‹ Un faux classique, Nicolas BoileauChapitre 16 sur 66 · ARIOSTE · texte numérisé non relu

ARIOSTE

(Chant XIY, du Roland Furieux.)

lR. Va trouver d'abord le Silence, dis-lui de ma part qu'il t'accompagne dans cette entreprise. Lorsque tu auras exécuté cet ordre, cours aux lieux oi^i la discorde a son siège.

Il la reconnut aussitôt i la Discorde) à son habit de cent couleurs différentes. Ses mains et son sein étaient pleins d'ajournements, d'exploits, d'informations, d'enquêtes, de procurations, de grands sacs farcis de gloses, de conseils et d'inventaires, toutes choses qui font que les malheureux ne sont jamais sûrs de conserver dans les villes les biens qu'ils possèdent. Elle avait derrière elle, par devant et à côté des notaires, des procureurs et des avocats.

Il y a en Arabie une délicieuse vallée, éloignée des villes et des villages, située à l'ombre des montagnes... C'est en vain que le soleil y dirige ses rayons. C'est une grotte longue et spacieuse... l'entrée est obstruée

par un épais rideau de lierre, c'est dans ce lieu que repose le Sommeil. D'un côté l'Oisiveté avec son corps gras et pesant, de l'autre, la Paresse assise par terre ne pouvant marcher et se soutenir sur ses pieds. L'Oubli stupide garde la porte et ne laisse entrer ni ne connaît personne.

Le Silence courait de côté et d'autre répandant un nuage épais devant, derrière et autour des régiments, tandis que le soleil éclairait comme à l'ordinaire tous les autres objets.

BO. Dans le réduit obscur d"une alcôve enfoncée, S'élève un lit de plume à grands frais amassée, Quatre rideaux pompeux, par un double contour, En défendent Tentrée à la clarté du jour ^..

Là sur des tas poudreux de sacs et de pratique

Hurle tous les matins une sybille étique...

Et dévorant maisons, palais, châteaux entiers,

Rend pour des monceaux dor de vains tas de papiers...

On ne conaît chez eux ni placets, ni requêtes,

Ni haut, ni bas conseil, ni chambres des enquêtes.

Chacun l'un avec l'autre en toute sûreté

Vit sous les pures lois de la simple équité.

1. «Et pour la figure, n'est-il point justement comme l'on dépeint le sommeil dans l'Arioste ou comme Boileau représente la mollesse dans son Lutrin. » (Mme de Sévigné, lettre du 6 novembre 1675. J

CJwnt XXX. — Pourquoi donc, leur dit Agramant, ne laisserions nous ])as au sort, sans plus de raisons, la décision de la question? Que la fortune prononce et nous souscrirons à son arrêt...

Gradasse et Roger ne purent qu'accéder à cette proposition. Ils convinrent que celui des deux dont le nom sortirait le premier de l'urne prendrait en main les deux querelles. Leurs noms furent donc inscrits sur deux billets d'une forme et d'une grandeur égales, une urne les reçut et on agita pour qu'il se mêlassent. La main d'un enfant prit dans l'urne un des billets, le hasard voulut qu'il fût celui qui portait le nom de Roger, celui de Gradasse resta au fond du vase. Il serait impossible d'exprimer la joie qu'éprouva Roger en voyant que son nom était sorti de l'urne et le chagrin profond que ressentit le roi de Séricane, mais le ciel avait prononcé, il fallut qu'on se soumît à son arrêt. (Traduction Hippeau.)

Il veut que sur-le-champ dans la troupe on choisisse Les trois que Dieu destine à ce pieux office. Mais chacun prétend part à cet illustre emploi. Le sort, dit le Prélat, vous servira de loi. Que l'on tire au billet ceux que l'on doit élire. Il dit, on obéit, on se presse d'écrire. Aussitôt trente noms sur le papier tracés Sont au fond d'un bonnet par billets entassés. Pour tirer ces billets avec moins d'artifice Guillaume, enfant de chœur, prête sa main novice...

Il tourne le bonnet, Tenfant tire et Brontin Est le premier des noms qu'apporte le Destin. Un des noms reste encor et le Prélat par grâce Une dernière fois les brouille et les ressasse... Mais que ne dis-tu point, ô puissant porte-croix... Lorsqu'aux yeux du Prélat tu vis ton nom paraître?

ARIOSTE {Satires).

AR. Je consens qu'une femme soit pieuse. Mais je ne consens pas qu'elle pratique les ânes sans bats et qu'elle envoie sans cesse des pâtés et des tourtes à son directeur.

BO. Nul n'est si bien soigné qu'un directeur de femmes, Chez lui sirops exquis, ratafias vantés Confitures surtout volent de tous côtés...

AR. Tous nos amis, cher Annibal, m'assurent que tu te

maries.

BO. Alcippe, il est donc vrai, dans peu tu te maries.

AR. Les femmes cependant ne veulent pas être négligées et trouvent aisément des consolateurs... Mais sur toute chose ne leur montre jamais de la défiance.

BO. Car tu ne seras point de ces esprits jaloux... Habiles à se rendre inquiets, malheureux. Oui tandis qu'une épouse à leurs yeux se désole. Pensent toujours qu'un autre en secret la console

Je veux te donner mon avis sur le choix d'une épouse. . Tout dépend, en un mot, du bon choix qu'on sait faire.

Résistes-tu à ses dépenses, dans cet instant renonce au repos. Fais comme Ulysse, bouche-toi les oreilles, sois sourd aux plaintes, aux clameurs, aux outrages, garde-toi surtout de répondre aux injures, on t'en rendrait mille pour une et plus aigres et plus poignantes que l'aiguillon de Tabeille ou de la guêpe K Il faut y joindre encor la revêche bizarre - Qui sans cesse d'un ton par la colère aigri. Gronde, choque, dément, contredit un mari. Il n'est point de repos ni de paix avec elle. Leur mariage n'est qu'une longue querelle... Ne va pas murmurer de sa folle dépense...

1. Une discussion, plus longue que piquante, occupe plusieurs pages de la correspondance de Boileau et de Brossette à propos de ces deux vers :

Tel qu'on voit un taureau qu'une guêpe en furie A pique dans les flancs aux dépens de sa vie.

Brossette prétend, en alléguant diverses autorités, que l'aiguillon de la guêpe, qui est fort droit et uni, sort aussi facilement qu'il est entré et qu'elle ne pique pas « aux dépens de sa vie » , comme l'abeille. Boileau se défend assez mollement et il est fort probable que l'hémistiche incriminé n'avait pas d'autre raison à alléguer que le besoin de rimer avec quêpe en furie. Notre poète est fort indulgent pour lui-même, et s'octroie généreusement toutes les licences qu'il condamne avec sévérité chez les autres.

2. Bizarre est (comme fard ou grossier) un mot favori de Boileau qui l'emploie parfois mal à propos et pour la rime. Son imagination est si pauvre qu'il sort toujours les mêmes termes usés de sa besace poétique.

L'œuvre totale de cet écrivain comprend exactement 7 "99 vers, ce qui ne représente pas même la valeur d'un hémistiche par jour pendant 50 ans, dans une carrière de 75.

AR. Garde- toi de t'empetrer d'une de ces beautés que tout le monde admire, pour qui tout le monde s'enflamme. Beaucoup l'attaqueront, j'admets qu'elle résiste à un et à trois, peut-on se flatter qu'elle ne sera jamais vaincue?

BO. Crois-tu que toujours ferme au bord du précipice, Elle pourra marcher sans que le pied lui glisse? Que toujours insensible aux discours enchanteurs, D'un idolâtre amas de jeunes séducteurs...

AR. Garde-toi de préférer celle qui t'apportera la plus

riche dot et plus encore celle qui s'enorgueillit d'une

illustre naissance.

Elle voudra des compagnons de table et de jeu qui

l'amusent tout le long du jour '.

BO. De nobles champions ta femme environnée,

Sur une table longue et façonnée exprès,

D'un tournoi de bassette ordonner les apprêts...

Le jeu fut de tout temps permis pour s'amuser...

Si quelque objet pareil -, chez moi, deçà les Monts,

Pour m'épouser, entrait avec tous ces grands noms,

Je lui dirais bientôt :

Ma maison ni mon lit ne sont pas fait pour vous.

1. Parmi les femmes à éviter, Arioste n'aurait pas cité ridiculement comme Boileau :

Colle qui de son chat fait son seul entretien.

Page 1