‹ Un été dans la SaharaChapitre 9 sur 13 · I \ 1;TL UA.\S l.li SAHAUA · texte numérisé non relu

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écrasée, autrefois peinte en blanc, percée d'ouvertures allongées et surmontée d'une mince croix de Ter : c'est une ancienne mosquée transformée en église. Un peu plus à gauche, et sur la terrasse d'une informe masure en pisé, se promenait une figure en robe noire, avec quelque chose de large et de noir sur la tète; celte demeure est le presbytère, et ce petit personnage obscur, dont la vue d'abord me surprit, c'est le curé.

Le spectacle de la place était animé, et me rappelait, avec un certain mélange de costumes et quelques nouveautés dans les bruits, le mouvement d'une garnison française, dans cet encadiement singulièrement africain. Des chevaux de cavalerie vinrent boire au ruisseau, pêle-mêle avec des ânes, des chameaux et de maigres juments arabes menées par des palefreniers en guenilles; la fontaine au delà était peuplée de toutes sortes de figures remplissant toutes sortes de vases, bidons, gamelles, outres noires, tonneaux. Des sonneries militaires se faisaient entendre à tous les coins de la ville.

Le crépuscule dura peu; des lueurs orangées irradièrent un moment le couchant au-dessus des montagnes plus sombres. Puis tout se décolora. \]n insensible brouillard s'éleva du sol, remonta le long lies dattiers et se répandit sur les cimes, qui devinrent d'un vert froid; et la nuit tomba presque subitemenl.

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Je voulus passer celte soirée-là spul et chez moi; et, quand la nuit fut tout à fait venue, je regagnai ma chambre. II y faisait chaud; mon thermomètre se soutenait à trente et un degrés. Le ciel était magnifique; jamais je n'avais vu tant d'étoiles, ni d'aussi grandes; j'eus de la peine à retrouver la grande Ourse au milieu de cette multitude de feux presque égaux et de même éclat. J'entendis mon domestique ramener les chevaux, les entraver; puis, un pas lourd et un pas plus leste montèrent ensemble l'escalier de pierre. — « Bonne nuit, monsieur, me dit M... en passant devant ma chambre. — Que ta nuit soit bonne, Sidi ?' , me dit Ahmet. Et je n'entendis plus rien dans ma maison.

Le vent se leva; les palmiers faisaient le bruit de la mer , bruit qu'accompagnaient quelques aboiements de chiens fort éloignés et d'innombrables murmures de grillons et de grenouilles; à chaque instant la couverture étendue devant ma porte se soulevait, comme si quelqu'un voulait entrer.

Vers dix heures, un clairon de cavalerie vint sous mes fenêtres sonner le couvre-feu. C'est un air lent et doux, finissant par une note aiguë destinée à se faire entendre de loin.

— Allons, me dis-je, je ne suis pas tout à fait hors de France !

Le musicien répéta l'air une seconde fois, en y introduisant à la reprise des modulations d'un goût

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bizarre; et, pendant quelques minutes, il s'y complut, comme s'il eût joué pour son plaisir.

J'étais étendu sur ma sangle, la bougie allumée, regardant autour de moi mon attirail de route, les murs blancs , le plafond iipir et toute l'étrange nouveauté de ce séjour ; je me levai ; j'aperçus , par les crevasses du mur, une étincelle rouge au fond de la chambre d'Ahmet : c'était l'Arabe qui fumait en attendant le sommeil.

Puis le clairon se tut. D'autres clairons lui répondirent aux extrémités de la ville, plus faibles ou plus distincts; peu à peu ces notes légères du cuivre se dispersèrent une à une , et je n'entendis plus que le bruit des palmes. Alors, me sentant comme une faiblesse au cœur et comme une envie épouvantable de m'attendrir, je soufflai ma bougie, me roulai sur ma sangle, et me dis :

— Eh bien! quoi? ne suis-je pas au lit? chez moi? et ne vais-je pas dormir?

Malheureusement, je ne dormis pas, car j'étais brisé de fatigue, et il y avait avec moi, dans la Maison des hâtes, des liùles sur lesquels je ne comptais |)as.

.luin 1853.

Aujourd'hui, dans la matinée, je me suis laissé conduire au marahout (\e Sidi-el-Hndj-Aïca, théâtre du conibat du 3 décembre; et, pour en finir tout

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de suite avec une histoire étrangère à mes idées de voyage, je te dirai , aussi brièvement que possible, ce que j'ai vu, c'est-à-dire, les traces de la bataille et les lieux qui ont été témoins du siège.

El-Aghouat se développe, de l'est à l'ouest, sur trois collines, sorte d'arête rocheuse, isolée, entre une plaine au nord et le désert sans limite au sud. La pente nord de la ville est entièrement couverte de maisons; celle du sud, plus escarpée, quelquefois à pic, n'est bâtie que de distance en distance et présente, à l'une de ses extrémités, un revers caillouteux; à l'autre, une longue dune de sable jaune.

Les deux sommets extrêmes étaient, au moment du siège, armés chacun d'une tour et de remparts. L'éminence intermédiaire est couronnée par une vaste construction de maçonnerie solide, blanche, sans aucune fenêtre extérieure, aujourd'hui l'hôpital, autrefois la demeure du kalifat Ben-Salem, et nommée Dar-Sfah, maison du rocher, à cause de l'énorme piédestal de rochers bruts sur lequel ce palais-forteresse est planté avec assez d'audace.

Le Dar-Sfah partage la ville en deux parties à peu près égales, et sépare, ou plutôt commande à la fois deux quartiers jadis ennemis : à l'est, les HnUaf; à l'ouest, les Ouled-Scrrin ; ces {\e\i\ quartiers, qui ont eu chacun ses chefs, son gouvernement, ses intérêts à part, n'ont cessé de se batlie

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