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désolée qui présente une image frappante des contrées hyperboréennes. On n'y voit point d'oiseaux de mer rasant la sombre nappe liquide ; Faigle ne plane point au-dessus de ces déserts; le phoque seul se complaît dans les eaux calmes et froides du Saguenay, où il trouve le saumon en abondance.
Voici deux rochers qui semblent vouloir nous barrer la route : ils se dressent l'un en face de l'autre, gigantesques, effrayants. L'un est le cap Trinité, l'autre le cap Éternité. Ici^ les noms répondent aux choses. Le cap Trinité s'élance tout d'un jet, droit comme une tour, à la hauteur effroyable de dix-huit cents pieds au-dessus du niveau des eaux; la sonde n'a pu encore déterminer les dimensions de la base immergée de cet inébranlable monument. Le cap Trinité est dépassé par le cap Éternité, qui paraît cependant moins élevé, parce que ses flancs sont moins abrupts.
Le steamer glisse au pied de ces masses formidables, si près que l'on pourrait presque en toucher les parois. Nous saluâmes d'un coup de canon ces géants contemporains de tous les âges. Un prodigieux écho, semblable à un roulement de tonnerre longtemps prolongé, répondit au bruit de la décharge.
Notre voyage se termina à la baie des Ha! ha! où le paysage offre un aspect riant et enchanteur, qui fait un parfait contraste avec les sublimes horreurs du Saguenay. Cette baie doit son nom bizarre aux cris de joie que poussèrent les premiers explorateurs lorsque, après avoir vainement cherché tout le long[ du Sa-
guenay un endroit favorable pour atterrir, ils purent enfin se reposer ici de leur longue et périlleuse navigation .
Au fond de la baie est le village de Saint-Alphonse, où nous nous arrêtâmes pour prendre une cargaison de bois. Toute la population du village était rassemblée autour du steamer ; ça et là un homme au teint basané, au costume bizarre, dressait sa haute stature au-dessus de cette foule bigarrée : c'était quelque descendant de la célèbre tribu des Algonquins ou Montagnais. On m'a assuré que ces vigoureux Indiens mènent toujours leur vie nomade dans les forêts des environs, au milieu des ours qui abondent dans la contrée.
Le village de Saint-Alphonse et la localité voisine de Chicoutimi vivent du commerce de bois. On m'a présenté à la plupart des notabilités de l'endroit. Ces messieurs voulaient me retenir de force à la baie des Ha ! ha! prétendant que je ne pouvais pas m'en retourner en Europe sans avoir fait une excursion dans l'intérieur, jusqu'au lac Saint-Jean, d'où sort le Saguenay. J'avoue qu'après l'avant-goût que je venais d'avoir de ce pays si pittoresque, il m'a été bien dur de devoir repousser ces sollicitations. On trouve chez ces bons Canadiens la même cordialité que chez les honnêtes populations de la Norvège.
Après une escale de trois heures, le steamer vira de bord. Nous saluâmes de nouveau le cap Éternité, et rentrâmes vers le soir dans les eaux du Saint-Laurent. Le lendemain, j'étais de retour à Québec. En résumé, le