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CHAPITRE XX

l'eau à la fontaine des Cropts, pour mêler avec notre vin. Et vous, monsieur, comment se fait-il que vous soyez ici tout seul? Etes-vous Français?

— Oh ! pour ça non, je ne suis pas Français ! Mon père s'appelle Antoine Rock et demeure aux Ballandes.

— Alors, mon frère vous connaît. C'est lui qui était sergent-major de votre compagnie à la caserne.

— Jules Verdier?

— Précisément.

— Je me réjouis de le revoir; c'était un bon sergent-major, un homme juste, d'un caractère ferme.

— Le voici qui revient avec une bouteille à la main. Le voyez- vous là- bas? dit-elle en indiquant la direction.

— Oui, oui, c'est bien lui. Je le reconnais à sa démarche. Enfin, mademoiselle, quelle singulière rencontre? Je n'en reviens pas. Bien plus, je vous dirai que je vous ai vue dans mon rêve.

— C'est que peut-être vous ne dormiez plus.

— Je dormais certainement, et je parlais avec une personne de votre taille et de votre âge, mais dont les traits, ressemblant aux vôtres, étaient lumineux et presque transparents.

— C'était peut-être un ange, dit la jeune Verdier en riant, montrant les plus belles dents du monde et le vif incarnat de ses joues.

— J'ignore qui c'était, répondit Augustin; ce qui est certain, c'est que vous lui ressemblez de bien des manières. Par exemple, elle avait le même son de voix que vous.

— Et cela vous était agréable?

— J'étais dans une sorte de ravissement.

— J'en suis charmée, monsieur Rock.

Son frère arrivait :

— Voici, lui dit-elle, une bien curieuse rencontre. Tu connais ce monsieur?

— Eh ! ami Augustin Rock, comment cela va-t-il ? dit tout de suite Jules Verdier.

— Très bien; et vous, major?

— Très bien aussi, puisqu'on a grimpé sur la montagne avec ma sœur Léonie. Il y a un bout de chemin, du moulin jusqu'ici. Que faites-vous par là tout seul?

— Nous avons là-bas nos vaches, et j'ai voulu monter ici pour voir les Alpes. Un peu fatigué, je me suis endormi au pied de ce petit rocher, où votre sœur m'est apparue.

— Bien, bien. — Voici de l'eau, Léonie; et du vin dans cette petite bouteille. Donne le verre.

Léonie reçut le mélange des deux liquides dans un verre de cuir, et l'offrit à Augustin.

— Merci, mademoiselle. Après vous.

Léonie but d'un trait, puis laissa de nouveau remplir le verre, qu'Augustin accepta cette fois avec une vive reconnaissance. Boire à la même coupe que cette belle jeune fille, du même côté que ses lèvres avaient touché, quel délice pour celui dont le cœur est déjà pris avec une puissance irrésistible. Ce ne sera plus à lui maintenant de dire je veux : esclave, il devra obéir.

S'étant rafraîchis tous les trois, ils s'assirent sur

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