Un espion fédéral [microforme]
Au début de la guerre civile qui vient de désoler l'Amérique, lorque la lutte s’en Sagea dans le Missouri à peu de distance de la frontière indienne, la plupart des Allemands de Saint-Louis en état de porter les armes embrassèrent la cause fédérale. Poureux le maintien de l’Union était moins un principe politique qu'une
uestion de salut personnel. Adversaires
éclarés de l'esclavage, ils seraient devenus de véritables narias si les sudistes avaient triomphé. Les affaires d’ailleurs allaient si mal, tant de bras demeuraient inoccupés, que beaucoup d’entre eux s’improvisèrent soldats parce qu'ils Craignaient de mourir de faim.
Pour ma part, j'aurais pu conserver ma position chez un des principaux négociants de Saint-Louis; mais je n’avais que vingt-trois ans, et je cédai moins à la né.
cessité qu’à une sorte de fièvre martiale assez COniagieuse alors, Du reste, je n’eus
2e à regretter de m'être enrôlé. A dé. autde connaissances spéciales, je ne manquais pas d’une certaine énergie et j'écrivais avec facilité. Faute de mieux, on me nomma lieutenant, et le général Lyons, lors de sa première Campagne à l'inté.
térieur, voulut bien m’attacher à son état major.
Le gros de notre petite armée, campé en face d’une colline boisée, attendait un rehfort considérable que devait amener le colonel Thompson. Nous ng possédions que de vagues renseignements sur le nombre et laposition des confédérés Nous savions seulement que le gouverneur du Missouri avait appelé sous les ar mes. toute la population mâle de la Pr9vince et qu'il s'apprétait à rejoindre les rebelles, de sorte qu'il importait d'agir avec promplitude. Par malheur, le dis.
trici Où nous campions se Montrait favorable aux sudistes : aussi les blancs dis.
paraissaient-ils comme par enchantement à Qotre approche, tandis que les. nègres, quis’entendaient avec leurs maîtres, affectäient une ignorance si complète que nous avions renoncé à les interroger,
Par une soirée d’une chaleur aCCablante, couché sur l'herbe près deb tente du général, j'écoutais un chœur de mes camarades qui entonnaient au loin, avec dB ensemble admirable, un chant que je
jugéais die de deévénir la Marséillaise dés Américains du Nord. Vivement impressionné par cet appel aux armes, je Comprenais lés gloriéux exploits accomplis par lès compatriotes de Rougét de Lisle, et je me sentais prêt à risquér ma vie dans l'intérét de la bonne cause. Je venais de jeter mon cigaré étéint, quand le ridéau qui cachait l'entrée de la téhte s’ouvrit et le général parut. Je mé lévai aussitôt.
—Ah, c'est vous, Reuter? mé ditil avec un signe de têté amical. Vous vous trouvez là à point nommé, car je désirais causer avec vous. Promenons nous de ce côté—je tiens à ce qu’on ne nous enténde
às.
; dé le suivis. Tout én marchant, il ti- 'aillait sa moustache grisonnanté, géste qui lui était habituel lorsqu'une pensée sérieuse le préoccupait. Dès que nous fûmes arrivés à une certaine distancé dés feux du bivouäc, sur uné petité hâutéur d'où nous apercevions nos séntinéllés ét la lisière d’un bois qu'éciairdient les ba.
ÿons de la lune, il réprit sans élevér la VOix :
—M6s incertitudes atgmentént de Jour en jour. Nous ne savons pas encoré äu juste à qui nous avons äffairé. À ritoins d'obiénit dés réfseignements tañt soit peu exacts, jé craindrais d'exposet fnés ré-
crues à une défaite qui, au début de Ja Campagne, ne Manquerait pas de les dé.
Moraliser. Me voilà donc condamné à l’inactivité...Ai-je eu tort de penser que VOUS pouvez m'indiquer un homme assez intrépide pour exposer sa vie en s'iventu rant dans les lignes ennemies, et assez intelligent pour rendre probable le succès d’une entreprise aussi hasardeuse ?
M'adressa cette Question avec une lenteur calculée, le regard fixé sur moi, Comme s’il eût voulu lire ma pénsée avant d'entendre ma réponse.
—Si vous avez Confiance en MOI, général, donnez-moi vos ordres et J'irai, réph quai-je.
Il ne s'attendait Sans doute pas à me voir prendre une décision aussi prompte ; il garda le silence et se remit à fourmen.
ter sa moustache.
avoue que je songeais à vous, Reuter, dit-il enfin. Notre salut dépend peutêtre de la réussite de cette tentative. Cependant je me crois tenu de vous rappeler que, si on vous reconnaît ce n'est pas la Mort du soldat qui vous attend. On ne fusille pas les espions, on les pend.
Sa franchise me ‘fit probablement pälir car il murmura en hochant la tête et en fronçait les sourcils :
e ne trouverai pas beaucoup de gens disposés à remplir une mission de ce
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genre, et il en est peu auxquels j'oserais la confier.
—J’irai, général, répétai-je honteux d'un premier mouvement de faiblesse. Si
je suis pendu,vous défendrez ma mémoire,
cela me suffit. D'ailleurs, avant de me pendre, il faudra qu'ils me prennent, ajoutai-je gaiment.
Il me tendit la main et serra la mien.
ne.
—J’ai eu raison de compter sur vous, dit-il ; accompagnez-moi jusqu'à ma tente.
Une heure après, déguisé en garçon de ferme et escorté à travers nos lignes par le brave général, je me dirigeais vers la colline boisée dont j'ai parlée. Je portais sur l'épaule un sac de toile qui contenait deux poules et d’autres provisions. J ’ignore d'où provenait le costume que j'avais endossé ; mais le contenu de mon sac avait été rassemblé à grand'peine par le domestique allemand du général afin de varier le menu deson maître. Je n'oublirai jamais le regard indigné que lança le pauvre Franz, quand ilme vit emporses spolia opin:4.
Mon rôle était tout tracé. Je devais me donner pour :» patriote désireux de dédéfendre l'indépendance du Sud, et qui se flattait d'acheter les bonnes grâces de ses chefs en enrichissant le garde-manger
du général confédéré. Devinant qu’on Chercherait à me retenir, j'avais résolu de me Présenter en qualité de Volontaire, quitte à m'échapper à la faveur de Ja nuit.
Il était environ huit heures du soir lorsque le général me donna ses dérnières instructions, et Je ne comptais Pas gagnér
en vue du retour. À mesure que j'avan- Çais, le sentier mal tracé qué je suivais allait s’élargissant et l’'Obscurité diminuaït; je rencontrai même çà et là de grands espaces à moitié Cultivés, et de distance en distance J'entrévoyais une fermé abandonnée.
Le sentier aboutit enfin à üne grand’ route que la lune éclairait en plein, et de Chaquüe côté de laquelle l'herbe avait été
trouvai bientôt en face d’üne jôlie maison Construite en briqués, qui s'élevait an Centre d’un verger entouré d'uné clôture de palissädes. Un balcon rustique, soutenu par déux troncs d'arbres en guise de Co-
t qu’ôn solu de Ontaire, la nuit.
du soir rnières gagnér , Car la s forces j'avan- SUivaIs
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l6fnes, ornait le prémièr étage, dont les croisées étaient encadrées par les larges feuilles d’une plante grimpante qui couvrail presque toute la façade supérieure.
Ce tranquille séjour, qui se dressait au nilieu de la verdure ét du silence dans ün pays déjà dévasté par la guerre, mé fit l'effet d’un temple élevé à la Paix, et je Craignis de m'être écarté du camp des sécessionnistes. Tandis que je réfléchissais, cherchant à m’orienter, une voix me Ph :
— Vous voyagez bien tard, mon garçon ; Où donc allez-vous ?
Au iéme instant, un jeuhé hômimie que jé “avais pas aperçu saüta lestement par dessus la palissade, son fusil à la füain.
Je vis qu'il fallait commencer à jouer non rôle. |
—Atüriez-vous äffaire au camp? reprit mon interlocuteur. Il est d'autant plus Malsain de.se promener au clair de la luñé dans ces paragés qu'on dit que les fédéraux se trouvent à six milles d'ici.
—-Je lé sais, répliquai-je $äns m'émouvoir. J'ai même vu leurs avañt-postés ; Mais j'ai fait un détour de facon à ne pas êtré interrogé.
—Votre discrétion m'étonne, répliqua:til d’un ton narquois: le général Lyons n'a guère que des Allémands sous $és ordes, ét vous n’aüriez pas eu de péiñe à
Passer pour le COMpatriote de ces maudits ‘UNionistes.
>, répétai- Allemand, importe ? Je
PAM AU Aube one QUI voudraient asseryir le Sud, qu'ils soi
ent Allemands, frlandais ou Américains !
al D'autres ont pu donner davantage : Mais je n'ai que cela : à Offrir.
— Allons, je veux bien v pondit-il en me toisant de Les Allemands Ont Ia r Pas savoir mentir, et J'en prêts à mourir plutôt que à ces maudits nordiste
OnS le même chemin, puis-
ous croire, ré-
e fusil sur Yyankee doodie. ette rencontre me parut d'un heureux