‹ Un érudit [microform]Chapitre 20 sur 43 · LA MARQ^UISE DE LAMBERT · texte numérisé non relu

LA MARQ^UISE DE LAMBERT

sexe. Je voudrois bien que vous le puissiez guérir du mauvais goût qui règne à présent. Ce sont les contes qui ont pris la place des romans : puisqu'on nous bannit , Monseig'", du pays de la raison et du savoir, et qu'on ne nous laisse que Tempire de Timagination, au moins faudroit-il rêver noblement, et que l'esprit et les sentimens eussent quelque part h nos illusions. Vous permettez les romans, et vous les autorisez par votre exemple ; vous en avez fourni un modèle dans celui que vous eûtes la bonté de nous lire. Ce n'est pas la fiction seule qui y plaît, c'est l'agréable; et nous avons une grande disposition à préférer l'illusion agréable au vrai ennuyeux. Redressez, Monseigneur, les goûts qui s'égarent ; appreneznous à penser, même à sentir, comme du temps de Madame de la Fayette, qui a laissé de si parfaits modèles. On n'a qu'a vous lire et a vous imiter pour rappeler la délicatesse et le bon goût qui nous quittent. J'ai celui d'être, avec un attachement infini.

Votre très humble et très obéissante servante,

La Marquise de Lambert

MADAME D'UZES-

A Paris, le 21 septembre 1693,

Vous avez meilleure opinion de moi, Monsieur, que je ne le mérite. La nature a poussé ses droits bien loin, et ma vertu est trop petite pour s'y être opposée. Je regardois mon pauvre enfant en mère et en amie, et, ayant perdu mon père, c'étoit sur mon fils que je reversois mes plus grandes complaisances. La part que vous me témoignez prendre à ma douleur et les bons avis que vous me donnez me seroient un grand sujet de consolation si j'étois en état d'en recevoir; mais la plaie est encore un peu trop vive. Je n'ai pu vous témoigner plutôt ma reconnoiâsance,car ma santé, qui n'étoit pas meilleure que lorsque vous êtes parti, et même un peu plus mauvaise, a reçu un

1. Lisez dans les Divers portraits imprimés en l'année MDCLIX, p. 297 le portrait de M™'^ la comtesse de Novailles, dame d'atour de la Reyne, par M'"*-* la duchesse d'Usez.

MADAME D UZES

tel redoublement en mal que j'ai pensé mourir. Je ne suj pas même persuadée que je puisse en guérir. Mais je ne puis être plus longtemps à vous faire mes remercîmens, à vous demander la continuation de votre amitié et à vous protester, Monsieur, qu'en quelqu'état que je sois, je ne diminuerai jamais rien de l'aiTection et du respect avec lequel je suis à vous.

La Duchesse d'Uzès.

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