CHAPITRE XIX
moiselle, dit Barthélémy; j'ai promis à madame votre mère de veiller sur vous.
— Eh bien, venez donc avec moi, puisque vous êtes mon mentor. — Sophie, venez aussi avec nous, voulez-vous?
— Oui, mademoiselle.
Ils laissèrent donc Evodie et Baebeli dormir sur le gazon, pendant qu'ils allaient le long du rocher cueillir des fleurs. Barthélémy s'aventurait de temps en temps au bord de quelque corniche escarpée.
— N'allez pas là! n'allez pas si près du bord, lui disait Sophie.
— Mais il ne veut pas se précipiter, n'ayez donc pas peur ! que vous êtes nigaude, Sophie ! Tenez, je veux aller prendre ce lis blanc que je vois là-bas.
Et sans écouter les avertissements de Sophie, Elisabeth s'élança, en vraie gazelle, tout au bord d'un escarpement dangereux.
— Mademoiselle ! lui dit Barthélémy qui heureusement se trouvait à vingt pas d'elle et vit le danger, je vous prie de vous asseoir à l'instant et de m'attendre avant de vous lever.
Elisabeth obéit, sans savoir pourquoi. Sophie faisait signe à Barthélémy de se hâter. Arrivant près de la jeune imprudente, il lui reprocha sa témérité.
— Prenez ma main, lui dit-il, et levez-vous. Regardez en bas, maintenant, lui dit-il encore, en la retenant fortement par le bras.
— Oui, c'est vraiment profond. Si l'on tombait, ce serait pour ne plus se relever.
— Au dire de la tradition, reprit Barthélémy en regardant Elisabeth presque dans les yeux, c'est ici la place d'où deux époux se précipitèrent le jour même de leurs noces. Je frémis en pensant que vous êtes venue là toute seule. Vous me promettez de ne plus vous exposer de cette manière ?
— Je vous ai donc fait bien peur?
— Mais certainement.
— Ah ! mon pauvre Barthélémy, que vous êtes bon de vous faire ainsi de l'inquiétude ! Je ne voulais pas tomber du tout.
— C'est égal, mademoiselle. Ne le faites plus jamais. Et lui donnant toujours la main, il la ramena vers
Sophie, qui, elle aussi, avait été très alarmée de ce petit coup de tête. Mais ce qui lui avait été douloureux, c'était de voir ces deux jeunes gens causer tranquillement au bord de l'abîme, en se tenant par la main.
Au retour vers les dormeuses, ils les trouvèrent causant amicalement, comme de vieilles connaissances. Elisabeth s'étendit à côté d'elles sur son châle; Sophie alla chercher l'ombre derrière la muraille naturelle des roches qui forment la dernière arête de cette croupe élevée, et là elle s'assit toute seule, pendant que Barthélémy retournait à la quête des fleurs. Dans cette retraite, elle versa quelques larmes de tristesse. Nul ne la voyait excepté Dieu. Aussi répanditelle en sa présence les pensées de son cœur, et le supplia-t-elle de la guérir, d'ôter tout interdit dans son âme, afin que lui seul y régnât par son Esprit.
Barthélémy, venant à passer là, s'arrêta un moment