Corbeiiy t. I, p
LES PRÉPARATIFS MlUT AIRES 61
milieu du désert, où il est impossible de faire vivre et de maintenir une troupe de quelque importance sans exécuter au préalable des travaux considérables d'appropriation. Attendre Tennemi sur le canal, c'était tourner en sa faveur l'obstacle du désert, l'opposer à l'ennemi ainsi que celui offert par le canal lui-même. C'était réduire également la longueur du front, mesure favorable, qui permettrait de le garnir avec une densité de troupes plus grande. De plus, la défense organisée sur le canal se prétait à. une coopération de la flotte avec les forces de terre. Or les premières batailles qui s'étaient déroulées sur le front occidental avaient montré toute l'importance de l'artillerie lourde dans le combat moderne. Les puissantes batteries des cuirassés et des croiseurs, mobiles le long du canal, ne seraient-elles pas aptes à se porter rapidement au point attaqué, à soutenir l'action, et n'assureraient-elles pas, dès lors, toutes choses égales d'ailleurs, la supériorité à celui qui disposerait de leur concours? Ces arguments, certes, avaient leur valeur, mais la ligne de défense choisie n'était pas sans présenter aussi des inconvénients.
Ces derniers apparurent de suite quand, dans la nuit du 2 au 3 novembre, il fallut interrompre la navigation à la suite de l'apparition d'un groupe suspect d'Arabes à proximité du canal. L'alerte n'eut pas de suite, mais un ennemi entreprenant et pourvu d'artillerie moderne ne pouvait-il venir s'établir assez près de la berge Asie pour canonner les navires en transit, les couler en travers du canal et mettre ainsi en
danger la grande artère A& TËmpire britannique? Les hommes d'État anglais eurent, maintes fois le sentir mBnt de ce péril. Dès la première réunion du Comité de guerre britannique qui eut lieu k Londres, le 25 novembre, M. Winston Churchill soutint que là meilleure façon de défendre l'Egypte était de débairquer quelque part sur la côte de la Turquie, et il coaseilla d'attaquer la péninsule de Gallipoli*. Loird Kit^ chener avait, de son* côté, envisagé une hypothèse de ce genre et il discutait en termes généraux avec Sir John Maxwell l'éventualité d'un débarquement ai Âlexandrette, en vue de couper les communications des Turcs au point où la ligne ferrée d'Anatolie se. soude à celles de Syrie, de Palestine et de Mésopotamie. Mais le ministre de la Guerre n'avait aucuii«î troupe disponible pour tenter l'une ou l'autre entreprise; l'argument était sans réplique et le projet Churchill tomba*. Quelques semaines plus tard, M. Lloyd George le reprit, en l'amplifiant. II s'agissait cette fois de transporter dans les Balkans toute l'armée anglaise engagée sur le front occidental dans* une lutte qui lui paraissait sans issue. Avec elle on frapperait un grand coup de prestige, on isolerait la Turquie, on accablerait l'Autriche, le plus faible des adversaires de l'Entente. Le projet comportait également une opération secondaire qui eût consisté à défendre l'Egypte en débarquant 100.000 hommes