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Un fils unique

A trois kilomètres environ de la frontière française du Pays de Gex, du côté de Fest, on voit un hameau de sept à huit maisons de bonne apparence, bâties sur une colline peu élevée, qui les met en sailhe sur le plan général des terrains avoisinants. On appelle cet endroit les Ballandes, nom dont l'origine nous est inconnue. Dans le Jura, sur les pentes boisées qui touchent à Falpage de la Barrillette, il y a des forêts qui portent aussi le nom de Ballandes. Peut-être y eut-il, dans les siècles passés, une famille Ballandes qui vint la première s'établir sur la petite éminence en question et acheta des moines de Bonmont les susdites forêts, lesquelles dès lors s'appelèrent comme leurs propriétaires. Mais ceci n'est qu'une supposition de ma part. Aujourd'hui, ces bois appartiennent à

dO PREMIÈRE PARTIE

plusieurs communes de la contrée, et le hameau des Ballandes est habité par des gens dont les noms de famille ne ressemblent point à ce dernier.

A la simple vue de cet endroit, on comprend que des colons arrivant dans le pays n'aient pas hésité à s'y établir. La campagne est large tout autour, et s'étend assez loin du côté de la plaine et du Jura; le sol y est riche, d'une culture facile. Du côté de la montagne, les terrains se creusent en dépression peu profonde, assez cependant pour donner passage à l'écoulement d'un ruisseau, dont la source n'est qu'à une petite distance des habitations. A partir de ce léger val, les champs et les prairies s'élèvent peu à peu et finissent par atteindre les premières côtes du Jura, qui se dressent toutes chargées de sapins et de hêtres, tandis que leurs voisines de France présentent de grands espaces dénués de bois.

La source du ruisseau est une chose curieuse à voir. En général, les eaux du Jura sortent d'un sol rocheux, soit en bouillonnant, soit d'un jet rapide, clair comme du cristal, et sautillent immédiatement dans un lit semé de pierres. La source du Folliet, aux Ballandes, ne ressemble point à cela. C'est un vaste étang naturel, garni de roseaux sur l'un des côtés, mais tout découvert de l'autre, si bien qu'on peut y puiser l'eau avec la main, au risque de faire un plongeon de quarante pieds. Cette nappe d'eau, d'un vert très foncé, n'est jamais agitée, ni par le vent, — elle n'est pas assez étendue pour cela, — ni par les ondes qui s'élèvent du fond à la surface, et s'écoulent dans un chenal

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