‹ Un faitParis comedievaudeville en un acteChapitre 4 sur 21 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

par son domestique!... C’est le comble de l’humiliation ! et c’est mon histoire! Ce cultivateur de Normandie qui a disparu de son domicile, c’est moi, moi qui ne suis pas Joseph, domestique, mais Charles Nourrisson, propriétaire d’une grande quantité d’hectares! Ce qui m’amène ici, sous ce déguisement, ce qui m’a exposé à ce décès pendant ma vie... c’est l’amour! l’amour! l’amour! ! ! J’aime la fille de cet imbécile, Angélique Ganachard ! Je la rencontrai pour la première fois à la Gaîté. Elle était au balcon avec l’auteur présumé de ses jours; moi, je languissais à l’orchestre! On jouait un gros mélodrame plein de perfidies et de fausses trappes ; la pauvre enfant mangeait des oranges et pleurait à chaudes larmes! Cette émotion me révéla un cœur sensible... Le spectacle fini, je suivis cette céleste apparition; elle rayonnait rue de la Boule-Rouge, 7!f bis, ici môme! Je louai une chambre dans un affreux garni en face; je me rais en pension chez un gargotier du voisinage; j’appris que ce veuf aisé était père d’une jeune fille qui aime les oranges, età qui il tient lieude mère... Je risquai ma demande en mariage ; j’entrai dans le détail de mes génisses, de mes hectares, <îe mes petits agréments de société et de mes rentes sur le grand livre. Huit lettres restèrent sans réponse... (Tirant une lettre de sa poche.) Et Voici Celle que je reçus après la neuvième. (Lisant.) « Monsieur Nourrisson, j’ai servi quatre ans au 9® dragons, trois ans au 2* carabiniers, cinq ans au 8 e lanciers, deux ans au 3 e d’artillerie et dix-sept ans aux tirailleurs indigènes, turcos... je suis une fine lame et un admirable tireur; si je vois encore votre écriture, je vous envoie deux amis, anciens militaires comme moi, et envenimant toujours les affaires qu’ils sont chargés d’arranger. Mille choses impolies, Ganachard. » Je crus que ma dignité m’ordonnait de garder le silence après cette épître brutale ; je n’avais jamais été au service ; je dépérissais de douleur et d’amour, lorsque j’appris par la portière, que j’avais séduite... pécuniairement parlant... que M. Ganachard cherchait un domestique. Je revêtis immédiatement le gilet, la veste et le nom de mon domestique, je disparus de mon domicile, sans lui rien dire... ce qui fait que cet imbécile m’a cru noyé, comme ce Fait-Paris vient de me l’apprendre... Je me présentai à M. Ganachard, je demandai cinquante francs de gage pour trois ans et pas de vin... je fus reçu avec enthousiasme, et depuis huit jours je suis domestique!... Un Nourrisson ! Me voici donc près de celle que j’aime, mais, plein d’émotion, je n’ose lui faire ma déclaration !.. (Secouant la robe de chambre, avec fureur. — Un papier tombe de l’une de ses poches.) Qu’est-ce que cela?., (il le ramasse.) Une lettre!., à M. Ganachard!.. (il ouvre et lit.) « Monsieur Ganachard, je vous invite à cesser vos visites chez mademoiselle de Saint-Plon, que vos importunités importunent... autrement, mon vieux farceur, vous me feriez sortir de mon caractère, et je vous forcerais

UN FAIT-PARIS

d’évacuer la place. Bismuth, ex-pharmacien major au 195* pontonniers. » Est-il possible?.. Ce vieillard serait dérangé!., remettons cette lettre... dans ma poche... ma position me prescrit toute espèce d’indélicatesse...

ANGELIQUE, eu dehors.

Joseph!

NOURRISSON

C’est elle!., ô Cupidon!.. petit dieu malin, soutiens-moi!

(U jette la robe de chambre sur une chaise.)

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