Et vous princes du sang de qui la noble race
Dès le premier berceau vous inspire une audace. *
). Lors ton frère de Guise élancé d'un plein saut
Vers le rempart connu...
). Du fameux fort de Shlnk prend la route connue. *
RO. Ainsi quune tempête amenait un orage
De soldats tous armés...
BO. De tant de coups affreux la tempête orageuse ^ *
0. Et comme tout le Rhin, effrayé de ses bandes, Le confessa seigneur de ses eaux allemandes. BO. Abandonne à Louis la victoire et ses bords. *
RO. Effrayait TEspagnol d"une horrible menace. BO. Le Rhin les voit dun œil qui porte la menace.
RO. Du tout désespéré de fortune meilleure.
BO. Et seul désespéré, pleurant ses vains efforts. *
RO. Escartait parmi Tair un monstrueux éclair.
BO. Parcourt tous les recoins d'un monstrueux pâté.
RO. D'une grande Déesse heureusement féconde. Bo. A servir ses desseins ta vic-ilance heureuse.
RO. Et du gentil Bacchus la liqueur secourable. BO. Il est vrai que du roi la bonté secourable.
RO. Sous l'espoir incertain dune menteuse attente.
BO. Conduit d'un vain espoir il parut à la Cour.
RO. Presque en un même instant conduit de la Fortune.
BO. N'avait d'un art menteur enseigné les détours.
1. L'imitation parait évidente, mais de la métaphore, plutôt hardie, de Ronsard, Boileau n'a su faire qu'un incolore pléonasme. (Voir notre essai critique sur l'épître IV.)
RO. Là comme hors de moi j'accusai la Fortune Oui ne me fut jamais que marâtre importune.
BO. Quittons donc pour jamais une ville importune Où l'honneur a toujours guerre avec la Fortune.
RO. Le lourd peuple ignorant, grosse masse de chair. BO. Ni sa masse de chair bizarrement taillée.
KO. Quand on n'avance point aux honneurs des poètes. BO. N'allons point à Vhonneur par de honteuses brigues.
RO. Dépit^ triste, pensif, rêoeur, mélancolique. BO. Rêveur, sombre, inquiet, à soi-même ennuyeux.
RO. Les Palais, les marchés pompeusement fleurissent. BO. Combien pour quelques mois ont vu fleurir leur livre? RO, Je le dirai afin que cette histoire
En tous endroits fleurisse par mémoire.
RO. Ami Belot, que l'honneur accompagne.
BO. Un fou, rempli d'erreurs, que le trouble accompagne.
RO. Méchante, piperesse, abominable, infâme. BO. Qu'un sentiment impie, injuste, abominable.
RO. Sans foi, sans loi, sans lieu, vaguante sans arrêt. BO. Courir comme un bandit qui na ni feu ni lieu.
^0- La riche pompe de tes vers.
BO. Doit éclater sans pompe une élégante idylle.
RO. Elevant d'un superbe front
Leurs victoires sur THélespont.
Bo. Je t'attends dans deux ans aux bords de THellespont. *
RO. Maints palais élevés d'un front ambitieux.
BO. Que l'oppresseur ne montre un front audacieux.
RO. Tout ainsi que V abeille, animal né du ciel, Choisit les belles fleurs pour en faire du miel.
BO. Comme on voit, au printemps, la diligente abeille Qui, du butin des fleurs, va composer son miel.
RO. Voici un printemps qui soupire
Ses fleurs au milieu de l'hiver.
ED. Receler le printemps au milieu des hivers ^
1. C'est ici le lieu de répéter ce qui a déjà été dit au sujet de l'ensemble de nos extraits. Il est fort possible qu'un certain nombre des passages que nous rapprochons n'aient pas été directement imités l'un de l'autre: réminiscences heureuses, expressions empruntées au vocabulaire poétique courant, notes prises, la plume à la main, à la lecture des auteurs, suivant la recommandation constante des pédagogues du temps, voilà autant d'hypothèses vraisemblables ou permises. Au surplus, la langue du xvu® siècle, au temps de Boileau, est si dilîérente de celle du xvi^ au temps de Ronsard, qu'il serait puéril d'exiger, comme preuve de l'imitation, une identité absolue de la copie et du modèle. Pour mieux préciser notre pensée par quelques exemples, nous indiquons en italiques, dans ce chapitre, les idées et les termes dont l'analogie nous parait plus particulièrement digne d'attention. 11 n'est pas besoin de rayons Rôntgen pour éclairer ces plagiats dissimulés cependant avec un art assez adroit.
« Car sans parler de Ronsard qui a choisi le même Astyanax pour le héros de sa Franciade... »
Racine (Préface d'Androinaque).
Viendront couverts du sang que je vous ai promis. Aux lieux promis où son Destin le mène.
Ahl fallait-il en croire une amante insensée? Ne devais-tu pas lire au fond de ma pensée?
Ce puissant Dieu qui blesse les pensées
D'un trait félon les avait insensées.
Tu mapportes, cruel, le malheur qui te suit. Comme héritier du malheur des Troyens.
Voilà ses yeux, sa bouche et déjà son audace. Serve sous les pieds de cette Argive audace Puissant de faits, de parole et d audace, Son front, ses yeux, sa parole et sa grâce.
1. Les passages que nous citons sont tirés exclusivement de la Franciade et d'Andromaque.
U6 RACINE ET ROxNSARD.
RA. Quoi! votre amour se veut charger d'une Furie? RO. Cette Furie excécrable aux François.
RA. Quand nos Etats vengés jouiront de mes soins. RO. Où toute nuit jouiront du repos.
RA. Tandis que je serai la fable de TEmpire. RO. Ne veulent point que fable je me fasse.
RA. Et cette nuit sans peine une secrète voie
Jusqu'à votre vaisseau conduira cette proie. RO. Le dédaignant comme fait en sa voie
Le grand lion une petite proie.
RA. Pardonner à l'éclat d'une illustre infortune. RO. Ne pardonnant à temples ni moutiers.
RA. J'ai vu mon père mort et nos murs embrasés, J'ai vu trancher les jours de ma famille entière Et mon époux sanglant traîné dans la poussière. RO. Les feux qui reluisaient
Sur les maisons à flammes enfumées, Femmes, enfants et vieillards enchaînés De leurs maisons parles cheveux traînés.
RA. Ah! s'il Tétait assez pour nous laisser du moins Au tombeau qu'à sa cendre ont élevé mes soins Et que finissant là sa haine et nos misères Il ne séparait point des dépouilles si chères.
Que tu ferais mes obsèques funèbres Clouant mes yeux enfermés de ténèbres Pour m'enterrer au bord de ce rivap^e, (Car aux bannis il n'en faut davantage), Serrant ensemble en un môme repos De mon mari les cendres et les os.
— Sur le tombeau qui finit les douleurs.
i. Et traîné sans honneur autour de nos murailles.
Comme inconnu, sans sceptre et sans honneur.
\. Dois-je oubher son père à ses pieds renversé Ensanglantant Tautel qu'il tenait embrassé!
). Fait que Priam meurtri dessus sa race
De son sang tiède ensanglantant ma face, Du cruel Pyrrhe au point de mort pressé. Tenant des mains mon image embrassé.
A. Songe, songe, Cephise, à cette nuit cruelle
Oui fut pour tout un peuple une nuit éternelle. 0. Jamais au cœur je n'eus nulle tristesse
Que j'eus la nuit qu'on brûlait Illion...
Un si cruel effort Montrant partout l'image de la mort.
— Je fus sauvé de la flamme cruelle.
A. Figure-toi Pyrrhus les yeux étincelants Entrant à la lueur de nos palais fumants.
RO. Les feux qui reluisaient
Donnaient lumière aux princes des armées... Là forcenaient deux tigres sans merci Le grand Atride et le petit aussi.
RA. Par la flamme étouffés, sous le fer expirants. RO. Du fer ensemble et du feu combattu.
RA. Peins-toi dans ces horreurs Andromaque éperdue.
RO. Ils poursuivaient au travers de la flamme
Du preux Hector, Andromaque la femme, Qui déplorant pour néant son destin...
RA. Ce fils, ma seule joie et l'image d'Hector.
RO. Seul tu étais mon plaisir et ma peur...
Presse son fils à qui la vraie image Du père sien était peinte au visage.
RA. Et je laisse avec lui périr tous ses aïeux. RO. Plein des tombeaux de ses nobles aïeux.
RA. Mais pour voir avec lui renaître tant de rcs. RO. Et qu'un jour il fer.iit
Naître des rois.
— Voir ces grands rois qui viendront de ta race.
RA. Et de sang tout couvert échauffant le courage. RO. A la vertu réchauffant leur courage.
RACINE ET RONSARD. Hg
Fais connaître à mon fils les héros de ta race, Autant que tu pourras conduis-le sur leur trace.
Un fainéant dévoyé de la trace
De sa très noble et vertueuse race...
Donne qu'un jour quelqu'un de notre race
Refonde Troie...
— De cet accord pourra naître une race
Grande en honneurs, de cette terre rois.
Quoi! vous en attendrez quelqu'injure nouvelle! La vieille injure appelle la nouvelle.
Et je lui porte enfin mon cœur à dévorer. Et de leurs cœurs avait fait son trophée.
Il croit que toujours faible et d'un cœur incertain. Touchant les murs d'une main incertaine.
Que ne peut l'amitié conduite par l'amour! La beauté fut d'amour accompagnée.
Vous me trompiez, seigneur, - Je me trompais moi- Je suis perdue et ne me puis trouver. [même.
Ton cœur impatient de revoir ta Troyenne.
Tu lui parles du cœur, tu la cherches des yeux. Et que ma sœur ce Troyen aime mieux Que son cœur propre et le jour de ses yeux.
Tout cela part d'un cœur toujours maître de soi! Un amoureux sur lui n'a point de loi.
RA. Ta haine a pris plaisir à former ma misère. RO. Mais les destins, auteurs de mes misères,
Contre mon gré me traînent...
RA. Un destin plus heureux vous conduit en Épire.
— Je me livre en aveugle au destin qui m'entraîne.
RA. Songez à tous ces rois que vous représentez. RO. Oui de maintien représente un grand roi.
RA. Vous-même de vos soins craignez la récompense. RO. Il trahirait mon amour sans guerdon.
RA. La victoire et la nuit plus cruelle que nous
Nous excitent au meurtre et confondent nos coups. RO. Tu vis sans vie et folle tu n'as soin
(Cruelle à toij, de toi-même au besoin.
RA. Non, seigneur, que les Grecs cherchent quelque autre
RO. Comme un corsaire, un pirate de mer [proie I
Oui va cherchant par les ondes sa proie.
RA. Je ne crains pas enfin que Pyrrhus la retienne, Il n'a devant ses yeux que sa chère Troyenne! RO. De ce Troyen toujours le beau visage
Ravie en lui pensive me retient.
RO. D'amour, de peine et de rage frappée.
RA. Ahl ne puis-je savoir si j'aime ou si je hais!
Le perfide triomphe, il se rit de ma rage. RO. Tu vois sa plaie et te moques de lui.
RA. J'apprends que pour ravir son enfant au supplice Andromaque trompa Tingénieux Ulysse Tandis qu'un autre enfant arraché de ses bras Sous le nom de son fils fut conduit au trépas. RO. D'entre ses bras je dérobai le fils
Lors en sa place une feinte je fis...
Je le sauvai de Fépée homicide, De vain sans plus fut proie d'Eacide.
RA. Et que dans votre sein ce serpent élevé. ^0. Un long serpent qui se ghssant lui perce
Foie et poumons...
RA. Oui, seigneur, lorsqu'aux pieds des murs fumants de
[Troie, Les vainqueurs tout sanglants partagèrent leur proie. \0, L'une sur l'autre amoncelaient la proie,
Tout l'or captif de Priam et de Troie.
RA. On craint qu'avec Hector, Troie un jour ne renaisse. \0. Pour y fonder une nouvelle Troie.
Replanter Troie et la race Hectorée.
u. Le seul bien qui me reste et d'Hector et de Troie, io. Me restait seul de toute parenté.
u. Hélas ! on ne craint point qu'il venge un jour son père. ^0. Sans du malheur les Troyens revanger.
RA. On craint qu'il n'essuyât les larmes de sa mère. RO. En le voyant j'allégeais ma tristesse.
RA. Il m'avait tenu lieu d'un père et d'un époux. RO. Enfant, mari, seul mon frère et ma sœur,
Seul père et mère...
Me consola de favoir enfanté.
RA. Je mourrai, mais au moins ma mort me vengera, Je ne mourrai pas seule et quelqu'un me suivra. RO. Afin qu'aimé du Destin le plus fort
Nous revivions heureux par notre mort.
RA. Qu'il fasse de l'Épire un second Illion. RO. Refonde Troie et rétablisse encor
Un nouveau sceptre aux reliques d'Hector.
RA. J'allais, seigneur, pleurer un moment avec lui, Je ne l'ai pas encore embrassé d'aujourd'hui.
RO. Cette Andromaque à qui l'estomac fend
D'aise et de crainte accolait son enfant A plis serrés comme fait le lierre Oui de ses mains les murailles enserre.
RA. Je craignais que le ciel par ses cruels secours. RO. Étant couvert du secours de ta main...
Le joug cruel qui vous presse la tête.
RA. Le pompeux appareil qui suit ici vos pas. RO. Un grand amas de pompeuse richesse.
8A. Malgré vos vœux, seigneur, honteusement déçus. RO. Priaient au temple en leurs vœux abusées.
— iMais le Destin et les Dieux m'ont déçu.
RA
Du vieux père d'Hector la valeur abattue Aux pieds de sa famille expirant à ma vue, Tandis que dans son sein votre bras enfoncé Cherche un reste de sang que Tàge avait glacé. RO. Ce roi pleurant son état misérable
En cheveux gris, en barbe vénérable...
Quand il reçut en sa gorge frappée
De TAchillin le tranchant de 1 epée...
Le corps sans nom, sans chaleur et sans face
Comme un grand tronc broncha dessus la place.