‹ Un érudit [microform]Chapitre 21 sur 43 · MADAME D'HARCOURT · texte numérisé non relu

MADAME D'HARCOURT

Ce 1 8 may 1694.

Si quelque chose était capable d'adoucir mon mal, les marques de votre amitié. Monsieur, le feroient assurément; mais J'avoue qu'il n'y a que la vue de la volonté de Dieu qui me puisse faire regarder sans désespoir la chaîne de mes malheurs et Tétat où je suis. Priez-le qu'il soit ma force et ma consolation, et soyez persuadé, Monsieur, que j'ai pour vous toute la vénération et le respect possible.

La Duchesse d'Uzès.

M'' révêque d'Avranches.

A Harcourt, ce 28 may ****

Puisque vous ne voulez point de nos avis. Monsieur, je ne vous en irai pas donner; Mais je serois bien aise d'avoir les vôtres. Ceux qui vous ont fait peur des chemins n'ont pas été par celui des larons; il est fort bon. jyjmc £)g Tesse y passe toujours quand elle va au pays du Maine. J'aime bien mieux avoir l'honneur de vous voir ici qu'à Caen, où je ne serai qu'un jour. Car M'"' de Harcourt et le reste de la famille sont fort fâchés quand j'y vais; au parloir je ne puis vous offrir qu'un dîner dans le dérangement où je suis, car toute la maison est bouleversée. Soyez bien persuadé que personne ne vous ho~ nore plus parfaitement, Monsieur, que

Votre très humble et très obéissante servante,

Genlis, Duchesse de Harcourt.

I. Le manuscrit porte : Mesdames d'Harcourt (page 64); le feuillet suivant qui a été arraché contenait probablement quelque billet d'une parente de la duchesse.

MADAME DE TILLY

MADAME DE TILLY

De Tergant, près Rotterdam, le 19 juillet...

Je commence à croire, Monsieur, que vous n'avez point reçu ma dernière lettre, dans laquelle je vous envoyois quatre des thèses de M. Wolder; cardans le désir où vous étiez de les avoir, vous m'auriez sans doute demandé les autres, sachant que j'en étois saisie. Si le paquet a été perdu, la curiosité en aura été la cause, car on s'apercevoit bien qu'il y avoit un imprimé dedans. Je vous avois demandé si vous vouliez que je vous envoyasse toutes ces thèses à la fois ou seulement quatre à quatre. Vous me ferez savoir votre intention. Le petit ouvrage que vous avez fait contre Descartes a bien remué les esprits, chacun en a voulu dire un mot : plusieurs pour se faire honneur, comme je crois vous l'avoir mandé, en écrivant contre un si grand homme que vous. L'on fait

aussi grand état de ce livre que vous fîtes, il y a environ vingt ans,[de l'Origine des Romans; vous me le donnâtes, et je l'ai laissé en France. Je voudrois bien l'avoir ici, plusieurs personnes me le demandent. L'on réimprime les ouvrages de M. Bochart ^; M. Morin s'est chargé de veiller sur cette impression. Il écrit la vie de cet excellent homme. Il a ramassé quelques dissertations qu'il y joindra. Il y en avoit en François, il les a mises en latin; il dira un mot du Paradis terrestre. M. De Colleville -, qui avoit trente-cinq ou quarante dissertations, n'en fournit pas une seule ; il dit que tout a été perdu quand les dragons ont été chez lui. N'auriez vous rien, Monsieur, de ce grand homme qui a été de vos amis et avec qui vous avez été si familier .?* Il n'étoit pas chiche de ce qu'il avoit et il en faisoit volontiers part à ses amis.

Nous avons à Rotterdam le livre de M^ De Meaux, contre M'" Basnage '^, je ne l'ai point vu; mais l'on m'a dit qu'il s'emporte fort et qu'il l'outrage beaucoup : il n'est pas si sage que vous, ni si près du royaume des Cieux. M'' Basnage m'a dit qu'il fait grand état de votre livre, de l'accord de la raison et de la foi. Ce que vous prouvez, que les payens ont tiré leur culte de la religion Judaïque

1 . On trouvera plus tard des lettres de Bochart, de M. Morin de Basnage et de M. Justel, dont il est parlé dans cette lettre. (L. D'A.). Voyez notre Appendice.

2. Colleville-Le Sueur avait été mis à la Bastille dans la violence des querelles de religion, et on avait saisi ses papiers. (L. D'A.)

3. 11 s'agit ici de Jacques Basnage, fils aîné du célèbre jurisconsulte Henry Basnage; et alors ministre ordinaire à Rotterdam. C'est l'auteur de VHistoire de l'Églhe. L'ouvrage de Bossuet dont parle ici M™^ de Tilly est la défense de VHistoire des VariationSj à laquelle il fit une réponse très vantée par ses correligionnaires. (L. D'A )

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et Chrétienne, lui a donné lieu de penser que vous seriez très propre à réfuter Marchan et Spencer, qui tiennent un langage tout contraire. Je n'ai point lu Marchan, mais j'ai vu Spencer, que je trouve ridicule; car est-il à croire, que Dieu ait donné des lois à son peuple à l'imitation des nations payennes? Je crois, Monsieur, que vous feriez un fort bel ouvrage et fort utile à l'église, si vous vouliez réfuter ces deux auteurs.

M. Basnage m'a prié de vous faire ses complimens : c'est un honnête homme et qui mérite votre estime; il a du sçavoir, un bon cœur et très droit. Ma fille me mande qu'elle vous ira voir. Faites moi la grâce, Monsieur, de lui donner ce billet. Ma famille va s'accroitre par le mariage de mon fils J'espère être grand mère dans neuf mois. Nous n'avons point parlé du mariage de madame de La

G Qu'en dites-vous? cette pauvre femme a fait une

grande faute; vous auriez bien fait de la réveiller, comme vous me réveillâtes quelque années avant que je partisse de France. Vous me mandates que je me gardasse bien de faire trois fautes que M. Justel avoit faites : vendre mes livres, me marier et aller dans les pays étrangers; je vous promis qu'il y en avoit deux que je ne ferois point, mais que, pour la troisième, je ne vous en répondois pas.

Je suis ici fort doucement, à la réserve que je brûle de chaud du temps qu'il fait. Je suis logée dans une chambre qui est de plein pied au Grenier. Je cherche les bons marchés, et j'en trouve plus au haut des maisons qu'au bas. Un de mes amis qui me vint voir hier me dit que c'étoit le non ultra; en effet, je ne puis être plus haut, à moins que je ne sois sur la couverture. En quelque lieu que je sois, croyez, Monsieur, que je penserai toujours à vous avec

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plaisir, et que je vous estimerai et vous aimerai autant que durera ma vie.

De Tcrgant, le 3 d'août...

Je n'aurois jamais cru, Monsieur, qu'on eut eu l'insolence de se saisir de vos paquets. Vous êtes un évêque fameux par votre savoir, qui avez commerce avec toute l'Europe et qui, par conséquent, recevez des manuscrits et toutes sortes d'autres choses de conséquence, auxquels on doit être accoutumé. Ce n'est point en Hollande que l'on vous a fait ce tour. Messieurs les Hollandais ne se mettent point en peine de tous les imprimés qu'on envoyé en France. Plusieurs de mes amis en ont envoyé de Monsieur Jurieu ' et de M^' Bayle, qui ont été reçus très sûrement. Il y avoit quatre thèses dans le paquet quia été perdu : savoir, les n°^ deux, trois, quatre et cinq. Je ne vous les puis envoyer aujourd'hui, car je ne les ai pas; mais je vous enverrai la septième et la huitième. J'ai celles-là doubles, et si elles sont perdues, je pourrai encore les remplacer. J'ai bien aussi la sixième; mais comme elle est unique je ne la veux pas hazarder. J'en ai

I. A l'époque où cette lettre fut écrite, Jurieu était retiré en Hollande, où il enseignait la théologie protestante à Rotterdam. (L. D'A.)

MADAME DE TILLY

MADAME DE TILLY

jusques à dix-neuf de suite. Je pensois bien que je vous les pourrois envoyer quatre par quatre, mais mon paquet étoit un peu mal fait, et on sentoit bien qu'il y avoit un imprimé dedans. Je le vais affermir par quelques feuilles de papier blanc. Je vous mandois, dans ce paquet perdu, que j'étois fort contente De l'accord de la raison et de la foi. Votre raisonnement me semble juste et bon, et ce qui m'en plait plus que tout le reste, ce sont les citations que vous faites de l'Écriture, que vous possédez parfaitement bien. C'est une joie pour moi de voir que vous vous en servez si bien et si à propos; vous m'êtes cher, Monsieur, et très cher; je ne vous aime point comme les amis du monde aiment leurs amis, je vous aime pour désirer de vous voir heureux. La certitude de votre bonheur me donneroit une joie que je ne puis exprimer : vous ne faites rien pour la gloire de Dieu que je n'y sois sensible; il me semble que cela vous approche du ciel.

M"" Beauval m'a emprunté votre livre pour en faire un extrait. J'attends à voir ce qu'il en dira dans le mois prochain, que son livre paraîtra. Tous vos amis ont envie de le voir. M. Guillebert m'a prié de le lui prêter; il vous en a écrit. Sa lettre me fut rendue un jour après le paquet qui a été perdu, et je l'oubliai la dernière fois. M'" Du Bosc m'a chargé de vous faire ses complimens ainsi que M'- Morin. Ils se portent l'un et l'autre fort bien. Je me suis retirée à Tergant pour deux raisons : la première est que ma bourse s'afToiblit beaucoup et on fait ici moins de dépense qu'à Rotterdam; l'autre, qu'il n'y a pas un si grand concours de monde, et qu'on a un peu plus de temps de se recueillir. Je ne suis qu'à deux heures de chemin de Rotterdam; mes amis m'y viennent voir et je puis les

aller voir aisément quand Tenvie m'en prend. Cest proprement une campagne que ce lieu ci; les dehors en sont fort agréables. Le Val passe proche la ville, et l'on se promène sur la digue avec plaisir. Il y a sept ou huit familles de François réfugiés, fort honnêtes gens, qui lisent et qui ont tous les ouvrages nouveaux. Je suis fort doucement. Vous m'obligerez fort de m'envoyer l'Origme des Romans; vous le pourrez donner à M. Jannisson. ^

Ma sœur de S' Contest vous fait ses amitiés; je l'attends ici; elle y seroit sans sa femme de chambre, qui est malade. Ma sœur de Montgommery est avec M. Oldembourg ■. Ma fille m'a mandé qu'elle vous veut aller voir. Je suis très aise quand je sais qu'elle est avec vous; elle ne peut être en meilleure compagnie. Croyez, Monsieur, que mon estime et mon amitié répondent à la votre', et que plus les années passent dessus, plus les nœuds s'en étraignent. Je vous aime beaucoup plus que je ne vous aimois il y a vingt ans. La qualité d'ancien am. a pour moi de grands charmes, et surtout d'un ami tel que vous. Je prie Dieu qu'il vous conserve.

C'est M. Turretin,le fils de celui qui était professeur à Genève, qui me fournit les thèses de M. Wolder. C'est un fort honnête jeune homme, qui n'a pas vingt ans et est déjà très scavant; il prêche fort bien. Mandez-mo. les Lieux de Phalegt où M. Bochard parle du paradis terrestre et où il se contredit.

, En Angleterre, où Oldenbourg e^ait sec

(L. D'A.) CO. oUt K \b-\-])

rélaire de la Société Royale.

MADAME DACIER

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