Tome CV, pages 869 et 1079, et tome CVI, page
7. Septembre-octobre 1876. — Tout récemment deux articles importants sont venus s'ajouter à la bibliographie déjà si considérable de l'évcquc d'Avranches; M. Gaston Lavalley, bibliothécaire à Caen, et un maître do conférences de la Faculté, M. Armand Gasté, viennent de faire imprimer, le premier, des poésies de Huet, le second, deux lettres adressées à Huet par la Princesse Palatine.
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dessein; mais pour atteindre au second d faut rapprocher, grouper, dégager.
Les pièces que nous offrons au lecteur, ces lettres de la
Comtesse de La Fayette et de Madame Dacier, ces billets de Bossuet, ces panégyriques épistolaires de Fléchier et de Fénelon, toutes ces feuilles emportées sur les ailes de V occasion vers une personnalité d'un autre temps ne sont donc pas recueillies et imprimées aujourd'hui par la raison seule quelles sont inédites: elles ressuscitent Huet; or Huet fut
un type.
Celui qui écrivit la Démonstration évangélique et commenta Origène , celui qui fut assez du monde pour être le centre d'une pléiade de comtesses, de duchesses et de marquises, assez courtisan pour devenir le sous-précepteur d'un Dauphin de France , assez pieux pour obtenir la réputation d'un vertueux ecclésiastique ; celui, en un mot , qui réalisa dans l'ordre du caractère ce que Descartes, Fermât, Leibniz firent dans l'ordre de l'esprit, — l'encyclopédisme, ce n'est point Ménage, il ne fut jamais courtisan; ce n'est point Bossuet, qui ne fut ni courtisan ni érudit...
Et .cependant au XV H^ siècle les mauvaises humeurs du spécialiste étaient encore à naître : Montausier était homme du monde et érudit; Fléchier, homme de cour et homme d'église. Un art coloriste, musical, ciseleur, architectonique , un art plus artiste, partant plus spécial et plus difficile, un
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catholicisme plus mystique, n'avaient pas encore remplacé les tiédeurs et le gallicanisme de la période.
Notre premier dessein était de n'admettre que de grands noms, de n'enguirlander que des fleurs dans notre couronne. Mais un peu de verdure ne messied point.
Les manières subtiles de Madame de Bellefont, le dogmatisme de la Marquise de Lambert, la sensibdité de la Duchesse d'Uzes, l'esprit de la Duchesse d'Harcourt, la résignation de Madame de Tilly, les lourdeurs d'Anne Lefèvre, nous ont paru enchâsser dans de gracieux contrastes le naturel un peu ironique et viril de Madame de La Fayette.
Dans chacune de ces perles plus humbles il y a d'ailleurs de l'éclat ; dans les lettres de Madame Dacier il y a de l'imprévu.
(i En 1674, dit une biographie, l'année même où elle venait déjà de se faire connaître par l'édition de Callimaque accompagnée de scholies grecques, d'une traduction latine et de notes critiques, elle devança tous ses collègues en publiant Florus, qui fut bientôt suivi d'Aurelius Victor et d'Eutrope, également ad iisum delphini... Tous ces travaux lui valurent des gratifications du roi et bientôt après une pension, encouragements qui redoublèrent encore son zèle. » Des gratifications et des encouragements ! Lisez ses lettres, et vous ne souhaiterez jamais, avec feu M. de Sacy,
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qu'un bon et général incendie fasse justice des inédits, — ces romans vrais que le dédaigneux critique appelle « des miettes du festin littéraire » '.
Cependant Madame de La Fayette est le joyau princier de la galerie. Ses lettres ont un cachet romantique qui eût délecté l'auteur des Grotesques. (( Je me baigne dans la paresse», écrit-elle quelque part. Ici, presque à chaque page, on trouve de ces inversions, de ces charges d'idées qui évoquent le télégraphe ou le voyage circulaire, toutes les rapidités modernes.
Vous pourriez en dire autant de Madame de Sévigné et de Saint-Simon. Quoi d'étonnant? Si l'argot, c'est-à-dire l'expression familière d'aujourd'hui, est la langue de demain, la forme d'aujourd'hui ne doit-elle pas être le style familier d'hier ?
Avez-vous jamais ouvert Zaïde ? Vous auriez lu ce titre- :
^AIDE, Histoire espagnole, par Monsieur de Segrais,
avec un traitté de l'Origine des Romans Par Monsieur
Huet A Paris, chez Claude Barbin, au Palais, sur le
second Perron de la Sainte Chappelle MDC LXX Avec
1. Rapport sur le progrès des lettres, par MM. Sylvestre de Sacy, Paul Féval, Théophile Gautier et Ed. Thierry... Paris, imprimé par autorisation de Son Exe. le Garde des sceaux à l'Imprimerie impériale, M DCCC LXVIII page 19.
2, Nous en conservons la bizarrerie typographique.
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privilège du Roy. Le roman est-il de Segrais? Est-il de Madame de La Fayette, comme le prétend Huet dans ses Mémoires? Notre onzième billet résout définitivement ce petit problème d'Histoire littéraire.
Les lettres de Madame de La Fayette décoUètent la comtesse; mais les lettres de Bossuet détrônent un monarque.
Une campagne académique et des recommandations banales remplacent les négociations grandioses. Au cortège princier des oraisons funèbres succède un long défilé d'abbés et de bourgeois. Il m s'agit plus d'emprunter à l'Ecriture sainte des niaxinies d'Éial, mais de connaître la prosaïque jurisprudence des chapitres tt des évèques. Piquant déshabillé l celui qui s'est fait l'interprète des desseins de la Providence devient l'écho charitable des racontages d'un polisson sur la valetaille d' autrui.
Moins personnelles, les lettres de Fléchier et de Fénelon sont plus vivement empreintes de la couleur d'alors. Cellesci seraient pédantes pour le plus incorrigible de nos pédants; celles-là choqueraient les orgueils les plus outrecuidants d'aujourd'hui.
u Vos idées sont toujours nobles et sublimes... Quelle profonde érudition ! quelle politesse de langage ! quelle force de raisonnement ! Je n'entreprends pas de vous
donner les louanges que vous méritez; qui est-ce qui les pourrait faire ? » De semblables fadeurs se lisaient et se colportaient. Comment s'étonner après cela des fanfaronnades de Scudéry ? L'honnête Chapelain faisait acte de pénétration lorsqu'il se plaignait de la fatuité de ses contemporains sur la liste des pensionnaires de Sa Majesté.
Nous sommes loin d'avoir épuisé tous les intérêts qu'offrent ces lettres; à quoi servirait de les publier? Une introduction n^ est pas un mémoire. Notre choix ne déflore pas beaucoup plus la correspondance de Fluet. Nous avons systématiquement négligé les pièces qui se recommandent moins par la forme que par l'idée. D'ailleurs un résumé rapide suffit à celles-ci. Le lecteur pourra préciser par notre Appendice quelle place occupèrent dans la pensée de l'homme de cour, de l'homme cV église, de l'homme du monde et de l'érudit , les grands seigneurs, le clergé, les femmes et les lettrés du XV W siècle.
MADAME DE LA FAYETTE
Ce I 5 octobre 1 66i .
Je reçus votre lettre un jour que je m'en allois à la campagne. Je chargeai M. Ménage, qui étoit céans, de vous écrire pour se décharger des reproches que vous lui faites et pour empêcher que vous ne m'en fissiez de ne vous pas faire réponse. Je crois qu'il s'en est aquitté ^ : car malgré Chloé - J'ai encore assez de pouvoir sur lui, pour lui faire faire des choses qui lui plairoient moins que de vous écrire. J'ai aussi écrit à M'" de Segrais, depuis que je suis revenue; mais je n'ai point eu de ses nouvelles, et cela me fait croire que Mademoiselle ^ revient, comme on le dit ici. Elle trouvera le mariage de M"^ de Valois conclu pour la Savoye ; et celui de M"^ d'Alençon fort avancé pour le Dannemarck : J'en vis l'autre jour l'ambas-
1. Nous reproduisons scrupuleusement l'orthographe, la ponctuation et, autant qu'il est possible, toutes les particularités du manuscrit.
2. Il est probable que ce nom de Chloé désigne M^^'^ de Méry, dont il est fort question dans les lettres de M™° de Sévigné, et dont le nom va se représenter plus d'une fois dans celles de M'"*' de La Fayette. {Lechaudé d'Anisy.)
3. U}^^ de Montpensier (Anne-Marie-Louise d'Orléans). [L. d'à.]
2 MADAME DE LA FAYETTE
sadeur chez Madame : Je fus surprise de trouver tous ceux de sa suite parler aussi bon français que moi , et n'avoir pas d'accent étranger. Je ne parlerai de longtemps bon latin si je continue. Je n'ai pas étudié deux heures depuis six semaines; mes voyages de la campagne m'ont bien renversé mes études. Je vous avois bien donné une Princesse ' de Montpensier pour Araminte - ; mais je ne vous l'avois pas remise pour la lui donner comme une de mes œuvres. Elle croira que je suis un vray auteur de profession, de donner comme cela de mes livres. Je vous prie, raccommodez un peu ce que cette imaginative pourroit avoir gâté à l'opinion que je souhaite qu'elle ait de moi. Je ne sçais si madame votre sœur a bien sçu que j'a été dix fois chez elle avant qu'elle soit partie. Je vous conjure de l'assurer que je suis sa très humble servante.
Ce 2 1 novembre ^,
Quoique je sois accouchée très heureusement, contre toutes les apparences, et que l'on travaille à me guérir avec assez de soin L'on y avance si peu, que je n'espère pas mieux de ma santé que lorsque vous étiez ici 4. Je