Conférer M. Lanson sur Boileau
« Voilà précisément toute la poésie de Boileau, il a vu et il fait voir. Boileau est réaliste... »
Substituez lu à vu. et la critique sera juste. M. Lanson ajoute : « Ainsi la poésie de Boileau est-elle précisément dans la partie de son œuvre qu'on a coutume de négliger comme vulgaire et insifinifianle, dans le Repas ridicule, dans les Embarras de Paris, dans le Lutrin, dans queN^ues morceaux de la satire X. >■
2. On sait que Boileau se vantait de cette épithète comme d'une trouvaille de génie. Ses adversaires, bien inspirés, cette fois, ne
Bo. Que d'un art délicat les pièces assorties
N'y forment qu'un seul tout de diverses parties.
S.A. Baille, s'étend les bras, frotte ses moites yeux. BO. Soupire, étend les bras, ferme l'œil et s'endort.
S.A. Oui relèves ma muse et fais que son ardeur
Aux plus humbles objets donne quelque grandeur.
BO. Oui dit sans s'avilir les plus petites choses,
Fait des plus secs chardons des œillets et des roses Et sait même aux discours de la rusticité Donner de l'élégance et de la dignité.
S.A. Soudain la Renommée en nouvelles féconde, Oui le faux et le vrai sème parmi le monde,
partageaient pas son avis, et Boileau a répondu à leurs attaques dans une de ses épîtres, la X", adressée à ses vers :
Et bientôt vous verrez mille auteurs pointilleux
Pièce à pièce épluchant vos sons et vos paroles,
Interdire chez vous l'entrée aux hyperboles,
Traiter tout noble mot de terme hazardeux,
Et dans tous vos discours, comme monstres hideux,
Huer la métaphore et la métonymie,
— Grands mots que Pradon croit des termes de chimie —
Vous soutenir qu'un lit ne peut être effronté.
Boileau. qui avait publié une traduction de Longin, pour se donner des airs d'érudit, se moque volontiers, sans grandes preuves, de l'ignorance de Pradon; me sera-t-il permis d'observer que le passage, que je viens de citer, renferme bien du fatras; et que huer la métaphore comme un monstre hideux est une pensée poétique d'un goût douteux et qui manque à la fois d'élégance, de justesse, de mesure et de netteté. Que l'on compare cette déclamation aux vers si savoureux de Régnier contre l'école de Malherbe et on verra quels progrès Boileau a su imprimera notre poésie.
Oui toujours en volant l'un et l'autre agrandit, Et qui plus elle est loin plus elle a de crédit. Vraiment ce monstre qu'on habille D'oreilles, de langues et d'yeux, Cet oiseau qui vole en tous lieux.
Et de tout à son gré babille, Ce renom qui se paît de vent.
Cependant cet oiseau qui prône les merveilles,. Ce monstre composé de bouches et d'oreilles Oui sans cesse volant de climats en climats Dit partout ce qu'il sait et ce qu'il ne sait pas,. La Renommée enfin, cette prompte courrière.
Et qui ne puis goiiter ni plaisir ni repos. Je fais pour reposer un effort inutile.
Alors comme en sursaut je me lève tout droit. Tremblant et demi-mort je me lève à ce bruit.
A. Les chats presque enragés d'amour
Grondent dedans les gouttières.
Et quel fâcheux démon durant les nuits entières Rassemble ici les chats de toutes les gouttières.
V. Le teint frais, les yeux doux et la bouche vermeille. Les chanoines vermeils et brillants de santé, — Qu'il paraît bien nourri! quel vermillon 1 quel teint I.
S.A. Un roi passer ainsi du trône à léchafaud,
Faire un si dur chemin, un si tragique saut. BO. Xe fait de chez Sercy qu'un saut chez Tépicier.
S.A. Car je connais un peu nos petits rimailleurs,
lis s'aheurtent toujours aux endroits les meilleurs. BO. Et secouaient la tête à l'endroit le plus beau '.
S.A. On fait à savoir que Faret
Xe rime plus à cabaret.
BO. Ainsi tel autrefois qu'on vit avec Faret
Charbonner de ses vers les murs d'un cabaret.
S.A. Prit de la main diris un bouquet d'ortolans
Oui fleurissait de graisse et conviait la bouche...
Le compère Denis, à la trogne merveille,
Fit mettre sur la table un fan de daim rôti
Que d'une sauce à lail on avait assorti,
Fit porter par Stérope un monstrueux jambon
Et six langues de bœuf qui depuis mainte année.
En grand pontificat ornaient sa cheminée.
BO. L'autre d'un godiveau tout brûlé par dehors
Dont un beurre gluant inondait tous les bords... Sur un lièvre flanqué de six poulets étiques Oui dès leur tendre enfance élevés dans Pans...
1. Brossette donne au sujet de ce vers lïndication suivante : « Il est imité du verset du psaume 21, v. 8 : omnes videntes me. deviserunt me, locuti sunt labiis et moverunt caput. C'est M. Despréaux lui-même qui m'a fait observer cette imitation. »
Quand on parle de sauce il faut qu'on y raffine, Pour moi j'aime surtout que le poivre y domine... Sur ce point un jambon d'assez maigre apparence...
Maillet fera des vers aussi bien que Malherbe. Pelletier écrit mieux qu'Ablancourt ni Patru.
Tirant pays, seul et dispos Il débagoula ce propos...
Ville où j'ai tant traîné mes guêtres, Adieu Paris, cité superbe.
Je me retire donc, adieu, Paris, adieu!
Et depuis peu même la Serre, Qui livres sur livres desserre, Dupait encore vos esprits De ses impertinents écrits.
Ne s'écrie aussitôt : l'impertinent auteur!
.. Où les chats ruminant le langage des Goths. . Traiter de Visigoths tous les vers de Corneille.
i. Quelle étrange chaleur nous vient ici brûler? Quel sujet inconnu vous trouble et vous altère?
i. Du grand Ronsard l'hymne s'y chantera K . Molière avec Tartufe y doit jouer son rôle.
1. « La dernière édition de Ronsard est de 1630; c'est vers ce moment, entre 1630 et 1640, qu'il s'enfonce décidément dans l'oubli
S.A. Que les trésors feuillus de ces rameaux divers
Forment un beau désordre en leurs ombrages verts. BO. Parfois un beau désordre est un effet de Tart.
S.A. Rustique amphithéâtre où de sombres forêts
S'élèvent chef sur chef pour voir couler la Seine.
BO. La Seine au pied des monts que son flot vient laver Voit du sein de ses eaux vingt îles s'élever. . Le village au-dessus forme un amphithéâtre.
S.A. Et son berceau flottant deviendra son cercueil. BO. Le plomb vole à l'instant
Et pleut de toutes parts sur l'escadron flottant. *
S.A. Rare et fameux abbé sur qui tout l'Univers. BO. Rare et fameux esprit dont la fertile veine.
S.A. Les sots laquais et les vils crocheteurs
Se montreraient vos seuls admirateurs.
Bo. Xotre siècle est fécond en sots admirateurs.
S.A. Un seul rondeau vaut un poème épique.
BO. L'n sonnet sans défauts vaut seul un long poème K
où il se perdra quand seront morts les derniers représentants des générations qui avaient assisté à sa gloire. » (Lanson, Histoire de la littérature française^ Hachette, 1898.) 1. Balzac :
« Le sonnet est un chef-d'œuvre en petit. »
\ Pomone fait honte à Bacchus.
j. Et que Cérès contente ait fait place à Pomone.
A. Témoins enfin tant de fières merveilles,
Tant de sujets de nos illustres veilles. ). Oui rendu plus fameux par tes illustres veilles Vit naître sous ta main ces pompeuses merveilles.
A. Et cpa'il s'était promis en son courage altier. La colère est superbe et veut des mots altiers. — Ce prélat sur le banc de son rival altier.
A. Mille bruyants essaims d'abeilles ménagères.
). Tantôt comme une abeille ardente à son ouvrage.
A. Veut qu'au grand tronc royal ce rameau soit enté. ). Et d'un tronc fort illustre une branche pourrie.
A. L'or et les diamants brillent dans leurs ouvrages. Et sans mêler à l'or l'éclat des diamants.
— N'étalait point aux yeux l'or ni les diamants.
Son menton accablé lui tombe sur le sein.
Son menton sur son sein descend à double étage.
— Et que les yeux fermés tu baisses le menton.
A. De leurs yeux enflammés font d'étranges rubis. . Et le vin en rubis brille de toutes parts.
S.A. Mon esprit changeant de projet
Saute de pensée en pensée.
BO. Voltige incessamment de pensée en pensée.
S.A. Cependant en effet, ces messieurs les sublimes Parmi leurs vains trésors sèchent de pauvreté, Et les plus grands d'entre eux ne sont riches qu'en
BO. Appelent dans Paris aux sublimes emplois... [rimes. Et de qui le corps sec et la mine affamée, N'en sont pas mieux refaits pour tant de renommée. Las de perdre en rimant et sa peine et son bien... Vient de s'enfuir chargé de sa seule misère.
S.A. Avec orgueil s'oppose aux coups de la tempête. BO. De tant de coups affreux la tempête orageuse. *
S.A. Et son esprit confus se forme le trépas.
BO. Confus, il les aborde et renforçant sa voix. *
S.A. En tout ce qu'elle voit et qu'elle ne voit pas... BO. Ne sait ni ce qu'il veut ni ce qu'il ne veut pas.
S.A. Ou'Ésaû couronné d'une fière cohorte.
BO. Il voit de saints guerriers une ardente cohorte.
S.A. Malgré la résistance feinte,
Le plaisir gît en la contrainte
Et l'accueil est dans le refus.
BO. Oui mollement résiste et, par un doux caprice, Quelquefois le refuse afin qu'on le ravisse.
De ton pauvre rimeur crotté.
Tandis que Colletet, crotté jusquïi Téchine.
(Home ridicule.)
Se met à faire le dolent, Feint que d'un accès violent La migraine lui fend la tête.
. Cependant à l'entendre il se soutient à peine, Il eut encor hier la fièvre et la migraine.
Ou du vin jaune, doux et fade
Oui fait rechiner l'entonnoir.
Et qui rouge et vermeil, mais fade et doucereux, N'avait rien qu'un goût plat et qu'un déboire affreux.
Ouay, l'hôte se met en dépense
Une fritate d'œufs couvés
Et d'huile puante abreuvés,
Se vient offrir à notre panse.
Dont l'huile de fort loin saisissait l'odorat. Avec des jaunes d'œufs mêlés dans du verjus.
Baptiste, d'un pas lent et grave.
Fait marcher trois brins de fenouil.
Un valet le portait marchant à pas comptés.
Qui marche en ses conseils à pas plus mesurés.
Quels jolis racleurs de guitterre Entends-je passer là dehors,
Sans mentir voilà des accords A mener la musique en terre.
Bo. Quand un des conviés d'un ton mélancolique, Lamentant tristement une chanson bachique, Tous mes sots à l'instant ravis de Fécouter Détonnant de concert se mettent à chanter... La musique sans doute était rare et charmante. L'un traîne en longs fredons une voix glapissante, Et l'autre, l'appuyant de son aigre fausset, Semble un violon faux qui jure sous l'archet. S.A. Aux lamentables hurlements,
Aux syncopes, aux roulements, Dont leur gorge est si bien munie Sauf l'honneur de G. ré-sol-ut.
Je me figure l'harmonie D'un concert de mattous en rut.
S.A. Changeons de note et de langage
C'est être sur vous trop longtemps ; L'heure veut qu'au havre, où je tends, J'aille finir mon navigage, Mais avant que d'entrer au port Où je me voi rire du bord...
BO. Aussitôt je m'effraie et mon esprit troublé Laisse là le fardeau dont il est accablé, Et sans passer plus loin, finissant mon ouvrage, Comme un pilote en mer, qu'épouvante l'orage, Dès que le bord paraît...
A. Et d'ailleurs je ne pense point
Quelle s'échauffe en son pourpoint, Sur ce litre, de ridicule.
Puisqu'on voit encor en ce lieu Qu'au pair, d'un Mars ou d'un Hercule Elle en fit autrefois un Dieu.