IX. Une amélioration r'éellement désirable
Ce n'est pas qu'il n'y ait, pour la question des boissoins, quelque chose à faire. Si l'urgence a forcé de maintenir, pour le moment, l'impôt tel quel, l'Assemblée, en nommant une commission d'enquête, s'est réservé l'étude et l'application aussi prompte que possible des réformes vraiment utiles.
Par exemple, il ne faudrait pas que les petits vins payassent le même droit que les vins de luxe; qu'une pièce de vin d'Argenteail , qui vaut vingt francs , fût taxée comme une pièce de Laffitte ou deClos-Vougeot,
qui en vaut raille. L'égalité de l'impôt est par trop en désaccord avec l'extrême inégalité de la valeur. Si les droits sur les vins ordinaires étaient minimes, l'ouvrier qui aurait mis de côté ce qu'il dépense en un mois ou deux au cabaret pourrait acheter une feuillette de vin pour son ménage , ou bien deux ou trois voisins s'entendraient pour en partager une ensemble.
Quant au riche, il pourrait, sans inconvénient, continuer de payer sur ses vins fins le droit actuel.
Tel serait le meilleur moyen de concilier tous les intérêts essentiels, de réaliser un Aéritable progrès, sans désorganiser les finances. La consommation de l'eau-de-vie , breuvage malsain el dont il se boit une énorme quantité dans les pays privés de vignobles , diminuerait notablement; le vin, boisson saine, quand elle n'est pas altérée et quand on en use modérément, Ja remplacerait avec avantage. Tant de femmes et d'enfants réduits à boire de l'eau, tandis que le chef de la famille s'enivre chez le détaillant, auraient leur légitime ration de vin pour leurs repas. L'usage convenable de ce produit, réparti sur un beaucoup plus grand nombre de têtes, accroîtrait la masse totale de la consommation; chacun s'en trouverait mieux, et les caisses publiques, en fin de compte , n'y perdraient pas.
On doit espérer que cette utile réforme ne tardera pas à être obtenue.
Plaise au ciel que les Montagnards n'y mettent pas obstacle par leurs violences et leurs fureurs ! Les exigences outrées compromettent souvent une réforme vraiment bonne. Des hommes honorables , animés des uieilleures intentions , n'abordent celle réforme qu'en hésitant, lorsqu'on prétend les dominer par l'invective et la menace ; ils craignent l'abus des concessions qui seraient faites. De nûéme , combien de fois les excès de la
démagogie ont favorisé le despotisme et compromis la cause de la liberté !
X. De quelle manière les rouges prétendraient remplacer l'impôt des boissons , s'il était aboli.
Si, au lieu d'introduire dans l'impôt des boissons les améliorations qu'il comporte, on le supprimait complètement, comme l'exigeaient les Montagnards, il faudrait bien aviser à y suppléer.
Maintes idées ont été produites à ce sujet, et il n'en est pas une qui se soit trouvée applicable, ou qui pût réaliser des ressources suffisantes.
Au lieu d'un impôt dont on a l'habitude, on aurait peut-être cinq ou six impôts nouveaux qui vous tracasseraient et vous tourmenteraient bien davantage.
En première ligne , il faut placer l'impôt sur le revenu, la conception favorite, le grand cheval de bataille des rouges.
Si l'on veut essayer quelque chose de vexatoire, d'oppressif, d'intolérable, on n'a qu'à tâter de cet impôt-là.
Chacun serait tenu de déclarer son revenu, soit qu'il consiste en rentes ou en terres , soit qu'il procède de l'industrie et du travail. Si le chiffre ne paraissait pas sincère , les délégués du fisc auraient pouvoir de le rectifier, de le compléter suivant leur appréciation. Pour cela, ils viendraient chez vous, ils inspecteraient votre mobilier, ils pourraient lever le couvercle de la marmite, de la casserole, pour voir si votre cuisine suppose une aisance supérieure à votre déclaration.
Ce serait l'inquisition la plus odieuse; ce serait Vexercice, cette visite qui se pratique dans la cave des mar-
ehands de vin, appliquée à tous les citoyens sans distinction.
Notez que chacun aurait intérêt à restreindre ses dépenses, à dissimuler ses moyens d'esislence le plus possible. Cet impôt serait , conséquemment , l'ennemi du luxe, et, par contre-coup, l'ennemi de toutes les industries , de toutes les fabrications que le luxe alimente.
Frapper le luxe , dans un pays comme le nôtre, où il fait mouvoir tant de bras , ce serait absolument éventrer la poule aux œufs d'or.
Voilà quelles sont les belles inventions de la république démocratique et sociale : jugez-les maintenant !
Ces gens-là n'ont-ils pas été assez funestes aux classes populaires?
Parce que les uns, ci-devant ministres, ambassadeurs, préfets, veulent le redevenir; parce que les autres, qui ne l'ont pas été, veulent l'être, il leur ftiut encore des bouleversements. Pour en arriver là, ils sèment dans le pays l'inquiétude et l'alarme ; ils lui jettent des chimères qui font bien du mal par cette excitation perfidement entretenue , et qui en causeraient encore bien davantage , si, malheureusement, on essayait leur mise en pratique.