‹ Un épisodes de la guerre mondiale;Chapitre 46 sur 46 · Liman von Sanders, chap. VI · texte numérisé non relu

Liman von Sanders, chap. VI

V ATTAQUE DU 3 FÉVRIER 1915 iOI>

s'étend alors vers Test et le nord-est dans le dessein de le contourner; Tennemi montre & ce moment un drapeau blanc et fait signe qu'il veut se rendre : sur quoi, le capitaine Cochran et quelques hommes s'avancent dans sa direction. QuelquesTurcs s'étaient déjà rendus, quand l'ennemi rouvrit soudain le feu^ forçant les troupes indiennes à se replier. Le général Wallace leur envoie en renfort une compagnie doublée de chacun des 2V Punjabis, 62' Punjabis et 128' Pioneers, qu'il place sous les ordres du major Maclachlan. Ce dernier, rassemblant ses troupes^ charge l'ennemi, qui met aussitôt bas les armes : six officiers et deux cent cinquante et un Turcs furent faits prisonniers, parmi lesquels cinquantedeux se trouvaient grièvement blessés. L'ennemi avait eu cinquante-neuf tués dont un officier allemand, le major von den Hagen. Trois mitrailleuses furent capturées, ainsi qu'une grande quantité de menus approvisionnements. La deuxième attaque coûta la vie au capitaine Cochran.

Devant Ismaïlia et Kantara, les tranchées occupées la veille par l'ennemi furent trouvées désertes. La brigade ce Impérial Service Cavalry », soutenue par de l'infanterie, sortit du camp du Chantier VI et repéra à 7 milles dans l'est de Toussoum un corps ennemi considérable estimé à trois ou quatre brigades ; un autre corps turc fut également aperçu à quelques milles plus au nord ; la brigade rentra au camp après avoir capturé vingt-cinq prisonniers et quatre-vingtdix chameaux.

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Le 4 au soir, les forces de la défense s'accroissaient de la Herts Yeomanry, du 2* County of London Ycomanry (Westminster Dragoons) et d'un escadron da Duke of Lancaster's Own Yeomanry. La présence de ces troupes montées n'allait-elle pas permettre de donner une rigoureuse impulsion à la poursuite?

Le 5, les aéroplanes rapportèrent qu'au nord l'ennemi se retirait vers Katia, tandis qu'au centre les fractions du corps ennemi qui s'étaient montrées devant Ismaïlia, Toussoum et Serapeum paraissaient s'être concentrées vers le Djebel Habeita. Au sud, Bir Mabeiuk était encore occupé, et une reconnaissance poussée à Test de Suez rencontra un parti d'infanterie ennemie, près du Djebel Murr.

Le 6, l'ennemi resta sur ses positions. Une reconnaissance par une force mixte avait été prévue pour ce jour-là. Au dernier moment elle fut annulée à la suite d'informations données par les prisonniers annonçant que des renforts considérables étaient attendus par les Turcs. « Comme nous savions, écrit sir John Maxwell à Kitchener, qu'il y avait là le VHP corps et une partie des IIP, IV* et V' corps, réunis contre nous, et comme l'ennemi n'avait montré que vingt mille hommes, j'ai pensé qu'il ne serait pas sûr de quitter nos positions et de rencontrer les Turcs en rase campagne, car il était fort possible qu'ils nous tendissent un pi^e, et je pensais que tout ce qui resse mblerait à un revers, ou même simplement à

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un échec, aurait des résultats fatals en Egypte ^ » Les Turcs purent donc se retirer sans être molestés. Le 7, les aéroplanes trouvèrent le camp du Djebel Habeita désert. Mabeiuk était également évacué, tandis que le point le plus proche occupé par Tennemi, sur la ligne d'approche nord, était Bir el Abd.

Le 9, le seul ennemi repéré le fut dans les camps d'Ël Rigm, de l'Ouadi Muksheib et de Moia Harab. Ainsi le gros du corps expéditionnaire empruntait au retour la même route qu'à l'aller. Le 10 février, quatre cents hommes seulement restaient au camp d'El Rigm et cette colonne d'arrière-garde, s'ébranlant à son tour vers l'est, disparaissait peu après dans le désert.

Ainsi finit l'attaque théâtrale que les Turcs, à l'instigation du Grand Quartier Général allemand, avaient montée contre l'Egypte. Ils n'y laissèrent que deux à trois mille hommes *, mais l'importance de l'échec ne doit pas se mesurer à la faiblesse numérique de leurs pertes*

Si les Allemands ne comptaient pas s'emparer de rÉgypte, tout au moins espéraient-ils s'établir sur les

i. Sir G. Arthur, Life of Kitehener, t. III, p. i07. La lettre est du 16 février 1^5.

2. Les pertes anglaises ne s'élevèrent au total qu'à cent soixantetrois hommes, tant tués qua blessés.

deux rives du canal de Suez et couper temporairement la grande artère par où circule la vie du monde, et particulièrement celle de TËmpire britannique. De ce côté Téchec fut complet. La navigation dans le canal de Suez ne fut interrompue que dans la seule journée du 3 février : elle reprenait dès le lendemain et depuis lors elle n'a jamais cessé *.

Mais Tennemi réussit-il du moins, ainsi que s'en flattait von Falkenhayn, à tenir éloignées du principal théâtre de guerre des forces anglaises importantes? Pas le moins du monde. Les troupes qui, dans l'hiver de 1914, formèrent la majeure partie de la garnison de rÉgypte, sont précisément celles qui, quelques mois plus tard, débarquaient dans la péninsule de Gallipoli et, par leurs fières attaques, portaient l'épouvante un cœur même de l'Empire turc.

Sans crainte désormais pour leur grande ligne de communication avec l'Orient, les hommes d'État anglais purent déployer sur les champs de bataille de l'Europe toutes les ressources de leur immense empire.

La défense du canal de Suez fut assurée, ainsi qu'il convenait à cette œuvre universelle, par des hommes de race et de couleur différentes. L'Europe et l'Asie y mêlèrent leurs troupes et défendirent contre un retour de la barbarie cette noble conquête de Tintelligence humaine.

1. Le jour de Tattaque, il y avait six navires transi teurs dans le canal, tous du nord : le Dilwara au kilomètre 34, le Samarinda k Kantara et quatre navires dans le lac Timsah.

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Meurtrie dans sa chair vive par la plus odieuse des agressions, la France ne pouvait songer à détacher en Orient aucun des vaillants soldats qui défendaient son sol pied à pied. Et cependant elle prit une part importante à la défense du canal et son activité se manifesta sous trois formes :

Son aviation, par des explorations à grand rayon , qui ne furent pas sans péril pour ceux qui les tentèrent, procura régulièrement au haut commandement britannique tous les renseignements concernant les mouvenàents de l'ennemi *.

Sa marine de guerre n'était représentée que par deux navires, vétérans de nos escadres, le Requin et le dEntrecasteaux. Mais le hasard voulut que ces deux vaisseaux fussent placés au centre même de la bataille, et alors le sang-froid des officiers, Thabileté professionnelle des équipages leur permirent de s'acquitter de leur t&che avec un si rare bonheur que l'éloge de leur conduite fut unanime : l'amiral anglais commandant la station, le général anglais commandant la défense du canal et le commandant en chef , sir John Maxwell lui-même, tinrent tour à tour à témoigner au Requin leur appréciation la plus flatteuse sur le rôle important qu'il joua dans ces circonstances critiques*.

Enfin la C!ompagnie du canal de Suez, où battent

1. Dépêche de sir John Maxwell au ministre de la Guerre, 16 février 1915.

2. Le souvenir du Requin demeure également vivace parmi la population française d'Ismallia.

tant de cœurs français, et qui veille en Egypte avec piété sur l'œuvre léguée à Thumanité par Ferdinand de Lesseps, prit à la lutte, sous des formes diverses, une part dont sir John Maxwell se plut à reconnaître rimportance en appelant Tattention du Secrétaire d'État à la guerre sur « les grands services rendus par le comte de Serionne et les fonctionnaires et agents de la Compagnie. Tous, ajoutait-il, du premier au dernier, nous ont été des plus utiles et ont mist sans réserve leurs services personnels et les ressources entières de la Compagnie à ma disposition. Le succès de notre défense a été grandement aidé par leur cordiale coopération*. »

i. Dépêche da 16 férrier 1915.

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