Sans la langue en un mot Tauleur le plus divin
\o. Moi à qui ta louange échauffe la pensée
Des fureurs d'Apollon sainement offensée. iiO. La louange agréable est Tâme des beaux vers.
\o. Les livres ont à Mars les armes fait porter, Le trident à Neptun, la foudre à Jupiter, Les ailes à Mercure...
BO. Ce n'est plus la vapeur qui produit le tonnerre C'est Jupiter armé pour effrayer la terre, Un orage terrible aux yeux des matelots C'est Neptune en courroux qui gourmande les flots.
RO. Oyant ces mots sortis de la bouche des grâces. BO. Que leurs tendres écrits par les grâces dictés.
RO. Au bord prochain se sauve du hasard.
BO. iJrs que le bord parait, sans songer où je suis, Je me sauve à la nage et f aborde où je jmis.
IRO. Et les furies qui ont soing
Venger le mal, tiennent au poing Les couleuvres qui me tourmentent.
Ibo. Résous-toi, pauvre époux, à vivre de couleuvres.
|ro. Or ce fils bien-aimé qu'on nomme Jésus-Christ, Au ventre virginal conçu du Saint-Esprit,
Vestit sa déité d'une nature humaine Et sans péché porta de ses péchés la peine. BO. Pour tirer Thomme enfin de ce désordre extrême, Il fallut qu'ici-bas, Dieu fait homme lui-même^ Vint du sein lumineux de Téternel séjour De tes dogmes trompeurs dissiper le faux jour.
Ro. Il fut très admirable en œuvre et en parole.
Aux morts il fit revoir la clarté de nos cieux.
Rendit Voreille aux sourds, aux aveugles les yeux...
Et de son corps divin, mortellement vêtu,
Les miracles sortaient, témoins de sa vertu. BO. A l'aspect de ce Dieu les démons disparurent.
Dans Delphes, dans Delos, les oracles se turent.
Tout marqua, tout sentit sa venue en ces lieux.
L'estropié marcha, l'aveugle ouvrit les yeux.
RO. Le peuple qui avait la cervelle endurcie
Le fit monter en croix, suivant la prophétie... Quand vainqueur de la mort dans le ciel se haussa. Pour gouverner les siens une Église il laissa... Cette Eglise première, en Jésus-Christ fondée, Pleine du Saint-Esprit apparut en Judée, Puis saint Paul, le vaisseau de grâce et de savoir, La fit ardentement en Grèce recevoir, Puis elle vint à Rome et de là fut portée Bien loin, aux quatre joarts de la terre habitée.
Mais bienlôt contre lui ion audace rebelle, Chez la nation même à son culte fidèle, De tous cotés arma tes nombreux sectateurs... Au tribunal humain le Dieu du ciel traîné Et l'auleurde la vie à mourir condamné... Dans la nuit du tombeau ce Dieu précipité, Se releva soudain tout brillant de clarté. Et partout sa doctrine en peu de temps j^ortée, Fut du Gange et du Nil et du Tage écoutée.
Tantôt Calvinien, tantôt Luthérien,
Suivre son propre avis, non celui de V Eglise.
Morte est V autorité, chacun vit à sa guise...
Je suis plein de dépit quand les femmes fragiles
Interprètent en vain le sens des Evangiles...
Je meurs quand les enfants qui n'ont point de raison
Vont disputant de Dieu qu'on ne saurait comprendre.
Quand Luther et Calvin, remplis de ton savoir,
Et soit disant choisis pour réformer f Eglise...
Le plus vil artisan eut ses dogmes à soi,
Et chaque chrétien fut de différente loi...
Alors n admettant plus dautorité visible.
Chacun fut de la loi censé juge infaillible.
Fut protestant, fut pape, une Bible à la main.
Et son vers tournoyé Au flot de les honneurs serait bientôt nové.
Bo. Il fait beau s"y noyer, si nous nous y noyons.
— Pour peu qu'on s'en écarte, aussitôt on se noie.
JEAN DE LA JESSÉE SUR RONSARD Au sujet de la FranciadeK
Je ne veux comme aucuns, sans vergogne et sans
[crainte, T'égasler, mon Ronsard, à la montagne enceinte^ Car le bruit et succès de tes autres escrits Rembarre d'assez loin ces criards et ces cris. BO. Que produira l'auteur après tous ces grands cris? La montagne en travail enfante une souris.
RO. Et tes aïeux et si n'avaient su faire
Ce qu'en un jour tu nous as su parfaire. BO. Déjuger si les Grecs, qui brisèrent ses tours, Firent plus en dix ans que Louis en dix jours.
RO. Dans un lit nngoiseux lui viendra fermer Vœil.
Que la commune mort sans renommée assomme
Dans un lit inconnu...
BO. Se font des mois entiers sur un lit effronté
Traiter d'une visible et parfaite santé.
1. Le Lutrin et l'Art poétique ont été publiés, année pour année, cent ans après la Franciade.
H(i. J'ai bien voulu l'en donner quelques règles (AUrégé de
VArf poétique français).
jn. Dont je veux bien * ici le crayonner Ihisloire.
\o. La flamme éparse autour du ventre large (des chaudrons). îO. La cruche au large ventre est vide en un instant.
\o. Un long soupir entrebaigné de pleurs.
jo. A ce triste discours qu'un long soupir achève.
RO. Comme un enfant pendait à sa mamelle
Le jeu trompeur, la fraude, la cautelle, Les ris, les pleurs, les guerres et la paix Trêves, discords et accords imparfaits...
JO. La disette au teint blême et la triste famine, Les chagrins dévorants et l'infâme ruine
^ Enfants infortunés de ses raffinements... 0. Meurt toujours accueilli d une pâle famine.
\o. Quand quelque maladie,
Ou la fièvre ou la peste, étonne notre vie. il). Et la fièvre, au retour, terminant son destin.
!;u. Il faudra que de même il loue aussi la peste
La Famine, la Mort, qui sont présents des Dieux, Et toutefois ce sont présents très odieux.
1. «Je veux bien », expression favorite de Boileau, dans ce sens; Corneille l'emploie également.
BO. Que Jaquin vive ici, dont l'adresse funeste
A plus causé de maux que la guerre et la peste.
RO. Quand tu n'as qu'une robe et que tu meurs de faim, BO. L'habit qu'il eut sur lui fut son seul héritage.
RO. S'emmegrissant et tuant sous la peine.
BO. Dans le rude métier où mon esprit se tue.
RO. Et monstre par sa mine
Qu'il connaît bien qu'il porte une charge divine. BO. Son coursier écumant sous son maître intrépide
Nage tout orgueilleux de la main qui le guide. *
RO. Où le docte ciseau d'un art présoniplueur.
BO. Et n'aime point l'orgueil d'un vers présomplueux.
RO. Et que je vois d'un œil trouble
Le ciel douljlc Doubler un autre soleil.
BO. Dieu disparut lui-même à leurs troubles regards.
RO. Si vivement imitant la nature,
Que l'œil ravi se trompe en leur peinture. BO. A ces petits défauts, marqués dans sa peinture L'esprit avec plaisir reconnaît la nature.
RO. Tempère un peu ma pensée
Insensée Du plaisir de ta fureur.
BO. Si d'un beau mouvement ïagréable fureur.
— Pour te faire à toi-même en rimes insensées Un bizarre portrait de tes folles pensées.
RO. Si que les rois de l'Europe couverte.
De tant d'honneurs, sont rirlies de sa perle. BO. Depuis toujours ici, riche de leur ruine.
RO. Son teint était plombe, ses yeux hâves et creux. BO. Un dévot aux yeux creux et d'abstinence blême.
RO. Où jamais la vertu quen fard ne iest montrée. BO. On a beau se farder aux yeux de r Univers.
— Tout ne fut plus que fard, qu'erreur, que tromperie.
RO. Cent procès engendrés de ce mot : Tien et Mien. BO. Et le mien et le tien, deux frères sourcilleux, Par son ordre amenant les ptrorès et la guerre.
RO. Tant d'erreurs que l'abus a faussement conçus. jj BO. Pourquoi donc voulez-vous que par un 50^ abus
Chacun respecte en vous un honneur qui n'est plus? RO. Le vain abus de leurs vains sonores.
RO. Quelque déguisement dont l'homme soit vêtu. BO. Qu'il voit de toutes parts les hommes bigarrés.
RO. Ni le Palais criard, les princes, ni le roi.
BO. La chicane en fureur mugir dans la grandsalle.
RO. Mais tu ne veux souffrir qu'un trésor dans le Louvre Se moisissant en vain d'une rouille se couvre.
BO. Profitant cl"un trésor dans tes mains inutile. RO. Haïr la fane et les glands inutiles.
Puis languissent de faim auprès de leur trésor.
RO. Fait hérisser en joyeuses forêts
Parmi les champs les présents de Cérès. BO. Grossit ses magasins des trésors de Cérés. — Le chardon importun hérissa les guéréts. RO. Deux ou trois fois Tannée importune les champs.
RO, Et ses pieds endurcis aux flots de la tempête. BO. J'irai par ma constance, aux aftVonts endurci.
RO. Et à bien déguiser la vérité des choses
Du fabuleux manteau dont elles sont encloses.
BO. De toute fiction Vadroite fausseté
Xe tend qu'à faire aux yeux briller la vérité.
RO. Grand duc et pair, grand en tout, dont la vie
A surmonté soi-mêmes et Tenvie.
BO. La mort seule ici-bas en terminant sa vie,
Peut calmer sur son nom l'injustice et l'envie.
RO. Or comme on voit qu'un bon athlète antique. Bo. Ramène sur les rangs encor ce vain athlète.
RO. Lors les Français devenus furieux
Par la verlu du duc victorieux.
AUTRES VERS DE RONSARD IMITÉS PAR ROILEAU. Hi