien .il y a triiommeslionorablcs parmi ceux qui ont cédé à cette illusion des billets bypotbécaires à cours forcé ; mais les mêmes circonstances peuvent se représenter; elles peuvent ramener les mêmes questions, et dès lors je dois le dire : les billets hypothécaires à cours forcé, c'est la liquidation violente et spoliatrice de la dette particulière, c'est la banqueroute organisée du débiteur au créancier, c'est le vol légalisé, le vol de plusieurs milliards.
6° Monnayage de la renie.
Des hommes ingénieux émirent une autre idée. Partant de ceci, que le capital d'un établissement de crédit n'est pas autre chose qu'une garantie , ils me disaient : « Il y a un certain chiffre au-dessous duquel la rente ne peut pas baisser : 30 fr., 25 fr., si vous voulez. Donc, à ce taux de 2o fr. , la rente c'est de l'argent ; chaque 2o fr. de rente est un hngot. Émettez des billets sur ces lin^ gots. »
Ces hommes ingénieux n'oubliaient
qu'une chose, c'est que la rente est une dette. Leur idée se réduisait donc à ceci : garantir une dette, par quoi ? Par une dette î Que j'emprunte sur un titre qui m'est dû ; rien de plus naturel. Mais sur un titre que je dois moi-même, à coup sûr cette idée ne me serait point venue, et j'avoue que je ne la compris pas.
Il est bien vrai que laBanque a pu prêter au gouvernement sur dépôts de rentes.
Mais, d'abord, ces rentes appartenaient non poinl à des particuliers, mais à la caisse d'amortissement, c'est-à-dire à l'État luimême ; elles ne formaient point partie de la dette proprement dite. De plus , ces prêts étaient libres, non par le libre arbitre du gouvernement, mais par le libre arbitre de la Banque de France. La somme de rentes donnée en garantie dépassait la somme du prêt consenti. Et enfin, en cas de non payement, laBanque pouvait vendre les renies qui lui avaient été attribuées, et réaliser ainsi sa créance.
Mais est-ce là l'opération proposée?
Nullement. Gomme je 'l'ai dil, c'était une niuitiplication de la dette par la dette ellemême, c'est-à-dire quelque chose de véritablement fantastique. Et à supposer que cela eût été praticable, la même question reparaissait toujours : c'était toujours le papier- monnaie, émis par le gouvernement, sans autre limite que sa volonté; en d'autres termes, le cours forcé, le maxi^ muni elle reste.
7'^ Banque d'Klat.
On disait au milieu de la crise, on a dit depuis que le gouvernement au-î'ait dii laisser tomber la Banque de France , et élever sur ses débris une banque d'Etat ; que cette banque aurait eu une puissance d'expansion incomparable , et qu'elle aurait fourni à tous les besoins du crédit public et du crédit privé.
Je ne discuterai pas la question en principe. Je reconnaîtrai, si Ton veut, que, dans une époque normale, la création d'un tel établissement est possible, qu'elle peut être utile , et je sais très bien qu'en matière de
crédit, le dernier ierme de la perfection n'est pas encore atteint.
Mais, dans les circonstances oii nous nous trou\'ions,je soutiens qu'il n'aurait pas été possible de commettre une plus lourde faute, d'imaginer une plus grande folie. Si laBanque de France avait succombé, savezvous ce qui serait advenu ? Pas un seul billet de banque n'aurait eu cours, et il aurait fallu des années pour le faire entrer de nouveau dans les habitudes. Quel était d'ailleurs notre mal? L'absence de crédit. Et l'on aurait voulu créer un établissement de crédit sur un crédit absent ! En d'autres termes, créer la vie avec la mort !
La Banque de France s'est infiltrée dans les habitudes, parce qu'elle a pénétré dans la confiance par quarante années d'une gestion prudente et sage presque à l'excès. Pour implanter en un jour dans les relations une banque d'État, il faut la contrainte. Or, je l'ai déjà dit ailleurs : en matière de crédit, il n'y a rien de plus impuissant que la force.
Je m'arrête un moment et j'insiste.
On a préconisé le papier-monnaie comme nn instrument de démocratie. L'on a pensé et l'on a dit que s'il était ruineux pour les capitalistes , il offrait aux travailleurs de nombreux avantages. C'est une erreur radicale. J'aftirme, au contraire , que c'est surtout au point de vue du sentiment démocratique , de l'intérêt démocratique, de la saine logique démocratique qu'il doit être condamné.
La conséquence première de toute émission de papier-monnaie, c'est de changer immédiatement le rapport de la valeur des objets avec la monnaie légale. Plus les émissions s'accroissent, plus s'avilit la valeur du signe monétaire et plus s'élève le prix des marchandises. Croit-on que le taux des salaires s'élèvera en proportion ? Non, évidemment, et par une raison bien simple. C'est que l'ouvrier, forcé de travailler pour vivre , est toujours plus ou moins à la discrétion de celui qui donne le travail ; tandis que le marchand , n'étaut
pas obligé de vendre, n'est nullement contraint de subir la loi de l'ouvrier. On peut même ajouter que si l'un des deux est réduit à subir la loi de l'autre, c'est l'ouvrier qui devra plier. De là, cette conséquence inévitable que, sous l'empire du papiermonnaie, le travail de l'ouvrier lui rapportera moins d'argent et que la vie lui coûtera plus cher.
Même résultat pour le travailleur des campagnes et pour le petit propriétaire. Le signe monétaire, n'ayant plus de base certaine, subit chaque jour des variations considérables, et toujours dans la voie de la dépréciation ; en sorte que, au bout d'un peu de temps , les producteurs ruraux se trouvent avoir échangé une marchandise contre un chiffon, un capital réel contre un capital fictif. Le seul moyen qu'ils aient d'échapper au désastre, c'est de ne pas vendre leurs denrées. Mais le cultivateur qui ne vend pas ses denrées se ruine. Le cultivateur qui ne vend pas ses denrées affame les consommateurs. Le cultivateur
qui affame les consommaleurs est accusé (l'accaparement. Et l'histoire nous dit les terribles vengeances de la colère et de la faim conire les accapareurs vrais ou supposés, volontaires ou involontaires.
De même encore pour tous les services et pour toutes les productions et consommations qui dépendent de TÉtat. Cette monnaie dont il fixe la valeur, l'État est le premier tenu de la recevoir pour son prix légal. C'est l'anéantissement du budget des recettes avec toutes les conséquences qui en résultent ! Les employés de l'État sont tenus de la recevoir également et du Trésor et des particuliers. Quelle est alors leur situation ? Marins , soldats , ouvriers des ports et des arsenaux, fonctionnaires de tout ordre et de tout degré sont réduits à la misère; et du contre-coup sont anéanties toutes les productions qu'ils ali* mentent.
Que deviendraient ensuite les grandâ établissements publics, la Banque de France par exemple ? J'expliquerai plus tard com-
ment, après avoir été trois fois sauvée par le gouvernement de la République, la Banque, à son tour, sauva la République. Eh bien! sans l'énergique, sans l'invincible opposition du ministère des finances à toute émission de papier, ce double salut n'était pas possible. Envahie par le papier-monraie, la Banque perdait son capital. Elle était détruite; toutes les industries qu'elle fait vivre et qui font vivre les ouvriers tombaient avec elle. C'était la ruine universelle.
Ainsi, je le répète, condamné par le raisonnement , condamné par la science, condamné par l'histoire , le papier-monnaie est encore plus irrémissiblement condamné au point de vue de la justice et de l'humanité, c'est-à-dire au point de vue de la démocratie. Que si la première République a eu des assignats, ce n'est pas une raison pour que nous en ayons. C'est une raison, au contraire, pour que nous n'en ayons pas. Ne poussons pas jusqu'au fétichisme le culte des souvenirs. Nos pères
ont subi de terribles tempêtes : évitons les écueils où ils se sont brisés. Nous savons des choses qu'ils ignoraient. Nous les savons grâce à eux. Profitons de la science que leur dévouement nous a faite. Ils ont commis de grandes fautes et des actions héroïques. Imitons celles-ci, n'imitons pas les autres.
8° De la vente des bois de l'État.
Tous les pouvoirs précédents ont aliéné des quantités plus ou moins considérables des forêts de l'Etat. Seule , jusqu'ici du moins, la République n'a point eu recours à cet expédient. Les 75 millions attribués à la Banque par le traité des loO miUions ne sont, en réalité, qu'une garantie dont le Domaine pourra se ressaisir, lorsque la prospérité revenue permettra au Trésor de rembourser les sommes qu'il aura définitivement reçues. J'avais, il est vrai, requis et obtenu' du Gouvernement provisoire l'autorisation d'aliéner pour 100 millions de forêts appartenant au domaine de la cou-
ronne, redevenu domaine de l'État, et pour 100 millions de forêts nationales. Mais, dans ma pensée, cen'étaitlà, si je puis ainsi dire, qu'une agacerie à la confiance. Je voulais faire apparaître aux imaginations malades l'immensité des ressources dont la France pourrait disposer in extremis. Mais en môme temps, dans l'exposé des motifs du décret, je prenais soin de déclarer que cette ressource n'était point d'une réalisation immédiate. Même, au plus fort de cette terrible crise , je ne voulais pas vendre , à moitié prix de sa valeur réelle, le plus clair de la fortune de la France.
9® De l'aliénation des recettes futures.
C*était là un expédient assez commode.
Un membre du Gouvernement provisoire le soumit au conseil. Il s'agissait de faire souscrire aux contribuables des billet^ représentant le cliiffre de leurs contributions de 1849, et au besoin de 1850; de négocier ces billets à la Banque, et d'en appli-
quer le produit aux besoins immétliats du Trésor.
Je m'y opposai. D'abord, pour fabriquer ces billets, les présenter à la souscription de chaque contribuable, obtenir de gré ou de force sa signature, il fallait du temps. Or, je le répète encore une fois, le temps manquait. Quelques jours à peine étaient devant moi ; je n'en pouvais pas perdre un seul.
En second lieu, la Banque n'était pas alors en mesure de nous aider ; c'était juste le moment où nous étions contraints de décréter le cours forcé. Si, au milieu de cette crise , lorsque la défiance était partout, avant d'avoir donné à la Banque des marques réitérées , éclatantes de bon vouloir, le gouvernement eût pesé sur elle pour en obtenir les sommes considérables dont il avait besoin, il risquait de tout compromettre. La Banque, d'ailleurs, était alors impuissante. La masse des effets en souffrance s'élevait presque au niveau de son cnpiinl. Avant de lui de-
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mander des secours, il fallait la dégager.
De plus, je tieus que l'opération est en soi mauvaise et malhonnête. — Mauvaise, l'état actuel de l'Espagne en est la preuve. L'histoire financière de tous les peuples le prouve également. Toute anticipation est un désordre; tout désordre est une ruine. Un état qui anticipe sur les recettes des années suivantes est un état perdu. S'd se relève jamais, ce n'est qu'avec beaucoup de temps, après de longues souffrances, au prix des plus grands sacritices. — Malhonnête, car un ministre qui consomme les ressources de l'avenir ne faiî que se débarrasser sur ses successeurs du mal dont il est lui-même travaillé.
Au fond, la dette flottante que la monarchie nous avait léguée, et qui nous écrasait, n'était pas autre chose qu'une anticipation sur les recettes dont nous aurions dû pouvoir librement disposer. Cette faute, ce crime que la monarchie avait commis contre nous, j'ai la fierté, et, si vous le voulez, l'arrogance de dire que nous étions
Irop hoiinôles gens pour los commottre conlre nos successeurs. L'abnégation est une souffrance ; elle n'est pas un déshonneur.
Ainsi , après avoir tout examiné , tout considéré, tout pesé; après avoir rejeté, comme dangereux, immoraux, insuffisants ou inapplicables, les divers moyens de salut qui nous étaient offerts, nous revenions au point de départ, c'est-à-dire à l'alternative, ou de demander à la France de se sauver par un grand, par un généreux effort, ou de dresser le bilan de la monarchie et de laisser passer la banqueroute.
Da la banqueroute considérée comme moyen de liquidation.
Au point de vue moral , pas de discussion. Supprimer, par le droit de la force, une dette librement contractée, c'est voler. Le vol est un crime vil.
Mais, quelques personnes ont pensé, ont dit peut-être, que la banqueroute, si elle
était une mauvaise action, était une bonne affaire. Je veux examiner la question à ce point de vue ; je veux qu'on sache qu'elle est, comme moyen de liquidation, la valeur vraie de la banqueroute ; si , par exemple, au mois de mars 1848, elle aurait suffi à nettoyer notre situation financière.
C'est une question de chiffres : voyons les chiffres.
Il nous fallait, 1° pour remplacer l'emprunt ouvert par la monarchie et abandonné par les souscripteurs, 170 millions destinés aux travaux publics; 2° pour rembourser les sommes dues aux communes, aux hospices , aux caisses d'épargne (versement promis de 100 fr. par livret i, etc., 110 millions; S'' pour l'armée, la garde mobile, les comptoirs d'escompte et autres dépenses déjà énumérées, plus de 1:20 millions; en total, au moins 400 millions.
Or, qu'aurait produit la suppression de la dette au 24 février ?
Déduction faite des rentes appartenant
à la caisse d'Amortissement , la dette publique se décompose ainsi ':
Rentes appartenant aux établissements publics , savoir : la caisse des dépôts et consignations, la caisse des invalides de la marine , les communes , les hospices, les caisses d'épargne, la Légion d'honneur et autres établissements pubhcs : environ 43 millions.
Rentes appartenant aux établissements particuliers et aux particuliers : 132 millions.
Intérêts des bons du Trésor : 15 millions.
La suppression ne pouvait, évidemment, toucher qu'à cette dernière partie de la dette; car, pour les communes, pour les invalides de la marine, pour la Légion d'honneur, pour tout ce qui est service pubhc, ce qu'on aurait retranché sous lorme de rente, il eût fallu le restituer sous forme de subvention.
• Consulter le compte général de l'adii^inislration des finances pour 1847, p. 452 à 467.
147 millions. Telle était donc réconomie résuUant de la banqueroute! Retranchée des 400 millions ci-dessus, celte somme nous laissait toujours en présence d'une charge extraordinaire de 2o3 millions.
A moins de faire banqueroute aux services publics, comme à la dette ; à moins de suspendre la solde des soldats, des marins, des employés, comme le revenu des rentiers ; de ne pas rembourser aux ouvriers leurs dépôts aux caisses d'épargne, c'està-dire, à moins d'abdiquer le nom de la France, il était indispensable de pourvoir à cette charge. Comment?
Notre plan, à nous, était celui-ci : nous voulions recourir successivement à Fimpôt et au crédit. Demander d'abord à l'impôt ce qu'il lui était véritablement possible de donner; puis, la Banque étant sauvée, le crédit étant sauve-gardé et raffermi, demander au crédit, par l'intermédiaire de la Banque, le complément des nécessités du Trésor.
Mais," dans le sjslènie de la banque-
route, rexéculion de ce plan devenait radicalement impossible. En détruisant la dette, on tuait du même coup le crédit. L'impôt restait alors comme seule ressource, et il aurait fallu lui demander^ au lieu des 160 millions que nous en voulions tirer, 253 millions au moins ; au lieu de 4o centimes, plus de 80 centimes.
Que les habitants des campagnes le comprennent bien; que tout ce qui n'est pas rentier le comprenne bien : la banqueroute, que beaucoup de gens ont cru défavorable aux rentiers seuls, eût été en réalité défavorable à tout le monde.
En effet, les rentes sont extrêmement divisées : elles le sont bien plus aujourd'hui qu'à aucune autre époque de l'histoire. Une multitude de petits rentiers, privés de leur revenu, se serait donc trouvée en proie à la misère et à la faim : ils auraient réclamé les secours du gouvernement. Un refus était -il possible? Non.
Nécessité donc, obligation morale et politique de leur donner du pain. Avec quoi ? Avec
l'argent du Trésor, ce qui diminuait d'autant la prétendue économie obtenue par la banqueroute.
Ce n'est pas tout. La banqueroute eût jeté dans toutes les transactions une perturbation telle que, pendant bien longtemps , les recettes auraient considérablement baissé. A combien peut-on évaluer le chiffre de cette réduction ? L'histoire prouve qu'en l'évaluant à 153 millions, on reste de beaucoup au-dessous de la vérité. Le déficit produit dans le budget des recettes par la banqueroute eût donc largement compensé, sinon dépassé, l'économie réalisée sur le budget des dépenses.
Je ne parle pas de la diminution du travail, résultant de la ruine des rentiers, résultant de la nullité -des transactions, des ouvriers réduits par là aux extrémités de la faim et du désespoir, et qu'il aurait fallu nourrir.
Quant au crédit public, pour le moment il était perdu ; pour l'avenir, longuement altéré. Un. moment serait venu cependant
OÙ il aurait t'allii y recourir pour achever les grands travaux publics, pour en entreprendre de nouveaux, pour les grandes dépenses de la paix ou pour celles de la guerre. A quel taux un emprunt eiit-il été contracté alors? à 100 francs? à 90? à 80? Non ; mais à 40, à 30 ou môme à 20 francs. En sorte que l'État aurait perdu plus du double ou du triple du capital emprunté, perdu trois et quatre fois l'économie obtenue par la banqueroute.
Le vrai moyen de sortir des embarras financiers, d'en sortir au meilleur marché possible, ce n'est pas de tuer le crédit, c'est de le maintenir. En maintenant le crédit par la loyauté, un Étal, la France du moins, trouvera toujours à emprunter annuellement la somme nécessaire au payement des intérêts de sa dette ; il trouvera toujours le moyen d'attendre que le retour de la prospérité lui permette de réduire sa dette, ou même de l'éteindre par un système d'amortissement sagement combiné.
Oui, plus on creuse ce hideux problème
de la banqueroute, et plus on se sent saisi d'horreur à la Yue de ses résultats. Mais c'est là aussi ce qui rassure. La banqueroute n'est pas seulement une mauvaise action, elle est surtout une mauvaise affaire. Ici l'honneur est comme partout d'accord avec l'intérêt bien entendu. Il n'y a pas seulement honneur, il y a profit pour tous les citoyens à ce que l'État respecte ses engagements ; et l'on peut dire de la loyauté, en matière de finances, ce que Bacon disait avec une si grande profondeur de la religion : «Un peu d'esprit « en éloigne ; beaucoup d'esprit y ramène. »
Dernière ressource. — Ca Banque de France. — li'inipôt.
Tous ces divers moyens successivement examinés, successivement écartés par les raisons que je viens de dire, que restait-il? Deux seules ressources : d'abord, l'impôt proprement dit, et, après l'impôt, la Banque de France.
La Banque devait son concours au Trésor. Sauvée trois fois par le gouvernement de la République, d'abord par le refus de prolonger les échéances ; en second lieu , par le décret qui l'autorisait à ne point rembourser ses billets en espèces ; et enfin, par notre opposition invincible à toute émission de papier-monnaie, la Banque de France était moralement tenue de rendre à son tour les services qu'elle avait reçus. Je dois lui rendre cette justice, qu'elle a loyalement rempli ce devoir en ouvrant
successivement au Trésor un compte d'avances de 50 millions, sans intérêt; un autre compte de loO millions, à l'intérêt de 4 p. 100; et un crédit de 30 millions, aussi à 4 p. 100, à la caisse des dépôts et consignations; en tout, 230 millions.
Mais, d'une part , ces 230 millions ne suffisaient pas encore, puisque les besoins dépassaient 400 millions; et d'un autre côté, par les raisons que l'on a déjà vues, la Banque n'était pas en mesure, le lo mars, d'avancer un centime au Trésor.
Restait donc en définitive, comme seule et unique ressource, l'impôt. Quel impôt?
Serait-ce l'impôt indirect ? Tout le monde sait que cet impôt a pour base la consommation. Conséquemment, son produit s'élève ou s'abaisse, suivant que la consommation elle-même augmente ou diminue.
Or, à la suite de toute révolution, la consommation s'arrête forcément; et quand la consommation s'arrête, ce n'est pas un bon moyen de la raviver que de la rcn-
chérir. Impossible de songer à ce moyen.
Il eût été d'ailleurs radicalement contraire au principe du nouvel ordre de choses. Dès le 29 février, à l'Hôtel-de- Ville , le Gouvernement provisoire avait annoncé qu'il modifierait profondément l'ancien système des impôts, surtout en ce qui concerne les contributions indirectes. Par leur nature, par leur mode de réparation, ces charges pèsent proportionnellement plus sur le pauvre que sur le rich3. Il y a donc là un affranchissement que la République doit au pauvre, au travailleur. Ce que l'oligarchie britannique exécute chaque jour dans un intérêt industriel et de domination, la République française doit le réaliser dans un intérêt moral et d'humanité.
Pour mon compte, j'ai toujours pensé, je pense que la science et la justice sont d'accord à vouloir que l'impôt soit prélevé sur le revenu, non sur le travail ; sur le supertlu, non sur le nécessaire. Je pense que le remaniement des charges publiques , exécuté sous l'empire de ces idées, aura
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pour iiiévilal)]e effet de diminuer les frais de production , d'en augmenter conséquemment l'étendue, de fournir ainsi à meilleur marché les objets de consommation, d'accroître par -là le mouvement intérieur des échanges, de donner ensuite au commerce extérieur une impulsion énergique, et enfin d'aôcroître, dans des proportions inconnues jusqu'ici, la richesse, la prospérité, la puissance de la France.
Cette conviction de toute ma vie, je voulais immédialement l'appliquer. Le Gouvernement provisoire le voulait aussi. Notre résolution première, résolution prise à l'unanimité, fut donc de décréter l'impôt sur le revenu, l'income-tax. Cet impôt, qui a permis à l'Angleterre de soutenir pendant vingt ans toutes les armées de l'Europe coahsée , qui lui permet encore aujourd'hui de dégrever les matières premières que son industrie emploie, et de diminuer le prix de la subsistance du peuple, — cet impôt des ail facilement procurer à la République les ressources nécessaires
— loi — pour vaincre toutes les difticultés de sa situation. Je fus donc cliargé de préparer l'exéculion de ce plan. 3Iais, dès les premiers pas, je me vis arrêté par le même obstacle que j'avais tant de fois rencontré : le temps ! Après une étude aussi approfondie que rapide, après avoir consulté les hommes spéciaux, je reconnus avec douleur qu'il était au-dessus de la puissance humaine d'étabUr une perception quelconque sur le revenu, avant trois mois, deux mois tout au moins. Je n'avais que Imit jours !
Quant à l'impôt sur le capital, c'est, au fond, la même chose que l'impôt sur le revenu. Sous une face différente, c'est la même question, avec la même portée, les mêmes conséquences, le même avantage, les mêmes inconvénients.
Bon gré, mal gré, en dépit de tous les systèmes, de tous les efforts, de toutes les volontés contraires, j'étais donc rejeté, de position en position, à une seule et dernière issue: l'impôt direct, dont les rôles
étaient distribués , et dont la perception pouvait avoir lieu le lendemain même du jour où le décret aurait été rendu et promulgué. Forcé d'y recourir, je conçus du moins la pensée de l'assimiler le plus possible dans la pratique à l'impôt du revenu, de le faire peser principalement sur ceux qui pouvaient le payer, d'en décharger les autres. On verra plus loin comment j'y arrivai.
l<e GouTcrnement proTÎsoîre décrète un impôt sur les quatre contributious directes.
Convoqué au ministère des finances, le conseil s'y réunit le 16 mars à midi. J'exposai brièvement les motifs qui nous réduisaient à la nécessité de réclamer du pays une ressource extraordinaire.
Tout le monde était d'accord là-dessus, et je puis dire qu'il n'y avait alors sur cette question qu'une opinion, qu'une voix dans la France entière. De toutes parts, en effet, les incitations venaient à l'envi. Ca-
pitalisles , banquiers , représentants des premières maisons de commerce, propriétaires , cultivateurs grands et petits reconnaissaient, proclamaient tous la nécessité d'un effort pour sauver le pays. « Nous le « savons, — disaient-ils, — un cataclysme « social est imminent. Pour le conjurer, il « vous faut des moyens, de grands moyens . « N'hésitez pas. Demandez-nous le quart, « le tiers de nos biens , de nos fortunes : « pourvu que le reste nous soit conservé, « nous serons contents ; nous vous remer- « cierons de nous avoir sauvés et le pays « avec nous. »
On convenait en outre de la vérité de cet axiome économique : — que la terre doit être ménagée dans les temps calmes afin de pouvoir suffire aux nécessités des grandes crises. On rappelait que , dans des circonstances plus ou moins graves que celle où nous nous trouvions, tous les gouvernements y avaient recouru. Sans remonter plus haut que 1813, pour subvenir aux préparatifs de la guerre, Napoléon n'avait-
il pas ajouté iOO centimes aux contributions des patentes, des portes et fenêtres et 30 centimes aux contributions foncière, personnelle et mobilière ?
En 1814, n'imposait-il pas encore 50 centimes h la contribution foncière; 100 centimes à la contribution personnelle et mobilière; 100 centimes sur les portes et fenêtres?
En 18 lo, nouvelle charge. Louis XVIII frappait les départements d'une contribution de guerre de 100 millions.
En 1816, il continuait la contribution extraordinaire de 100 centimes décrétée en 1814 par Napoléon, et, la paix venue, la tranquillité rétablie, cette contribution se perpétuait , en tout ou en partie, pendant toute la durée de la Restauration, sous le nom de Centimes additionnels sans affectation spéciale.
En 1830, c'était Louis-Philippe. Celui-là surgissait au milieu de circonstances incomparablement favorables. La restauration ne lui laissait pas des finances en dé-
route; le crédit privé n'était pas anéanti. Que faisait-il cependant ? Loin d'exonérer les contribuables de cette surcharge des centimes additionnels de l'empereur, il en élevait le chiffre de 10 à 17 ; puis, il y ajoutait 30 centimes extraordinaires au budget de 1832. Et enfin, il prolongeait ce chapitre des Centimes additionnels sans affectation spéciale jusqu'en 1848, époque à laquelle il s'élevait à 18 centimes.
Fort de ces précédents, fort de la justice, delà nécessité, de l'évidence, de l'état des esprits, je déclarai que pour suppléer à l'impôt du revenu, qui ne pouvait être immédiatement appliqué, il y avait lieu de demander à la France une ressource extraordinaire sur les quatre contributions directes.
Ma proposition fut admise en principe sans contestation et à Tunanimité. La délibération commença sur l'exécution de la mesure.
Première question.
Le nouvel impôt frapperait-il sur le prin-
cipal seulement, ou bien tout à la fois sur le principal et sur les centimes additionnels?
Je reconnus qu'il serait désirable, qu'il serait juste de ne frapper que le principal ; mais il y avait une impossibilité : la nécessité absolue de refaire de nouveaux rôles, travail qui eût ajourné à deux mois le commencement de la perception.
Seconde question.
Quelle serait la quotité de l'impôt?
2 fr. — 1 fr. 50 c. furent successivement proposés et rejetés. Sur le chiffre de 1 fr. la discussion fut longue et vive. La majorité y était acquise. — 400 millions sont indispensables, disait-on. En imposant 1 fr., vous les aurez, et vous pourrez tenir en réserve pour l'avenir, pour la guerre si elle éclate, les autres moyens financiers.
J'objectai que, à raison de la disette, de la crise de 1847 et des circonstances présentes, je ne croyais pas que le pays fût en état déporter une si lourde charge; qu'ayant
lieu Je compter sur le concours ultérieur de la Banque, il ne fallait demander au pays que le sacrifice rigoureusement nécessaire; que 45 centimes suffiraient aux besoins actuellement constatés ou prévus.
Le chiffre de 45 centimes fut adopté.
Troisième question .
L'impôt frapperait - il indistinctement tous les contribuables?
45 centimes devaient donner un produit brut de 190 millions. Je proposai de réduire ce chiffre à un produit net de 160 millions, et d'appliquer les 30 millions restants au dégrèvement total ou partiel des contribuables pauvres ou malaisés. M. Le- (Iru-Rollin ayant réclamé le bénéfice de l'exemption en faveur des petites cotes indistinctement, je fis observer que ce terme petites cotes avait quelque chose de trop vague; que la limite serait nécessairement arbitraire, et partant vexatoire; que de très petites cotes appartenaient souvent à des propriétaires très riches, et qui en
avaient un très grand nombre; qu'ainsi la proposition manquerait , en beaucoup de cas, le but de son auteur; et qu'enfin il était plus sûr, plus équitable d'avoir égard à la situation de chaque contribuable individuellement, et de dégrever ceux qui seraient notoirement dans l'impossibilité d'acquitter l'impôt.
Ces observations furent approuvées : le gouvernement les valida.
Précautions prises pour alléguer le poids de l'impôt.
Le meilleur moyen de soulager le pays, c'était de lui restituer dans le plus bref délai possible l'argent qu'on lui demandait. Avec le décret relatif à l'impôt des 45 centimes, je proposai à la sanction de mes collègues les dispositions suivantes:
Paris, ^6 mars iHS.
Le Gouvernement provisoire :
Vu le décret en date de ce jour, qui décide l'imposilion des 45 centimes additionnels sur le montant des quatre contributions directes;
Considérant (jue l'un des premiers devoirs 4u
gouvernement de la République est de porter remède aux maux qui , depuis quatre années, désolent l'agriculture, l'industrie et le commerce;
Considérant que la plus urgente nécessité de ces trois éléments de la richesse publique , c'est le crédit ;
Considérant que la plupart des établissements de crédit privé sont auiourd'hui parrilysés;
Considérant qu'il importe de fournir aux industriels le moyen d'assurer la continuation du travail aux nombreux ouvriers employés dans les aleiiers ;
Décrète :
Art. 1^'. Une somme de soixante millions est mise h la disposition du ministre des finances.
2 Celîe somme de soixante millions sera répartie entre les divers comptoirs, qui, aux termes et suivant les dispositions de notre décret du 9 mars 1848, seront successivement formés a Paris et dans les départements, dans tous les grands centres agricoles, industriels et commerciaux.
3. La réparlilion sera basée sur la nature particulière et l'importance proportionnelle des besoins des localités.
4. Le membre du Gouvernement provisoire, ministre des finances, est chargé de l'exécution du présent décret.
En vertu de ce décret, j'activai de tout mon pouvoir \<i création des comptoirs d'escompte. Pour exciter le zèle des souscripteurs, je m'empressai de mettre à la
disposition de ces établissements toutes les sommes dont je pus disposer, par des mandats sur la perception des 4o centimes.
Paris, Lyon, Marseille, Rouen, le Havre, Nantes, Angers, Lille, Saint-Quentin, Poitiers, Mulhouse, Louviers, Elbeuf, Bayonne, et cinquante autres villes, reçurent ainsi le vivifiant secours d'un crédit qu'elles n'espéraient plus. Plusieurs de leurs magistrats m'ont dit alors que nous les avions sauvées de la guerre civile.
Cela est vrai, dit-on, les villes ont été sauvées ; mais les campagnes ? quels avantages leur a valus cette mesure ?
J'ai déjà dit que, par les 45 centimes, la France s'était rachetée du papier-monnaie. Or, le papier aurait bouleversé les campagnes de fond en comble, et les aurait ruinées pour dix ans, pour vingt ans ! Et puis, de quoi donc vivent les campagnes? N'est-ce pas uniquement de la consommation des villes ? Si Paris , Lyon , Lille, Bordeaux, toutes les grandes agglomérations de population, n'achelaient plus
les produits de ^agriculture, que deviendraient les producteurs agricoles? Ouvrir un crédit à une ville , c'est ouvrir un débouché aux campagnes qui l'environnent.
Malgré leur rivalité séculaire, éternelle sans doute, il y aura toujours entre elles une solidarité infrangible. Ranimer le travail dans un grand centre de consommation, c'est le ranimer du même coup, par la voie la plus droite et la plus efticace. dans le rayon de production qui l'alimente. Mais ce n'est pas tout. Un secours plus direct, un plus large dédommagement était réservé aux campagnes. L'impôt qui pesait plus particulièrement sur elles, et qui depuis des siècles leur était le plus odieux, l'impôt du sel, fut aboli. C'était une recette de 70 millions par an; c'était, en deux années, la compensation des 45 centimes; c'était pour le Trésor un sacrifice permanent en échange du sacrifice d'un jour. Le Gouvernement provisoire n'hésita pas. Il dota les campagnes d'un bienfait qui n'a pu leur être entièrement retiré.
On jouit encore du bienfait ; on ne subit plus la charge de l'impôt : qu'importe ! la gratitude a disparu , les rancunes durent encore. C'est tout simple, et je n'ai point la frivolité d'en être surpris.
Ménagements prescrits à l^ég^ard des panures et des malaisés.
L'impôt des 45 centimes était donc une mesure de salut, non de fiscalité. Le Gouvernement provisoire convoquait le dévouement, non la misère. Sous l'empire de cette pensée, j'adressais, dès le 18 mars, aux Commissaires du gouvernement une circulaire dans laquelle se lit ce passage :
« L'intention du Gouvernement provi- « visoire étant que la contribution extraor- € dinaire n'ait rien de trop rigoureux, les € contribuables qui seraient notoirement « hors d'état de la supporter, pourront en « être dégrevés dans une équitable me- « sure. A cet effet, le maire assisté du per- « cepteur et d'un ou plusieurs répartiteurs, u dressera dans la forme des états irrécou-
« vrables un état nominatif des conlri-
« buables à qui, en tenant un juste compte
« de leur position et des impérieuses né-
« cessités du Trésor, il serait possible de
« faire remise d'une partie ou de la tota-
« lité de la contribution extraordinaire. »
Cette instruction n'ayant pas été suffisamment répandue ou comprise, le Gouvernement provisoire rendit le 5 avril un nouveau décret dans lequel « considérant « que l'impôt doit naturellement peser sur « ceux qui sont en état de le payer », il réitérait de nouveau aux maires et aux employés de l'administration des finances l'injonction de décharger, totalement ou partiellement, de la contribution les pauvres et les malaisés. C'était faire du dégrèvement un annexe à la loi, une seconde loi. Et, pour rendre impossible toute fraude et toute négligence, pour que chaque contribuable connût bien et la pensée du gouvernement et son droit , le ministre de l'intérieur fut chargé de faire publier le
décret à son de trompe dans toutes les communes de la République.
Le 25 avril , je renouvelais dans une nouvelle circulaire impérative les mêmes instructions.
Si ces injonctions eussent été loyalement suivies, voici quel en eut été le résultat. Avec les 30 millions consacrés par la sollicitude du Gouvernement provisoire au soulagement des contribuables malheureux ou gênés, on aurait pu effectuer les réductions suivantes :
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Ainsi, on le voit, si ce travail eût été fait, si le tableau des cotes irrécouvrables eût été établi comme nous l'avions décrété ,
comme nous l'avions itérativement ordonné, ceux-là s^ls qui pouvaient acquitter l'impôt, l'eussent payé; et, dès lors, ce n'était plus en réalité qu'un impôt proportionnel sur le revenu.
Pourquoi cette œuvre de justice, celle œuvre de sage politique n'a-t-elle pas été accomplie par les maires, par les percepteurs, par les répartiteurs? Si le travail a été fait par eux , pourquoi n'a-t-il pas été approuvé par les commissaires ou par les préfets? S'il a été approuvé, pourquoi n'at-il pas été mis à exécution ? Pourquoi les 30 millions attribués par nous aux contribuables ne leur ont-ils pas été complètement restitués '?...
Et sur qui doit tomber la responsabilité de ce déni de justice ? Sur le Gouvernement provisoire ? Au jour de sa cbute, la perception était à peine commencée ? Sur moi ? Je sortais du ministère en même temps
' Sur 192 millions, chiffre nominal, on a perçu 175 millions, 15 millions en sus du chiffre réel que nous avions fixé.
qu'il se retirait. Sur le ministre des finances de la Commission executive? Après avoir énergiquement tenu la main à l'exécution du décret et du dégrèvement , il quittait le pouvoir avec ses amis n'ayant perçu des 45 centimes, décrétés à nouveau par l'Assemblée nationale, qu'une somme de 88 millions \
Mesnres conipléiiientaire§.
Quelques mesures restaient à prendre pour conduire progressivement les finances de la République vers le but que le Gouvernement provisoire avait assigné : l'établis-
' 88 millions, voilà ce que nous avons reçu. Dans Is même temps, veici ce que nous avons payé :
Sur la dette flottante léguée par la monarchie à la république.
Bons du Trésor (sur 81,620,000 éteints}. 30,000,000 fr.
Traites du caissier. 3,000,000
Effets divers. 3,000,000
Communes et établissements divers. 34,000,000
Caisses d'épargne. 18,000,000
Receveurs généraux. 42,000,000
130,000,000 fr."
semeiil d'un impôt général sur le revenu.
Les fonctionnaires de TÉtat devaient aux autres citoyens l'exemple du dévouement : ils furent les premiers atteints. Le 14 avril, un décret fut rendu, qui assujettissait à une retenue proportionnelle et progressive tous les traitements payés sur les fonds du budget ou pour le compte de TÉtat. Etaient seuls exceptés de la retenue les traitements pensions ou dotations au-dessous de 2,000 fr., et les armées actives jusqu'au grade de chef de bataillon et de capitaine de corvette exclusivement.
Il était également de toute justice de soumettre à l'impôt les capitalistes qui, ayant placé leurs fonds sur hypothèques, sont les véritables propriétaires du sol et qui, cependant, s'étaient toujours dérobés jusqu'alors à la nécessité des sacrifices. La proposition en fut faite par M. Carnot, qui la formula ainsi :
« Le ministre des finances est invite à « faire étudier cette question : les 45 cou-
« limes additionnels aux quatre contribu- « lions directes ne pourraient-ils pas être Œ étendus aux créanciers hypothécaires a comme une première application de a l'impôt sur le revenu ? »
En conséquence, je proposai et le Gouvernement provisoire décréta, le 19 avril , l'établissement d'un impôt de i pour 100 du capital sur les créances hypothécaires. Plus lard, ce décret fut attaqué comme portant atteinte au crédit foncier, et l'Assemblée nationale le rejeta. Cette objection était-elle juste? Non ! car le décret ne statuait que pour un an, et ne touchait qu'à des faits accomplis.
On aurait voulu aussi imposer la rente. Mais le premier semestre était déjà payé. L'impôt n'aurait donc été productif qu'à dater du mois de septembre suivant ; c'està-dire à six mois de distance. Et d'ailleurs, quel eut été l'effet immédiat de l'impôt sur la rente et sur les valeurs industrielles ? Toutes ces valeurs avaient déjà baissé considérablement. Une baisse
plus forte était inévitable. Après cette énorme déperdition que subissait le capital des rentiers et porteurs d'actions, diminuer encore, par l'impôt, la valeur de leur revenu, n'était-ce pas précipiter à coup sûr une nouvelle baisse? N'était-ce pas démoraliser la Bourse et anéantir, pour longtemps peut-être, le crédit public?
Ces considérations n'étaient que trop visiblement fondées : elles prévalurent. La question de l'impôt sur la rente et sur les actions industrielles fut ajournée jusqu'au jour où serait résolu et proposé un système général d'impôt sur le revenu. Mais, l'application de ce système était ainsi commencée autant que nous en avait laissés libres la pression des circonstances; l'intention du Gouvernement provisoire était accomplie jusqu'à la dernière limite du possible : l'avenir était indiqué et préparé.
lies 4:5 centimes deTant l'opinion publique.
Au début, le nouvel impôt ne rencontra
pas un contradicteur, ne souleva pas une opposition. Dans le sein du gouvernement, pas une dissidence; au dehors, un assentiment unanime. Le péril était si pressant ! la nécessité si rudement manifeste ! A Paris, dans les départements, dans les campagnes et dans les villes, il y eut un élan général de patriotisme, de raison. 11 s'agissait du salut de l'État : on y courut. Dans toutes les opinions , dans tous les partis , il y eut des traits d'un dévouement sublime. Ici, riches et pauvres acquittaient en un seul versement leurs contributions ordinaires et extraordinaires. Là, quelques-uns faisaient fondre leur argenterie à la Monnaie pour en verser le produit dans le Trésor public. Il fallut instituer une commission pour recueiUir les dons volontaires. Je reçus des lettres admirables, celle-ci entre autres :
a Vous allez avoir besoin d'argent. Per- « mettez à un pauvre ouvrier qui, comme « le dit Lamartine, est dévoué à la Répu- « blique, tête, cœur et poitrine, de pouvoir
« ajouter le mol et biens. J'ai pour loulc « fortune oOO francs à la caisse d'épargne. « Soyez assez bon pour m'inscrire le pre- (L mier pour une somme de 400 francs que « je tiens à votre disposition trois jours « après votre demande. Que la patrie me « pardonne si je garde 100 francs pour mes « besoins; mais depuis six mois je suis « sans travail. »
Un autre ouvrier écrivait le 13 mars à un journal :
a Monsieur le rédacteur, «t Le Gouvernement provisoire de la Ré- « publique française ayant fait connaître, « par un rapport du ministre dos finances, « le triste état dans lequel le gouverne- « ment qui vient de tomber a laissé la « France, je viens vous prier de faire savoir « que je tiens à la disposition du Gou- « vernement provisoire une somme de « 400 francs que j'ai à la caisse d'épargne ' . »
' J'ai cité ces deux lettres , parce qu'elles sont particulièrement remarqiialdcs. Je ne cite pas de noiiie.
La presse, toule la presse, pensa avec un patriotisme, parla avec un ensemble dignes des plus grands éloges. Sans hésitation, sans arrière-pensée, elle seconda de tout son pouvoir les efforts du gouvernement ; on la vit stimuler le zèle des citoyens, insister sur l'étendue des difficultés , sur l'imminence du péril, élever enfin le bonvouloir à la hauteur d'une vertu publique.
Menées des partis hostiles.
Mais l'enthousiasme ne fut que d'un jour, et la justice dura peu. Quand la tempête déchainée semble près de tout engloutir, à la voix du capitaine, le passager tremblant jetterait, sans hésiter, tous ses biens à la mer. Le péril passé, il maudit celui qui Ta sauvé, et il ira jusqu'à lui demander compte d'une obole perdue. C'est le cours naturel des choses humaines ; et
parce que, poiii" n'être pas injuste, il en faudrait publier un trop grand nombre.
il y aurait à s'en émouvoir une grande faiblesse.
Je ne m'en suis point ému; mais, je l'avoue, si préparé que je fusse à tous les revirements, je n'aurais jamais su prévoir que la rage des ennemis de la République irait jusqu'où elle s'est emportée.
Ce fut d'abord de sourdes rumeurs.
Ceux que le péril avait un moment assouplis se raidirent. Ils avaient eu peur ; ils n'avaient point eu de mal : trembler pour rien, quoi de plus humiliant î La plus âpre colère et la plus venimeuse est celle qui naît de l'humiliation. Ne fallait-il pas, en outre, venger la monarchie? La République l'avait prise en flagrant délit de délicit. Au risque de nier Tévidence, au risque de fouler aux pieds toute sincérité, toute vérité, toute loyauté, il fallait accabler sous une avalanche de calomnies la République et les républicains.
Les calomnies commencèrent. On vit circuler dans les campagnes des agents de dis-
corde et d'insulte. « Que veulenl-ils, ces gens du Gouvernement provisoire ? s'enrichir à vos dépens ? Les 45 centimes vous écrasent ; mais ce n'est encore là que le commencement. II faut à leur cupidité des millions par centaines. Qu'ont-ils déjà fait de l'argent trouvé par eux dans les caisses publiques? Il a disparu. Les diamants de la couronne ? Ils servent à parer la vanité de leurs femmes et l'impudicité de leurs maîtresses. Bien fou qui livrerait à leurs pilleries le pain de sa famille. Quand vous aurez donné votre dernier écu, les assignats viendront. Ne payez
pas' D
Ne payez pas î c'était logique. De la calomnie découlait naturellement la résistance. Plus hardis que les autres, quelquesuns en donnèrent l'exemple : il laissèrent vendre leurs meubles, scellant ainsi de quel-
' Je n'ai pas exagéré les accusations. Les curieux pourront s'en convaincre par la lecture des libelles que la réunion de la rue de Poitiers a fuit publier avec le pro- Uuil de souscriptions destinées ù la défense de l'ordre,
ques écus cette calomnie du Trésor pillé!
Enfin, par une suite inévitable, après la résistance, l'insurrection. Ce fut de la part des excitateurs un abominable crime. De pauvres journaliers que l'impôt n'atteignait pas, d'infortunés cultivateurs que le gouvernement en avait affranchis, furent circonvenus par les meneurs des partis hostiles ; on exalta l'ignorance, on ameuta la souffrance, on mit les armes aux mains de la misère ! Ah ! si la vérité avait pu luire dans ces ténèbres ! Si des voix honnêtes, fermes et connues, s'étaient élevées, disant avec force : « Il faut organiser une armée pour empêcher les cosaques de revenir ! Il faut empêcher l'État de faire banqueroute! Il faut sauver la patrie de l'invasion et du déshonneur ! & Oui , je l'affirme , le plus pauvre des paysans de France eût couru porter à la patrie son dernier écu, le dernier fruit de son travail et de ses épargnes ! Mais au lieu de les éclairer , on les aveugla, et l'on eut l'indigne courage de pousser à l'insurrection ces pauvres mal-
heureux abusés. Il y eut une lutte : il y eut (lu sang. Mais qu'importait aux lâches trompeurs du peuple le sang du peuple ! La ruine de la République, le déshonneur de ceux qui l'avaient fondée, valaient bien quelques gouttes d'un sang méprisé !
Attitude des républicains deraiit le soulèTement de partis hostiles.
Quoi qu'il m'en coûte, je ne ménagerai la vérité à personne. Je l'ai dite sans haine h mes adversaires ; je la dirai sans crainte à mes amis.
Devant ces premiers symptômes de la réaction des partis contre la République, de la réaction par la calomnie, la conduite des républicains était clairement indiquée. Sans hésitation, sans faiblesse, ils devaient engager la lutte de front et à fond ; mettre tous les partis en face de leur passé ; rappeler les précédents ; faire voir que les gouvernements antérieurs avaient tous exigé des sacrifices plus considérables , moins nécessaires ; comparer les temps, les cir-
CiMistances, les actes; ils devaient ramener de force les calomniateurs sous la lumière vengeresse de la vérité. S'adressant ensuite aux populations , il fallait expliquer les faits , désarmer les préjugés, éclairer les esprits; prouver que les 45 centimes devaient servir à liquider le pays et payer les dettes de la monarchie ; il fallait faire connaître les précautions prises par le Gouvernement provisoire ; dire aux journaliers que l'impôt ne les touchait point, aux pauvres et aux malaisés que le gouvernement les en avait déchargés; il fallait enfin surveiller la conduite des agents politiques, administratifs et financiers, savoir s'ils exécutaient le décret de dégrèvement, et comment ils l'exécutaient.
C'était une œuvre laborieuse, j'en conviens. Il y fallait un peu d'étude, un peu de courage, beaucoup de persévérance, j'en conviens. Mais ce résultat valait peut-être qu'on Teiitreprit. On ne l'essaya point. A la vue du soulèvement, on se déconcerta; on mcconnut le sens de cette maxime pro-
fonde : Principiis obsta. Il y eut des Commissaires du gouvernement qui , pour se concilier des sympathies, productives de suffrages électoraux, commirent la criminelle faiblesse d'encourager eux-mêmes la résistance. Que voulez-vous ! l'impopularité ne semblait alors attachée qu'à un nom, à un homme. En sacrifiant ce nom , cet homme, on sauvait peut-être la République ; on se sauvait à coup sur soi-même : un homme, c'est peu ! on le sacrifia.
Cet homme, ce fut moi. Quoi de plus naturel ! Membre du Gouvernement provi- , soire, ministre des finances, j'avais obstinément combattu tous les rêves, toutes les folies, toutes les ignorances ; j'avais maintenu d'autorité les imaginations sur le terrain de la raison, les utopies sur le terrain de la pratique. Avec une opiniâtreté que rien n'avait pu rompre, j'avais repoussé tous les moyens qui me paraissaient dangereux, insuffisants ou immoraux ; j'avais proposé l'impôt, j'en avais fixé le chiffre : je devins l'homme aux 45 centimes. — Je
ïie m'en plains pas ; je m'en vante, au contraire ; et je serais complètement heureux si la faiblesse de mes amis eût été réellement prolitable à la République î...
Faciles représailles
Attaqué de toutes parts, s'il me plaisait de faire un retour offensif,
Je dirais aux bonapartistes :
« De quel droit me reprochez-vous un impôt extraordinaire? Napoléon y a eu recours, et vous n'avez point murmuré. »
Je dirais aux légitimistes :
ce De quel droit me reprochez -vous un impôt extraordinaire? Louis XVIII y a eu recours, et vous n'avez point murmuré. »
Je dirais aux orléanistes :
a De quel droit me reprochez -vous un impôt extraordinaire? Louis-Philippe y a eu recours, et vous n'avezpoint murmuré. »
A ces trois partis coalisés, je dirais :
« Vous ne pouvez m'accuser sans vous accuser vous-mêmes ; pourquoi donc m'accusez-vous ? »
Je dirais ensuite aux républicains :
« Vous avez fondé la République ; je l'ai fondée avec vous. Vous voulez qu'elle dure ; je le veux comme vous. Celte République h laquelle sont dévoués, de tout temps et pour toujours, mes pensées, mes efforts, mes biens, mon cœur, ma vie, s'il était vrai que je l'eusse compromise par une faute, je subirais dans les larmes Féternelle douleur d'un éternel remords. Mais j'ai la certitude que je ne me suis pas trompé : cette faute que vous me reprocbez, c'est l'acte le plus intelligent de ma vie ; ce prétendu péril où j'ai jeté la République, c'est le salut de la République. Sans l'impôt des 4o centimes, la France était flétrie, déshonorée, perdue. J'attendrai patiemment, et de vous et du temps, l'inévitable jour de la justice. »
Je pourrais dire, enfin, à cette coalition qui occupe maintenant le pouvoir, et qui, dans ses journaux et dans ses libelles, ne cesse de jeter cet impôt en insulte
à moi, au Gouvernement provisoire, à la République : « Cette mesure , je Tai prise au milieu de la tempête : vous l'avez prise, vous, au milieu du calme. J'ai décrété l'impôt : vous l'avez employé. J'en ai l'impopularité : vous en avez les fruits. Si vous le trouviez injuste , pourquoi n'avez-vous pas réparé l'injustice? pourquoi ne la réparez-vous pas aujourd'hui ? Si c'est un crime d'avoir levé cet argent, pourquoi ne rendez-vous pas cet argent? Si vous connaissiez un meilleur moyen de sauver le pays, — je ne demanderai pas pourquoi vous ne l'avez pas indiqué. — mais je demanderai pourquoi vous ne l'employez point aujourd'hui. Qui vous arrête? Le pouvoir est à vous, la majorité à vous, l'armée à vous, la garde nationale à vous, la police à vous; 1 industrie renaît, le commerce reprend, la prospérité revient, le pays est Iranqudle... et vous avez du temps ! »
Mais je n'ai point de goût aux récriminations. 31on cœur est calme : les senti-
ments qu'il renlermc n'ont pas besoin de s'échapper en paroles de flamme. Dans toutes ces invectives dont j'ai été l'objel, je ne signalerai que leur imprudence. Non ! croyez-moi, il n'est pas bon de tenir dans l'opposition un langage et une conduite contraires à la conduite et au langage que l'on a tenus au pouvoir, que l'on y tiendra nécessairement. Pour être fort, le pouvoir veut être avant tout respecté par celui qui l'exerce. J'ai respecté celui dont le hasard m'avait investi malgré moi. Homme de gouvernement, je n'ai point démenti Ihomme d'opposition. Les principes que j'avais prêches , j'ai voulu les appliquer. Peut-èlre même ai-je plus tenu que je n'avais promis, et, en tout cas, je n'ai donné à personne le scandale d'une palinodie?
Quelques jasj^ements impartiaux et désintéressés.
Les partis n'ont généralement ni entrailles ni pudeur , parce qu'ils sont anonymes. Mais il n'en est pas ainsi de leurs
chefs. Le sentiment de la responsabilité leur impose le respect et leur commande la justice. Aussi , chose bien significative ! n'y a-t-il pas eu, soit dans l'Assemblée constituante , soit dans la Législative, un seul homme de valeur et d'autorité qui, mis en demeure de s'expliquer publiquement, n'ait approuvé l'impôt des 45 centimes.
Au début de la Constituante, un membre, — je ne sais qui, — ayant proposé l'abolition de l'impôt, sa proposition fut renvoyée au comité des finances. Ce comité s'était organisé dans un but hostile. C'était la fine fleur de la réaction. On y voyait ceux qui l'illustraient alors avec ceux qu'elle a depuis illustrés. Tous ces hommes considérables ont laissé décrier l'impôt par leurs suivants. Personnellement, aucun d'eux ne l'a blâmé; tous l'ont approuvé. Déhbéré, inspiré par eux, le rapport fut présenté par le regrettable M. Deslongrais ; on y lisait ce qui suit :
(' Pour résoudre niliunnullemenl el polili(|ue-
ment la quesliou qui vous était soumise, nous avons dû nous reporter à l'époque et aux circoDStances dans lesquelles le décret du 16 mars avait été rendu. Personne de vous n'a oublié qu'alors le Trésor public éprouvait d'extrêmes embarras, que tous les seivices pouvaient d'un moment a l'autre se trouver compromis faute de fonds pour y faire face. La dette la plus sacrée do l'État, l'épargne du pauvre et de l'ouvrier, ne pouvait leur être remboursée au fur et a mesure de leurs besoins devenus plus urgents par la cessation du travail. Divers moyens de crédit avaient été inutilement essayés par le Gouvernement provisoire. Un tel état de choses ne pouvait se prolonger sans péril, il fallait au plus tôt créer des ressources certaines et promptement réalisables.
(f Un des moyens les plus eflkaces était évidemment d'ajouter des centimes additionnels aux contributions directes.
« L'impôt des 45 centimes fut décrété, il était indispensable ^ »
Après le rapport, la discussion ; après le comité, l'Assemblée nationale elle-même.
Elle était là depuis quelques jours seulement, encore tout imprégnée des répugnances' qu'avaient suscitées les factions hostiles. Pas une voix ne s'éleva qui ait eu alors
' Séance du T2 mai 18î8. Moniimr. . 'f'' 1
OU depuis quelque retentissement. Une majorité considérable valida nos décrets.
Le 24 octobre 1848, je prononçai un discours relativement aux comptes du Gouvernement provisoire dont j'avais le premier demandé, revendiqué le bilan. — M. Goudchaux, redevenu ministre des finances, déclara que l'impôt des 45 centimes avait été une mesure de salut public.
Le 14 mars 1849, dans un nouveau discours sur la même question, j'exposai de nouveau les raisons impérieuses qui m'avaient fait une loi de proposer l'impôt. Mes paroles rencontrèrent sur tous les bancs une approbation unanime. J'adressai ensuite à M; Passy, ministre des finances, l'interpellation suivante :
« Je dis que dans les circonstances critiques où l'on se trouvait, l'impôt des 4o centimes a rendu la situation telle, que depuis nous avons pu emprunter a la Banque 230 millions, dont 50 millions sans intérêl et 180 millions a i pour cent. Je dis que les 'J60 millions des 43 centimes d'une part, les 230 millions de l'autre, nous permettent de marcher actuellement ; et je demanderai a monsieur le
minisire des finances, au cas où Ton n'aurait pas ces 230 millions el ces 160 millions, s'il pourrait faire face encore aujourd'hui ^ aux nécessités du moment? il me répondra certainement qu'on ne le pourrait pas.
« Le citoyen Passy, ministre des finances. — Certainement !
« Le citoyen Garnier-Pagès. — J'attends de sa loyauté qu'il voudra bien venir ici confirmer mes paroles. »
Le lendemain, M. Passy répondit loyalement :
« Hier, l'honorable M. Garnier-Pagès a invoqué mon témoignage, ce témoignage ne lui manquera pas. (Approbation.)
« On oublie trop, messieurs, quand la tempête est calmée, quelles ont été les diflicultés de ceux qui tenaient le gouvernail... (Très bien! très bien!)
« Voix diverses. — C'est parler en homme d'État... c'est très loyal.
« Le citoyen ministre des finances. — On oublie trop dans quelles circonstances difficiles, sous le poids de quelles nécessités impérieuses se sont rencontrés les hommes qui ont gouverné les finances.
« L'honorable M. Garnier-Pagès me demandait ; Aurait-on pu faire face aux embarras du moment, si l'on n'avaii recouru à un impôt extraordinaire ?
' 16 mars 1849,
Je réponds : Non, on n'aurait pas pu faire lace auxembarrasdu moment. (Approbation à gauche.) Le crédit élait éteint ; nul moyen de le ranimer; et comme des charges très lourdes pesaient sur le Trésor, il fallait des ressources qu'on pût obtenir et réaliser promptement.
a Ces ressources, a qui les demander, si ce n'était aux contribuables, et du moment où il fallait s'adresser aux contribuables, y avait-il d'autre sacrifice à réclamer que sur la contribution foncière? C'est là ce qui, a mes yeux, a légitimé l'impôt des 4o centimes. Peut-être, dans un temps plus calme, avec plus de loisir, aurait-on pu donner à l'impôt demandé une forme qui l'aurait rendu moins lourd pour une partie des départements et des communes. (Nouvelle approbation.) Mais les circonstances étaient pressantes, et il ne faut pas s'étonner si, lorsque de toutes parts s'élevaient des réclamations auprès du Trésor, lorsqu'il était impossible de trouver de ressources qu'en assurant des rentrées; il ne faut pas s'étonner si le minisire des finances a cru qu'il valait mieux aller vile que d'attendre plus tard dans l'espoir téméraire d'un succès plus complet. (Très bien ^ ! )
Enlin le 12 avril 1849, à la veille des élections , quelques représentants ayant proposé de restituer l'impôt des 45 ceii-
' Monilcur, aaiicc du 18 mars 1849.
times en rentes sur l'État, le rapporteur de la commission et le ministère combattirent la proposition. L'Assemblée la rejeta.
On avait pu alors constater les résultats de ma gestion, de la gestion de mon successeur. M. Goudchaux et M. Passy étaient comme nous, ministres des finances. Ils étaient en mesure d'apprécier les périls par lesquels nous avions passé, de connaître les efforts que nous avions faits, de constater ce que nous avions obtenu. Je n'en fais pas gloire ; j'en rends grâce à Dieu seul, car l'entreprise paraissait certainement au-dessus des forces humaines.
Mais, dite par moi ou par un autre, peu importe, la vérité est celle-ci : — Nous avions trouvé une situation perdue, nous laissions une situation sauvée. De l'aveu même de nos adversaires \ lorsque je quittai le pouvoir avec la Commission executive, lorsque M. Duclerc abandonna le ministère des
' Rapport de M. Sainte-Beuve, au nom du comité dos Onances, 20 juin 1848.
finances , tous les services étaient assurés pour 6 mois et il restait pour commencer l'année 1849, cent millions de ressources extraordinaires.
Le 7 mars, j'avais trouvé dans les caisses du Trésor 163 millions en argent ou valeurs de portefeuille à longue échéance, et diminuées de 73 millions par le semestre qui depuis la veille était en cours de payement. Soit 91 millions, sur lesquels, comme on l'a vu plus haut, 34 millions seulement restaient disponibles.
Le ^o juin, après cette formidable tourmente, pendant laquelle pas un service ne s'était un seul moment trouvé en souffrance sur aucun point du territoire, nous y laissions à la disposition de nos successeurs : ol millions en argent ou valeurs de portefeuille à quelques jours d'échéance; loO millions provenant de l'emprunt conclu avec la Banque : en tout, 201 millions '.
' Cet emprunt de 150 millionâ, volé par le conseil général île la Banque dans sa séance du 10 juin, pré-
Je me résume. Il est des époques où le pouvoir c'est le martyre. Quand le trouble est partout ; quand le sol tremble sous les pas de la société ; quand les populations épouvantées cherchent avec angoisse une voie de salut ; lorsque le présent n'est que misère et l'avenir que menaces ; quand la guerre étrangère semble inévitable et la guerre civile probable; quand la prospérité a fui laissant l'industrie, le commerce, Tagriculture aux abois ; quand le crédit privé est mort et le crédit pubhc anéanti, ce n'est point avec une hypothèse, ce n'est point avec une velléité qu'un homme d'État sauve un pays. A ces redoutables situations il faut une vue droite, un cœur ferme, une imployable volonté. Il y faut plus, il y
senlé par M. Duclerc à l'Assemblée nationale le 12 juin, a été soumis à sa raliûcalion par le comilé des fiuuncea le 20 juin.
faut, avant tout, l'abnégation de la personnalité.
Je le savais, et je me suis volontairement offert en sacrifice aux nécessités d'une situation terrible. Mais Tinjustice elle-même, comme tout ce qui est faux, n'a qu'un temps. Pour moi, pour tous les hommes de cœur et d'intelligence qui m'ont aidé et à qui je veux payer ici le tribut de ma gratitude, la vérité reparaîtra, et, j'en ai le ferme espoir, avec la vérité, la justice.
Or, la vérité, la voici :
Grâce à l'impôt des 4o centimes, nous avons pu, nos successeurs ont pu payer régulièrement les semestres des rentes, o, 4 12, 4 et 3 pour cent, les intérêts de la dette flottante, le solde des pensions et dotations, les traitements des employés de l'État, les créances des fournisseurs ;
Grâce à l'impôt des 4o centimes, on a pu rembourser des sommes considérables aux caisses d'épargne, aux porteurs de bons du Trésor; on a pu restituer les avances des receveurs généraux, les dépôts des par lieu-
licrs à la caisse (les dépôts et consignations,, ies (lcp(Ms des villes et des communes, niie portion importante des cautionnements des compagnies de chemins de fer;
Grâce à Fimpùt des 45 centimes, ori a 1)U réorganiser l'armée, entretenir le soldat et le matelot, assurer partout leur paye, améliorer leur sort, pourvoir h l'approvisionnement des arseuauxjnilitaires et mal'itimes, fournir au budget de l'Algérie, mettre en ligne deux armées prêtes à entrer en campagne, organiser, armer, équiper, solder la garde mobile ;
Grâce à limpot des 4o centimes, on a ])U continuer les travaux publics, assurer par là la vie de Touvrier, entretenir les ateliers nationaux, cet asile pro^ isoire des tra- \ ailleurs dépourvus de travail ; organiser des ateliers de travail, pour23,000 femmes, pendant quatre mois consécutifs; fournir des secours aux plus nécessiteux, relever le crédit par l'institution des comptoirs d'escompte et des magasins généraux, faire à
quelques villes des avcTuccs tle foiiils, auiéliorer le sort des instiluleurs primaires;
Grâce à l'impôt des 45 ceulimes, ou a pu décréter l'abolition de l'impôt du timbre, c'est-à-dire l'affranchi ssemeut de la presse, le uivellement de la barrière élevée par la monarchie entre le cerveau des pcr.seurs et le cœur du peuple ; réduire la taxe des lettres et diminuer l'impôt du sel qui grevait les populations d'une charge permanente de 70 millions par an ;
Grâce à l'impôt des 45 centimes, le Gouvernement provisoire a pu rétablir la tranquillité; rendre au riche, la sécurité; au pauvre le salaire; maintenir, au dedans, l'autorité du gouvernement, relever, au dehors, l'influence de la France, imposer le respect de la République aux nations étonnées d'une révolution si ferme et si pacifique, si profonde et si pure;
Grâce à l'impôt des 45 centimes, le Gouvernement provisoire a pu donner au
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monde le speciacle inouï d'une ivvolulion sans terreur, dune dictalnrc sans despolisnie, d'une réorganisation financière sans popier-monnaie ;
Grâce à l'impât des 45 cenlinics, le Gouvernement provisoire a sauvé la France de la guerre civile et de la banqueroute ;
Grâce à l'impôt des 45 centimes, les gouvernements qui nous ont succédé, ayaid hérité d'une situation financièrement sauvée, politiquement assurée, auant devant eux du cliamp, du jour, du temps, ont pu attendre la réapparition des recettes, pourvoir sans de très grandes difficultés aux nécessités financières, et recueillir le fruit d'une mesure dont nous n'avons eu, nous, que l'impopularité.
Voilà pourquoi celte impopularité ne me pèse point ; voilà pourquoi , l'ayant prévue, je m'honore de l'avoir acceptée ; voilà pourquoi , repoussé, méconnu , calomnié «juand je ne suis pai oublié, je m'applaudis
dans ma rcirailc d'avoir su remplir un grand devoir; voilii pourquoi ma conscience est sans remords, mon ffine sans trouble et mon cœur sans douleur î
Imprinu'iie Je Gt ST.vvi. (in \ ridi. li lUc lio i;i Monnaie