‹ Un été en AmChapitre 22 sur 24 · LE RETOUR. - CONCLUSION · texte numérisé non relu

LE RETOUR. - CONCLUSION

resserré eutre l'ile de Terre-Neuve et les côtes désolées du Labrador. Nous vîmes dans ces parages septentrionaux une magnifique aurore boréale, quantité de baleines, et quelques banquises de glace dont la présence amena un abaissement de température.

Durant toute la traversée, l'Atlantique fut presque aussi calme qu'un lac : le fait est trop rare pour qu'il ne mérite pas d'être signalé. Jamais voyage maritime ne me parut plus court et plus agréable; jamais je n'eus mieux le loisir de contempler ce monde mystérieux, profond, inconnu, qu'on appelle la mer.

La mer! on l'a sondée, on l'a explorée jusque dans ses plus inaccessibles profondeurs; l'électricité transporte dans son sein la parole humaine, que ni ses tempêtes, ni ses orages ne peuvent étouffer; et, cependant, malgré Vœs triplex dont parle Horace, la mer est toujours pour nous cette force inconstante et insoumise, perfide et capricieuse , aujourd'hui douce , belle et flatteuse comme une sirène, demain féroce et traître comme une lionne, force brutale et sauvage que l'homme connaît peu, et qui ne connaît point l'homme. Ce n'est pas pour l'homme que sont ses menaces, mais pour les îles, les montagnes, les continents qui l'étreignent. C'est au firmament et aux étoiles qu'elle jette ses .plaintes sonores. Pas un seul de ses mugissements ne s'adresse à l'imperceptible atome qui vogue sur l'immensité de ses flots. Il n'est rien qui humilie l'orgueil humain comme la contemplation de l'Océan.

Après une geniaiile pa««ée entre le eiel et l'eau, j'a^

perçus avec une douce satisfaction les côtes septentrionales de l'Irlande. La petite ville de Moville , où nous fîmes escale vers le soir, est située au fond d'une baie qui ne le cède pas en beauté à celle de Queenstown. Nous doublâmes ensuite le célèbre promontoire de Giants' Causeway, dont les roches basaltiques sont si régulières, qu'il semble que des géants y aient appliqué réquerre. Le cap de Giants' Causeway m'a paru aussi imposant que le cap Nord. Plus loin, nous eûmes en même temps en vue les rivages de la verte Erin et les côtes montagneuses de l'Ecosse, se profdant dans un prodigieux éloignement sous les noirs nuages qui assombrissaient la mer. Tous les passagers convinrent que ce paysage maritime rivalisait de grandeur avec le Saint- Laurent.

Le lendemain, le Peruvian nous déposait sains et saufs sur les quais splendides de Liverpool. Je ne fis que traverser l'Angleterre et courus tout droit à mes chères Pyrénées que je voulais revoir encore et comparer aux montagnes Rocheuses. Puis, je regagnai mes pénates, en m'écriant, comme le Savoyard :

Oh ! yonder is the well-known spot, My dear, my long lost native home !

Oh ! welcome is yon little cot, Where I shall rest, no more to roam !

Je termine [ici ces notes sur l'Amérique. Je crois n*avoir pas été irrévérencieux envers les Yankees au point

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