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XI. Ce qui arriverait si les Ravageurs venaient à triompher

Malgré toutes les excitations que les agitateurs pourront tirer de l'impôt des boissons ou de tel autre prétexte plus ou moins spécieux, ils en seront pour leurs frais et pour leurs peines, ayons-en le ferme espoir. Mais supposons un moment que ces voix fatales fus-

sent écoutées ; que le peuple français fût assez aveugle pour donner dans ces pièges , pour se jeter dans l'abîme où le Gouvernement provisoire et l'insurrection de juin faillirent le précipiter ; enfin supposons que , par impossible , la république démocratique et sociale triomphât : que verrions-nous?

Ce serait le plus affreux chaos , le plus épouvantable amas de calamités qui ait jamais frappé une nation.

Alors , on jugerait ce que valent les belles théories de fraternité, de philanthropie, étalées pour séduire les esprits faciles; alors se traduiraient en action les hideuses paroles où l'écume du parti rouge , dans ses moments d'abandon, laisse éclater sa pensée ; alors, les cris de Vive la guillotine ! A mort les arislos! A la potence les riches! (et ces expressions, lesaristoSf les riches, s'appliqueraient à tout honnête homme), alors, ces cris atroces ne seraient pas de vains mots; alors se réaliserait ce refrain qu'un chanteur ambulant vociférait, il y a quelques jours, dans le département de la Somme, sans trouver d'échos , par bonheur :

Qu'à la lanierne on les accroche, Ou qu'où les guilloline lous!

Les rouges disentassez haut, dans leurs clubs, que, s'ils retrouvent Une occasion pareille à celle de Février, ce qu'on vit en 93 ne sera rien auprès de leurs nouveaux exploits.

Qu'il y ait parmi les socialistes des hommes de bonne foi, des rêveurs honnêtes, je ne le nie pas; mais l'exemple de la première révolution montre assez quel serait leur sort. Révoltés parles excès, par les atrocités de leur parti, ils voudraient se mettre en travers, et eux-mêmes grossiraient le nombre des victimes.

Alors, i'hôle de la mansarde et de la chaumière serait frappé aussi bien que l'habitant de l'hôtel et du château, du moment qu'il répudierait le règne de la spoliation et du massacre; alors, combien de noms plébéiens s'ajouteraient à ceux-ci, que j'ai recueillis au Moniteur, seulement dans quelques séances du tribunal révolutionnaire de Paris!

Condamnés à mort. Audience du 22 floréal, an II. G. B. Goyon, âgée de 77 ans, couturière.

25 floréal. B. Pintaux-Bournet, tisserand, soldat au bataillon de l'Aisne.

27 floréal. Th. Deligny, colleur de papiers à Rouen.

3 prairial. J. Courcin, brocanteur ; L. Carré, épicier ; M. N. Guedon, fruitier ; J. Query, brocanteur; B. Kinlichen, tailleur.

4 prairial. Anne Ferry, veuve Dupré, garde-malade; P.-L. Didier, commis papetier; N. Aubry, âgé de 77 ans, cordonnier.

5 prairial. P. Prudhomrae, marchand de poisson; F Lambert, femme Prudhomme, marchande de poisson ; C. Perard, blanchisseuse journalière ; M. A. Demaux, femme de J. Hébert, corroyeur; P. Mauclaire, brocanteur.

8 prairial. A. Binet, coupeur de velours; E. Henry, terrassier.

9 prairial. N. Letellier, vigneron; A. Rageot, tailleur; N. A. Feron, femme Rageot, couturière; M. Olivier, vigneron et maire de Saint-Martin-dcs-Champs; F. Duhamel, tailleur, agent national de Saint-Martindes-Champs; C. Léger, cultivateur à Rosay; P. F. Fcnaux, charretier chez le précédent; J. Petit, tonnelier, maire d'Aumoy ; F. Chevalier, âgée de 28 ans, ouvrière en linge; C. J. Villcrain, journalier.

— 27 -^ 11 prairial, J. Pat, de Morillac (Cantal), marcbantî forain; C. Lacroix, cullivaleur.

14 prairial. L. Armand , vigneron ; P. Perria , marchand d'eau-de-vie et cultivateur à Cognac j Lecoq, boulanger à Lille.

15 prairial. P. Martin, âgé de 6o ans, cordonnier j A. Guidet, soldat invalide, âgé de 64 ans.

19 prairial. C. François, cultivateur; P. L. Bachelier, cultivateur; J. B. Blay, laboureur, etc., etc.

Tous ces malheureux, ils sont qualifiés de conspirateurs. On en trouve, à la date du 13 prairial an H, plusieurs condamnés à mort comme convaincus yen{r^. autres crimes, d'avoir voulu effectuer la famine en conseillant cte aemer du sainfoin dans les terres à blé !

Voilà de quels aristocrates se compose, en très grande majorité, la funèbre liste des victimes de la Terreur. Si la république rouge l'emportait, la classe populaire ne compterait pas moins de victimes qu'autrefois, car les Dobles cœurs n'y seraient pas moins nombreux qu'en ce lemps-là.

Comme en 93 aussi, on verrait les chefs révoluîionnaires s'entre-déchirer. Les haines intestines que les grands pontifes du bonnet rouge et du Socialisme laissent déborder avec tant de violence, nième à présent où ils ont besoin de s'unir pour le succès de leur cause , comme elles éclateraient après la victoire! comme ils s'égorgeraient l'un l'autre , tout en mettant, dans ces luttes furieuses, la malheureuse France en lambeauxl

Est-il besoin de parier de la ruine générale, de la misère universelle? Le Socialisme, alors, aurait pleine carrière, et l'on verrait à que! horrible pillage ce beau mot ferait place ; on verrait si la plus mince propriclé n'aurait pas le sort de la plus imporlanlc .'

Tenez : dès à présent , l'on a pu juger de ce que produisent les essais du Socialisme. Vous savez ces expéditions de colons parisiens envoyées, dans les derniers mois de 1848, en Algérie. Les conditions les plus avantageuses leur étaient prodiguées : concessions de terres gratuites, vibres, outils, semences, concours ^ctif des soldats et même des tribus arabes soumises. Ces colonies , néanmoins , ont fort peu réussi ; et voulez-vous en savoir une des principales causes? Le Socialisme s'en était mêlé. Une enquête attentive vient d'être faite sur la situation de ces établissements. Le rapport de la commission constate que les essais socialistes introduits dans cette colonisation parisienne avaient eu des résultats si fâcheux que les colons en sont venus à repousser jusqu'à l'idée de l'association, même dans ses applications raisonnables. Lisez ces passages :

« Sur ce point, l'enquête poursuivie par la commission a eu les résultats les plus concluants ; puissent-ils servir de leçon aux malheureux qu'abusent encore les sophistes ! De toutes les provinces , de tous les villageSy il s'est élevé un concert de voix pour repousser et pour maudire tout ce qui ressemblait à de la communauté. Le travail en commun, la récolte en commun, inspiraient des répugnances dont on ne saurait exprimer l'énergie. Pas une bouche qui ne demandât la distribution des lots, la division des tâches, le partage des produits. La perspective d'une solidarité dans la besogne aigrissait les esprits, et décourageait les bras : elle suffisait pour que la moisson séchât sur pied ou restât éparse en javelles . .

» Sur ce point, les répugnances des

colons ont été invincibles; aucun conseil n'a pu en adoucir l'àpreté. En cela, l'instinct n'agissait pas seul ; il s'y

mêlait une expérience acquise. Ils avaient vu de près ce qu'est le travail en commun, et ils n'en pouvaient parler qu'avec amertume et colère. Dans les chantiers, le fainéant et l'incapable devenaient types et faisaient la loi; ils régnaient par leurs vices. Pour l'homme laborieux , c'était un supplice renouvelé des empereurs romains : vivant, on le liait à des cadavres. Rien ne se^ faisait qu'à contre-cœur et à demi ; on se refusait aux moindres corvées. // est des points oii il ne se récolta pas un épi du grain qu'au profit des colons avaient ensemencé les tribus arabes. Ailleurs, les foins furent délaissés; on négligea jusqu'aux coupes pour la nourriture du bétail. Tout dépérissait, tout s'en allait à l'abandon. Il était impossible qu'un spectacle pareil ne dessillât pas les yeux les plus prévenus, et n'obligeât pas celte population à de profonds retours sur elle-même. l\ien ne frappe comme les faits. »

Je le disais plus haut, la démagogie tue la liberté; l'excès tue le vrai progrès ; le Socialisme, par les maux qu'il produit, tue l'association applicable et utile.

Que vous en semble? Le Socialisme réduit à recevoir* des leçons des Arabes, et ne sachant pas même profiter de leur travail !

Cette domination du fainéant et de l'incapable, exploitant, et, par cela même, décourageant l'homme laborieux, elle s'est manifestée dans les essais de Socialisme en Algérie ; elle serait la loi générale, si le Socialisme venait jamais à envahir la France.

Le dernier degré de la misère et de l'abrutissement, avec le règne des bourreaux, tel serait le sort de ce pays qui a marché à la tête de la civilisation !

De plus, les crimes et les folies des rouges susciteraient, inévitablement, une ligue de tous les peuples de l'Europe : après avoir bouleversé, désorganisé, ruiné la

France, ces modernes barbares attireraient sur elle la guerre universelle, l'invasion, peut-être le partage de son territoire !

La France même y périrait !

Mais non, la France ne périra pas, car le démon de la destruction ne saurait prévaloir contre sa fortune et #son génie ! Une si noble proie n'est pas réservée à la dent des Ravageurs !

lE BON SEXS D'UN CILTIVATEIR,

Chanson.

Air : J'cU du bon tabac dans ma tabatière.

Grands prédicateurs du Socialisme , Vous avez ici très mal rencontré.

Tenez, franchement, votre catéchisme Ne vaut pas celui qui me fut montré.

Vos beaux diseurs ont déjà voulu, Et plus d'une fois, me prendre à leur glu Mais sachez pourquoi J'aime Mon système :

C'est qu'on est , ma foi , Toujours mieux chez soi.

Grâce à mon labeur, notre champ prospère ; li vaut à mes yeux l'univers entier.

Il fut possédé par défunt mon père, Et, selon mon droit, j'en fiiS héritier.

Je prétends bien que mon fils, un jour. Du champ paternel hérite à son tour...

El voilà pourquoi J'aime Mon système :

C'est qu'on est , ma foi , Toujours mieux chez soi.

J'ai cru jusqu'ici tout propriétaire

Maître incontesté de sa part du sol;

Mais le grand Proudhon Ta dit sans mystère :

« La propriété n'est rien moins qu'un vol. »

Si cet arrêt a quelque valeur, Je ne serais donc qu'un affreux voleur?... Et voilà pourquoi J'aime Mon système : C'est qu'on est, ma foi , Toujours mieux chez soi.

Partout du bon Dieu la puissance brille, Kt de l'univers la voix le bénit.

Le petit oiseau sait pour sa famille Chercher la pâture et construire un nid.

De la famille aussi je croi Que tout être humain doit suivre la loi... Et voilà pourquoi J'aime Mon système :

C'est qu'on est, ma foi.

Toujours mieux chez soi.

Mesbœufsetmes veaux ont, dans leur élable, La communauté, que je vois de près :

C'est un râtelier, au lieu d'une table , Que vous m'ofîririez, par nouveau progrès.

Je ne veux pas, tout bien calculé, A mes bestiaux être assimilé...

Et voilà pourquoi J'aime Mon système :

C'est qu'on est , ma foi , Toujours mieux chez soi.

Afin de remplir celle auge commune , Quoi ! j'irais semer, j'irais moissonner ! Depuis le matin jusqu'à la nuit brune, Fatiguer mes bras pour votre dîner!

Je n'entends pas travailler pour ceux Qui voudront par goût vivre en paresseux». £t voilà pourquoi J'aime Mon système :

C'est qu'on est, ma foi , Toujours mieux chez soi.

Sans qu'à tout propos je dise : mon frère. Moi , j'ai dans le cœur la fraternité ; Quand vient à mon seuil l'honnête misère , Je sais pratiquer l'hospitalilè.

Or, pour cela, naturellement.

Il faut bien qu'à moi j'aie un logement... Et voilà pourquoi J'aime Mon système :

C'est qu'on est , ma foi , Toujours mieux chez soi.

A son camarade un vrai sans-culottes Disait : « Sois en tout mon associé; » Je veux , mon cher frère, une de tes bottes, » De ton pantalon je veux la moitié. »

L'autre , surpris , d'un pas r^la.

Votre enseignement , pourtant , mène là... Et voilà pourquoi J'aime Mon système :

C'est qu'on|est , ma foi , Toujours mieux chez soi.

Poussant jusqu'au bout tous ses amalgames , Un de vos docteurs, dignes citoyens , Par moralité , voudrait que les femmes Fussent en commun , ainsi que les biens (1).

Très grand merci ! je suis peu tenté Qu'on mette ma femme en communauté...

Et voilà pourquoi J'aime Mon système :

C'est qu'on est , ma foi , Toujours mieux chez soi,

Vous déguisez peu l'atroce espérance

De ressusciter vos sanglants héros

Et ce temps affreux qui, dans notre France,

Vit grands et petits livrés aux bourreaux.

On sait comment vos horribles dieux Peuplaient les prisons... en attendant mieux..* Et voilà pourquoi J'aime Mon système :

C'est qu'on est, ma foi.

Toujours mieux chez soi.

(1) Voir les ouvrages de Fourier, ainsi que diverses publicati(H)s de son école.

Pour paraUre le 15 septembre 1850 :

LE

POUR L'AN 1851, Par M. Théodore MURET.

Grand in-i8 (format Charpentier) avec de nombreux dessins. l^riop : îiO ceniitnes*

Le Bon Messager en est à sa dixième année ; il est maintenant un des doyens parmi les almanachs, qui se sont si prodigieusement multipliés dans ces derniers temps. Cette année-ci, en particulier, c'est un de ceux qui ont obtenu le débit le plus considérable.

Encouragés par ce succès , l'auteur et les éditeurs du Bon Messager ont résolu de donner à cette publication plus d'importance que par le passé. Le nombre des pages sera au moins doublé; des dessins exécutés avec soin y seront semés. Devenu maintenant étranger à la presse quotidienne, M. Th. Muret fera, de cette œuvre modeste, l'objet de tous ses soins.

Il y jcllcra toutes les idées qu'il croira bonnes et utiles, avec une complète indépendance vis-à-vis des partis comme vis-à-vis du pouvoir , et sans autre souci que la vérité.

En Allemagne, par exemple, la forme populaire de Talmanach a été souvent adoptée , même par des écrivains érainenls. L'auteur du Bon Messager n'a pas la prétention de se comparer à eux ; mais il s'efforcera , pour ce qui le concerne , de donner à l'almanach quelque peu de cette valeur littéraire dont on l'a vu en possession à Vienne , à Leipzig ou à Berlin.

L'almanach est la principale lecture du peuple ; les ennemis de la Société ont tâché d'y répandre le poison de leurs doctrines : lâchons, nous, de rendre celte nourriture aussi saine , aussi choisie que possible. En faisant, pour le peuple, de la littérature telle qu'elle doit être faite , on ne s'adressera pas, qu'on en soit sûr, à un public inintelligent ou ingrat.

©rîfissic/1

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