‹ Un érudit [microform]Chapitre 5 sur 43 · Huet était alors à Caen. (L, d'A · texte numérisé non relu

Huet était alors à Caen. (L, d'A

MADAME DE LA FAYETTE

crois que ma destinée est de n'en point avoir, et je m'y soumets avec une patience qui adoucit mes maux, au lieu que l'inquiétude les aigriroit. Je ne sçais si je dois vous remercier de m'avoir écrit, et si je ne dois point cette marque de votre souvenir, au reproche que vous a fait M. Ménage, de m'avoir oubliée dans le nombre des personnes dont vous lui demandiez des nouvelles.

Néanmoins, comme j'ai grande disposition à vous croire sincère et que vous me priez de vous faire crédit de ce qui pouroit manquer pour m'en persuader tout à fait, je veux bien ne point douter que ce ne soit par l'estime et l'amitié que vous avez pour moi que vous avez songé à m'écrire. Je vous conjure aussi, en récompense, de ne pas douter que je n'aye pour vous toute l'opinion de votre mérite qu'en peuvent avoir les personnes qui vous connaissent le plus particulièrement.

De la Vérone *.

Ce 18 Xtre ,662.

J'ai reçu vos vers latins il y a déjà quelques tems. Je puis, sans faire l'entendue, vous assurer que je les ai lus; mais je ne vous assurerois pas sans présomption que je

I. M'ne de La Fayette (Marie-Madelène Pioche de La Vergne) était fille d'Aymar de La Vergne, maréchal de camp et gouverneur du Havre de Grâce.

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A MADAME DE LA FAYETTE

les eusse entendus; néanmoins, avec le secours de M. Ménage % vous croyez bien que j'en vins à bout. Je suis charmée de ceux où Araminte a part. Je les trouve bien tendres pour pouvoir croire que tous les sentimens portent à faux. Il n'y a point de réparation que M^'^ de Méry - ne vous doive pour l'injure qu'elle vous a faite, et je ne sais comment elle a pu soupçonner un homme dont la sincérité est si bien peinte sur le visage, du moindre artifice du monde. Je m'en vais lui faire réponse et des reproches du tort qu'elle vous a fait; Dieu veuille pourtant qu'elle ne vous en fasse pas de plus grand !

Notre ami Segrais me fait grand pitié d'être si mal instruit des affaires de sa maîtresse \ Il en saura plus de nouvelles quand il sera auprès d'elle. Je ne puis dire à Mad^ votre sœur que je sois au désespoir qu'elle travaille pour moi et qu'elle se veuille bien donner cette peine. Ses ouvrages sont trop agréables pour que la Joie d'en avoir n'étouffe pas tout l'intérêt que je prendrois à sa peine dans une autre occasion. Je vous supplie de l'assurer de mon service très humble.

Ce 20 may i663.

Toutes les fois que l'on m'assurera d'un aussi bon ton que vous le faites dans votre lettre, que l'on prend quelque part à ce qui me touche, je le croirai toujours; et comme je souhaite effectivement votre estime et votre amitié, je me persuade aisément que les marques que vous me donnez de l'une et de l'autre sont très sincères.

Ne vous adressez plus à M'' Ménage pour vos complimens, car il s'en aquitte très mal ; il ne m'a pas dit un seul mot de vous, et je vous préviens que je lui en ferai des reproches de votre part. Je vous rends mille grâces des bontés que vous avez eues pour La Porte, et je les prends volontiers sur mon compte : si elle vous a dit combien je vous estime, je suis assurée que vous en êtes satisfait.

De la Vergne.

1. Ménage avait montré le latin à M'"« de La Fayette. (L. d'A.)

2 M«'« de Méry était sœur de M»'^ de La Trousse et cousine de M"'« de

Sevigné. qui la représente comme une personne d'une mauvaise santé et

d'une humeur difficile. L. d'A.) 3. M''*^ de Moiitpensier, (L. d'A.)

Ce 1 1*^* de juin i 663.

Je m'en vais gronder à mon tour. Je ne suis pas satisfaite de votre lettre; j'y trouve quelque chose d'un homme qui n'a pas encore le cœur bien net et qui n'est pas aussi convaincu que vous le devriez être qu'il a eu tort de se

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plaindre. Il me semble que Je vous ai si bien expliqué que c'est de ce que M. de Corbinelly a donné cet écrit à M"^' de Méry que j'ai été en colère, et non pas de ce que M"'^ de Méry vous l'a montré, qu'il n'y avoit rien à faire que des excuses de vous être fâché. Je ne veux pourtant pas vous gronder; mais cette fois-cy je pardonne au frère en faveur de la sœur, et je ne saurois vous dire que des douceurs, quand je vois devant mes yeux la Nymphe % que m'a envoyée M'^*-' de Pleneville; c'est la plus jolie Nymphe que j'aie jamais vue, et je l'aime mieux aussi que toutes les nymphes que je vis jamais. Vous m'avez tiré d'un grand embarras en m'apprenant qu'elle représente la Constance; M. de Coulanges m'avoit troublé l'esprit en me disant que c'étoit l'innocence. Je viens d'écrire à Mad. Votre sœur pour lui en faire mes remercimens; mais je vous prie de lui en faire encore pour moi. Je ne suis pas contente de ceux que je lui fais. Je ne serai pas non plus contente de vous, si vous ne m'avouez de bon cœur que vous avez eu tort de vous plaindre.

Ce 8 juillet 1663 2.

C'est à M*" de Segrais et à vous que s'adresse cette lettre; ma paresse 'ne veut point désunir ce que l'amitié a

1. Il paraît que cette Nymphe était quelque petit ouvrage fait à l'aiguille ou au crayon par M"'*' de Plenneville, sœur de Huet. (L. d'A.)

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