Proclamation du 11 novembre
indiennes arriva le 16 novembre à Suez, où les troupes opérèrent leur débarquement; l'un des transports cependant, le Monteagle^ entraitdans le canal, accostait la berge Afrique aux environs du Serapeum et jetait tout son monde à terre d un seul coup. Le même jour, le major général Wilson arrivait à Ismaïlia, où son chef d'état-major, le brigadier-général Bingley, l'avait précédé d'une dizaine de jours, et prenait le commandement de la défense du canal des mains du colonel Walker. Conformément aux instructions du général Maxwell, il organisa la défense du canal en trois secteurs, avec quartiers généraux placés respectivement à Suez, à Ismaïlia-bac et à Kantara. La base avancée fut placée à Zagazig; la base générale ainsi que l'hôpital, au Caire. Le major général Wilson s'établit de sa personne à Ismaïlia, avec la réserve générale*.
Il trouva auprès des autorités de la Compagnie du canal de Suez le meilleur accueil. Tant que la Turquie n'était pas entrée dans la guerre, la Compagnie de Suez, soucieuse de rester fidèle à la lettre et à l'esprit de son firman de concession, avait le devoir de ne s'associer à aucun acte qui pût porter atteinte à la neutralité du canal. Les préparatifs des Turcs contre l'Egypte n'avaient pas cependant échappé à son attention, et ils avaient stimulé sa vigilance : l'entrée «n guerre de la Turquie la libéra de tout scrupule.
1 . Les dernières unités de la force confiée au général Wilson arrivèrent le 5 décembre 1914.
Ainsi la puissance suzeraine, la puissance même qui s'était engagée à faire respecter le droit de libre passage, stipulé dans la convention internationale de 1888, avérait son dessein de déchirer ce traité! La Compagnie de Suez se reconnut aussitôt « le devoir de donner sans restriction ni réserve son concours le plus entier en personnel et en matériel à l'autorité qui assurait la défense du canal menacé ».
La Compagnie possédait à pied d'œuvre des moyens considérables dans le matériel flottant à l'usage de ses services d'entretien et d'exploitation, des ressources nombreuses dans ses magasins et ses dépôts, de vastes ateliers capables de suffire aux réparations et aux confections les plus diverses. Ses lignes télégraphiques et téléphoniques parcouraient l'isthme; ses gares, situées le long du canal, constituaient des points d'appui et d'excellents postes d'observation. Maîtresse, en vertu de sa concession, de tous les terrains en bordure du canal, propriétaire des immeubles qu'elle avait construits pour les besoins de ses services et de ses agents, elle les mit, dans toute la mesure du possible, à la disposition des autorités militaires britanniques. La petite ville coquette et paisible d'Ismaïlia connut bientôt l'activité bourdonnante d'un quartier général en campagne. Enfin, les chefs de l'armée britannique trouvèrent dans le personnel de tout rang de la Compagnie du canal le concours le plus dévoué. Ses ingénieurs devinrent naturellement des conseillers écoutés dans les travaux divers ressortissant au corps du génie ; l«s officiers de
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marine mirent à la disposition de la défense les conjiadssances lopograpbiques approfondies qu'ils avaient acquises au cours de leur commerce prolongé avec le canal ; ils signalèrent les points faibles, les régions jqui appelaient une surveillance pins active. Les volontaires ne manquèrent pas, parmi le personnel ouvrier, pour armer les appareils passés au service de l'armée. Une haute personnalité politique, que la Ck)mpagnie s'honore d'avoir à la tête de son conseil d'administration, et qui parcourut l'isthme dans les dernières semaines de 1914, écrit : « Jamais notre entente avec les autorités anglaises civiles et militaires n'a été plus étroite. Elles nous sont particulièment reconnaissantes non seulement du généreux -concours que nous prêtons aux troupes chargées d'assurer la défense du canal, mais aussi des procédés -dont nous usons vis-à-vis d'elles pour rendre leur séjour dans l'isthme aussi confortable que possible : c'est l'entente cordiale dans toute l'acception du terme. » Des formules heureuses furent trouvées : le matériel prêté à l'armée le fut avec la clause « ni bénéfices, ni pertes », et ainsi, il fut mis gracieusement à la disposition des autorités, sans rétribution ni loyer, moyennant seulement le paiement des dépenses effectives de marche et d'entretien. Peu après, la Compagnie décida d'exonérer des droits de transit et de stationnement les navires et appareils affectés à la défense du canal; sa contribution à la guerre s'élève, de ce seul fait, à plusieurs dizaines de millions de francs. Grâce à ce contact étroit, les autorités militaires
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britanniques purent utiliser au mieux des intérêts communs le personnel et le matériel mis à leur disposition. Elles en usèrent d'ailleurs avec ménagement et discrétion. Le contrôle qu'elles avaient assumé sur la navigation dans le canal se borna à vérifier l'identité des navires à leur arrivée dans les ports d'accès, à placer au besoin une garde armée pour la durée du transit à bord des navires qui ne comptaient pas parmi les clients habituels de la Compagnie. Une fois le permis de transiter délivré, les autorités s'en remirent à la Compagnie du soin d'assurer le mouvement dans le canal avec ses propres agents et en suivant les errements établis. Que celle-ci se soit acquittée de sa tâche avec succès, malgré la réduction considérable du nombre de ses agents provoquée par la mobilisation, cela ressort du fait que, du 1" août au 31 décembre 1914, il ne transita pas moins de 376 transports, portant 163.700 hommes de troupes *.
Le plan militaire des Anglais consistait à établir la ligne de défense de TÉgypte sur les rives mêmes du canal de Suez. La décision en avait été prise longtemps avant la guerre *. Elle avait ses avantages et ses inconvénients. On ne pouvait songer à défendre la frontière du Sinal, ligne conventionnelle tracée au
1. 200 navires du sud et 176 du nord. Les transports venant du sud portèrent 126.900 hommes ; ceux du nord 36.800 militaires.