‹ Un fils uniqueChapitre 112 sur 185 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

l'herbe et causèrent là fort agréablement. Jules Verdier avait passé dans une compagnie de réserve, étant phs âgé qu'Augustin. Celui-ci n'avait guère que vingttrois ans; Verdier trente et sa sœur vingt-et-un. Le père Verdi er était mort depuis une année; le frère et la sœxiY faisaient marcher ensemble le moulin, et cela allait fort bien de cette manière, au moins jusqu'à ce que Jules fût marié. — Ces divers détails intéressèrent infiniment Augustin qui, décidé dès le moment même, préparait déjà son plan de campagne. Il parla de son père et de sa mère, dit qu'il était leur seul enfant, que peut-être Jules Verdier connaissait leur maison....

— Oh! mais, tout le monde aux environs, interrompit le meunier, sait que votre père est le plus riche propriétaire des Ballandes. Si votre hameau n'était pas à une heure et demie de chez nous, je vous demanderais votre pratique ; mais cela ferait perdre trop de temps.

— Oui, c'est bien dommage. Nous n'avons pas de cheval, sans quoi j'offrirais de conduire notre blé chez vous. Cela pourra peut-être se faire plus tard.

— Nous allons repartir, dit Verdier. De quel côté descendez-vous? Notre route, à nous, est par Saint- Cergues.

— J'irai avec vous, si je ne vous gêne pas.

— Pourquoi nous gêneriez -vous? En passant à Saint-Cergues, nous prendrons un verre à l'auberge du Canton.

— Vous me permettrez de vous l'offrir, puisque j'ai accepté votre vin ici, dit Augustin.

De la Dole à Saint-Cergues , le chemin est facile^ mais bien monotone. C'est une succession de vallons en pâturages, enfermés de bois et sans vue au deli. — Comme les trois jeunes gens étaient bons marcheurs, ils traversèrent ces longs espaces encore assez vite. Arrivés à l'hôtel du jurassique village, Augustin fit servir à ses compagnons une vraie collation : du vin, du sirop, des biscuits, enfin ce que l'hôte avait de meilleur sous la main. Verdi er le laissa faire, but et mangea de bon appétit; sa sœur en fit de même, et Augustin, plus heureux qu'un prince, eût vidé sa bourse jusqu'au fond pour peu que cela eût pu leur faire plaisir. Il descendit ensuite avec eux jusqu'au sentier des AUévays de Nyon, où ils se séparèrent, le frère et la sœur prenant à gauche, et Augustin à droite.

— Je veux aller vous voir dans votre moulin, leur dit-il en les quittant; quand vous trouve-t-on sans vous déranger?

— Il y a toujours quelqu'un à la maison, répondit le meunier. Mais le dimanche, vous êtes plus sûr de me trouver que les autres jours. Nous arrêtons le moulin le samedi à minuit, jusqu'au minuit suivant.

— C'est une bonne habitude.

— Mon père l'avait; nous la conservons et nous nous en trouvons bien.

— Ainsi, au revoir bientôt, dit Augustin en leur serrant à tous deux la main.

Augustin revint chez lui, livré aux pensées les plus étranges, mais convaincu d'une chose maintenant.

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