‹ Un été à la campagneChapitre 43 sur 45 · LETTRE QUARANTIÈME · texte numérisé non relu

LETTRE QUARANTIÈME

Albert ine à Adèle.

Paris, 8 octobre 18..

Tout comme toi, chère Adèle, me voilà en possession de mari, à moins, cependant, et je serais assez portée à le croire, que mon mari ne soit en puissance de femme.

Je n'ai pas voulu t'écrire aussitôt après mon mariage, et sous le coup de sensations qui m'ont, je te l'avouerai, paru peu agréables.

J'attendais, pour changer, le chapitre des compensations, ce fameux chapitre que tu as lu avec Lucien, depuis le premier jusqu'au dernier feuillet; hélas! ma chère, j'attends toujours: ou mon mari ignore la science des dédommagements, ou le respect profond qu'il professe pour ma personne lui interdit l'usage de certaines ressources dont mon angélique pureté aurait à souffrir, mais dont mes sens s'accommoderaient assurément mieux que ce qu'il m'octroie avec tant de libéralité.

Enfin j'ai poussé l'expérience jusqu'au bout; j'y ai mis toute la conscience imaginable, et je suis obligée de reconnaître aujourd'hui que ma rebelle nature se cabre devant ce qui fait le bonheur des autres femmes.

Je me désespérerais, vraiment, si je n'avais en perspective, et comme fiche de consolation, d'autres plaisirs dont je me suis contentée jusqu'à présent, et qui ont bien aussi leur prix, n'est-il pas vrai?

Albertine.

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