‹ Un été à Meudon (volume 2)Chapitre 16 sur 36 · LE VEUT · texte numérisé non relu

LE VEUT

PROVERBE EK TROTS ÉTAGES, . JoDé avec succès le 1er janvier 1831, et jours suivants.

PEkSONNAGES.

DUPLANTIS. — Ancien tailleur da régiment, (lui parle a^ec majesté

et fait gonner les lettres finales^ et particulièrement les a : légèrement boiteux.

If. DUHAMEL. '— Conseiller à la Cour royale, digne d'être à la

Cour de cassation : ioamotible parfait* M. GRUMELOT. — Mari^ ex-épicier, garde national^ commis à la

loterie, poudré^ bas chinés, ttn parapluie rouge : belle écriture,

lunettes sans branches, et la queue.

MADAME DUPLANTIS. •^ 36 ans, grosse bi^upe, accorte, leste^

usant de la yoix et du geste ayèc prodigalité ou discrétion, suiYant

les circonstances.

MADAME DUHAMEL. — 28 ans, pâle, blonde, délicate, perdue dans

les mousselines et les dentelles ". Yoix douce, regard changeant, les

pieds et les mains d'une distinction rare. MADAME GRUMELOT. — 26 ans, danseuse enracinée, belles formes,

béte, Toix canaille qu*elle adoucit quand elle ne parle ni à son

mari, ni à son fils, ni & sa cuisinière, ni à un garçon de théâtre. LOLO. — 10 ans, gamin destinée Yondre des contre-marques. ANATOLE. — 8 anis, déjà intelligent du mensonge et des bonnes

manières.

GUGUSTE. —■ 9 arfs, petit être étiolé, rongé par le rouge, brisé par

les battements et les plies : insolent, et qui a déjà yu des coulisses. PIERRE. )

FERNAND > '^^^^^ ^^^ gaillards convenables à l'étage où ils se LÉON. ' ) trouvent.

URSULE. — Femme de chambre.

MARIANNE. —Cuisinière.

LE REZ-DE-CâAUSSÉE.

Mm loge àm poriltor.

Tous les meubles d'une loge : une pendule^ ube commode^ un lit, une table, linê foht&lD«, ukte s&upettte et uft pOéle.

6cënë première.

Madame duplàntis, lôLo.

MABAVB SQPbANTISt dtiit la l»|e, «Anpitt 1 Ha%tu Lolo^ a0*tu

ciré les bottes à ton père?

LOLO» en deh»n. Ah ! c'ést cittibdtânt. T«neB« Y'ià une heure que je frotte, ça reluit comme rien du toute (ii nniHê»)

MADAME DUPLANTis. Vcux-tu ptB rekiifler» lùécbant gamin ! Tiens, v'ià mon tablier de la semaine^ moucheHoi x Dieu de Dieu! peutHin avoir un nei dakis cet état-là un jour de Tan t

LOLO, sans prendre le teblier. Ah OUahl le tablier... C'est

fait,

MADAMB DUPLANTIS. SiuT ta manche^ af&eux enfant I sur ta nàanchè.'

LOLO. Ehl elle est vieille»

MADAME DUPLANTIS. Une vcste d'un an, que tu ne mets que depuis six mois à tous les jours^ malpropre {..i TU ricanes! Lolo!..<nericftnepa8t

LOLO. Ëhûla (Midiiki ba^lkâtli lai âwaf M M«fllet* et L*Itt se net à pleMref en teniflant^)

MADAME DUPLANtis. Pleut^) pleute» mo&stre dlngratitude | tu ne mourras jamais que sur réchafattdë

SCi5NE IL MADAME DUPLANTIS, LOLÔ, M. DUPLANTIS, «n beUi, «ne

brosse, de le cire 4 ift maio^ et saadt à frolsea foattat •

DUPLANTIS. Ne pourriez-vous battre cet enfant de la sorte qu'il criât moins fort?

MADAME DUPLANTis. C'cst ça. Et qu'est'-ce qui le batti-a, ce

garnement? Une fois que tu as fait ton escalier, tu ne t'occupes plus à rien. Cest bien! il prospérerait joliment dans le vice avec des leçons comme ça !

DUPLANTis. Je ne suis point injuste : je ne dpaie pas qu'il faille le battre; mais je serais pour qu'il ne criât pas! D'ailleurs, pourquoi frapper cet enfant sur la joue? Dans sa petite intelligence, il peiit prendre cela pour un soufQet, et se sentir humilié. A son âge, je me serais récalcitré.

MADAME DUPLANTIS. C'cst ça, pousscz-le à sa perte...

LOLO, rentrant. Vlà ICS bottCS à papa...

duplaNtis. Ne pleure pas, Lolo, je te donnerai un fusil, un briquet et une giberne; fils d'un brave, tu l'y as des droits...

MADAME DOPLANTis.Âchète-lui;un dé et des aiguilles, et qu'il se mette à l'ouvrage.

LOLO. C'est régalant l'ouvrage.

MADAME DUPLANTIS. Feignant 1 (Fifi qai est dans le bereeau se «et

à pousser des eris aigos.) Pauvrccher petit! Attends, Fifi, attends. Cher ami ! il a des coliques.

DUPLANTIS. Si monsieur Fifi se donne les gants de crier aussi, bonjour, adieu...

MADAME DUPLANTIS. Tu le haïs donc bien. cet enfant? Pauvre Loulou ! il demande à teter à sa pauvre mère. (L'enfant redouble

ses eris.)

LOLO. Ah ! maman, comme ça pue !

MADAME DUPLANTIS, à Fifi. Tu cs t'îndisposé, chcr ami.

DUPLANTIS, prenant nne prise. AmOUr d'cufaut, Va !

MADAME DUPLANTIS. Vous ne pouvez pas le sentir, ce malheureux ! Ta mère t'aimera, va, Fifi, si l'on te haït ici.

DUPLANTIS. Je ne l'haïs point, mais je vais chez le marchand de vin du coin attendre un instant que monsieur Fifi...

MADAME DUPLANTIS. De quoi! chcz le marchand de vin! et qu'est-ce qui va faire les boîtes pour les cartes de visites, et écrire les noms dessus?

DUPLANTIS. Oui? qui les a faites l'an dernière? ce n'est pas moi.

MADAME DUPLANTIS. Au fait ! c'cst pas moi.

DUPLANTIS. Ce n'est pas toi, Lolo; ton éducation ne te le permettait pas.

DES BONS MENAGES, 69

LOLO. Je crois bien, puisque, depuis deux ans, je suis toujoui*s aux bâtons; nous ne commencerons les jambages qu'après Pâques. Eh! papa, c'est le grand Pierre qu'a fait les boîtes et les noms l'an dernière.

MADAME DOPLANTIS, avec émotion. Pierre?

DOPLANTis, lYee dignité. Monsieur Pierre... MADAME DUPLANTis. G'cst vraî, ce garçon faisait tout votre ouvrage'.

DUPLANTIS. Tout mon ouvrage, madame Duplantis.

MADAME DUPLANTIS, ■▼€€ résignation. TiCUS, Duplautis, UC parlons pas de ça! Ah! ça m'a iait assez de peine quand il est parti. Un bon sujet!

DUPLANTIS. En seriez-votts regrettante?

MADAME DUPLANTIS, remettant Fifi diani son berceau, et d*an ton

digne. Regrettante de quoi ? d'un homme dont on a dit qu'il me faisait la cour! je préférerais la mort! Travailler toute la journée à laver les escaliers, les cirer moi-même, passer les nuits à attendre les locataires, je le préférerais que de le, reprendre. Un homme dont ou a pu dire!... Ah! (Elle pieare et «ssnie ses yeox.) Ticus, Lolo, va balayer la cour, je vais faire les boites.

DUPLANTIS. Allons, madame Duplantis, je sais que tu en es incapable... Lolo est trop petit pour balayer, et tu ne sais pas écrire!

MADAME DUPLANTIS. G'cst pourtant pas Pierre qui le fera : et comme tu vas chez le marchand de vin... .

DUPLANTIS, après un moment de silence. Ticns! c'cst la vieille ma-

danoe Quinquelot, du n® 12, qui a cancanné tout ça.

MADAME DUPLANTIS. Yollà ! vollà l'honneur! d'être sacrifiée comme tu me l'as fait à la langue d'une Quinquelot!

LOLO, pleurant. Maman, je lui tortillerai son angola.

MADAME DUPLANTIS. Embrassc ta mère, Lolo; tu sens son chagrin, toi... Monsieur Duplaiitis, cet enfant-là a une âme... Berce ton frère, Lolo, berce-le. Pauvre Fifi, innocente créature ! on l'a soupçonné aussi.

DUPLANTIS, attendri. Allous, ne pleurc pas, ce n'est pas une affaire sans remède.

MADAME DOPLANTiSi pirannt toat bu. Je ne me plaîQS pas; je ne demande rien.

DUPLANTIS, MADAME DUPLANTIS, LOLO« PIERRE. PIERRE^ ooTnat la porte. Un paquet pour madame Duhamel.

LOLO^ eonrant an-deYast de Pierre. Ah! C'est Pierre! BoUJOUr;

as-tu mes étrennesT Je te souhaite la bonne année, (pierre

ambrasse iiolo.)

MADAME DfJPLANTIS^ bas à son mirt.Il a bon cœur^ luî; 11 ne

méprise pas Lolo ; il Faime autant que Fifî. Au lieu que toi !..

DUPLANTIS9 eToe aeeent. BonJouT, Pierre; nous parlions de vous avec mon épouse..

PIERRE. Vous êtes bien bon, monsieur Duplantis. Comme j'avais une commission dans la maison^ Je me suis permis de venir vous voir.

DUPLANTIS. Vous avess bien ftdt, Pierre.

PIERRE. Et de venir vous présenter la bonne année, et, si je l'osais, un petit cadeau d'étrennes... Bonjour, ma me Duplantis.

MADAME DUPLANTIS» d*iin ton affeetaeax, sans se déranger de son oa-

Trage. Bonjour, monsieur Pierre ; bonjour.

LOLO. Y en a-t-il pour moi, dis donc? eh!

PIERRE. Monsieur Duplantis, voulez-vous accepter cette tabatière de peu de chose, mais c'est le cœur qui Toffre.

DUPLANTIS, prenanu Pierre, c'est pour vous que je le fais.

PIERRE. Je ne dois pas oublier que je vous ai servi deux ans; vous ne me refuserez pas de vous en récompenser.

dupLantis. Quel est ce mode de tabatière?

PIERRE. Une révolution des 27, 28 et Si9, avec les noms des héros morts pour la liberté^

duplantis, regardant. C'est vrai! c'Ofit CQCatSe... (n net tes 1 «nettes» et Ut.)

MADAME DUPLANTIS. A propos, commeut va votre blessure^? pierre. Cest fini, marne Duplantis» c'est fini.*. Tiens, Lolo^ voilà la famille royale en pain d'épice.

lOLO. Oh [ comme il y en a !

MADAME iHJPLANTis. Lolo, ne mange pas tout : donne^moi ces huit->là, je vais les mettre dans la commode:

hOhOy époUnt. P b i> Phi^ 1 i p, lip» p e, pe. Ohé! Philippe premier; je vais manger mon Philippe premier.

piSRRB. Marne Dupla»tis, j'ai osi espérer qu'une simple boite à ouvrage...

MADAMa DqpuKTi9» ««^«frMiAt. Mousieur Pierre, Je ne sais pas si...

DUPi.ANTiaj IA1I9 e««ffr d» iif*. Tiens, tiens» accepte; de notre ancien domestique, c'est trop juste.

VADAMB pcPt^ANTia» prenant u i»«itt. MeTci, oionsicur Pierre...

piERRB^ bas. 11 y a un double fond.

DUPLAimS, 6tant ses lanetus «I a'approehant. Quand je pense,

Pierre, que j'aurais pu lire mon nom écrit sur cette tabatière; car enfin^ je pouvais être tué dans le$ tiois jours. piEBRE. Au fait, ça doit être agréable, quand on s'est battu.

MADAME DUPLANTIS, 4 part, après atoir TÎsiti le double fead de U

boUe. Ah! deux cœurs enflammés percés d'une flèche, c'est délicat! (Elle sourit i Pierre et referme la boite,) Lolo , VOiS*tU Cette

boîte !... si tu as le malheur d'y toucher, je te fourre le fouet,

PIERRE, undrement. Le petit va bien?

MADAME DCPLANTis. Fifi? voyez commc il est gentil! Pauvre chéri! il a déjà cinq dents! Gomme il vous regarde !.. U a d^à une connaissance !«. Sit... sit... faites uuq risette k Pierre, ^monsieur Fifi.

PIERRE, attendri. G'cst uu bel enfant.

DUPLAMTis. Je le crois bien.

PIERRE. Maintenant, je vais au premier, remettre ça à madame Duhamel; et pui;s, nous irons avec M. Dupiautis, s*il le veut permettre, boire un litre.

MADAME DOPLANTis. Qu'est-cc que c'est donc qu' ça pour madame Duhamel?... Quel petit paquet! c'est tout léger. On dirait des papiers.,. Ça n'est pas un cadeau bien conséquent.

PIERRE. 11 faut pourtant que ça soit bien précieux, puisque M. Fernand d'Ârtelles m'a recommandé de ne le remettre qu'à elle seule.

MADAMK MPLANTM» Cost drôle l c'est oourtant pas une

lettre... Mais, monsieur Pierre, il est trop matin pour parler madame Duhamel.

PIERRE. Oh! il paraît qu'elle attend ça avec impatience ; et puis, il y a un bon pourboire, et si M. Duplantis veut, en redescendant...

MADAME DCPLANTis. Je suis sûre, Pierre, que yous n'entrerez pas; il faudra donner ça à une femme de chambre, parce que Madame n'est pas levée... au Heur que moi, une femme!

DUPLANTIS. Ma femme a raison.

MADAME DUPLANTIS. Atteudez-moi ici avec Duplantis. Je vais vous avoir votre réponse. Duplantis, fais les boites...

PiBBRB. Merci, mame Duplantis, je vais aider votre mari...

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