CHAPITRE III
du dimanche après le sermon. Ceux-ci s'entretenaient de ce qu'ils avaient entendu à l'église.
— Monsieur le ministre, dit l'un deux, n'était pas bien en train aujourd'hui. Il s'est cotté à deux ou trois endroits.
— Il n'avait peut-être pas eu le temps de se préparer, dit un autre. Un sermon est encore plus difficile à composer qu'un procès-verbal aux élections.
— Oh ! fit un troisième, c'est une affaire d'habitude. Au bout d'un certain temps, les notaires font bien les actes sans grande peine. La pratique rend l'homme habile, comme disait feu M. Niellant. Celui-là prêchait son sermon, tout comme s'il avait récité l'a-b-c. — Siméon, as-tu vendu ton cheval?
— Oui, j'ai fini hier.
— Pour le prix de?...
— J'aime autant ne pas le dire.
— Tu n'as pourtant pas perdu dessus?
— Oh ! diable, non, s'il fallait pèdre^ où en seraiton? — J'ai eu soixante francs.
— C'est déjà quelque chose. — Il nous faut boire encore une bouteille, — un verre chacun, puisque le vin est bon.
— Bien si l'on veut.
Le verre bu, les habitués du culte et du cabaretier Diomède, reprirent le chemin de leurs demeures.
Sur la route, Etienne Lacroix et ses enfants causaient aussi, mais d'une tout autre manière. Le père expliquait à Barthélémy ce que celui-ci n'avait pas bien compris de la prédication. Tout en marchant et
écoutant, Evodie cueillait, le long des haies, de jolies branchettes dont les feuilles avaient de fort belles couleurs: la viorne pourpre; Fépine-vinette dentelée; le fusain avec ses fruits amaranthes. Quelques fleurs tardives : des asters, des marguerites à longue queue, des campanules, vinrent s'ajouter au bouquet destiné à la mère de la jeune fille. Et ainsi le retour à la maison s'eff'ectuait gaiement.
A peu de distance des Ballandes, Lacroix fut salué par un homme qui le rejoignit en arrivant d'un chemin venant directement de la plaine.
— On va du même côté que vous, lui dit le passant; je vais faire une visite à M. Antoine Rock.
— Vous le trouverez probablement ; il ne sort pas volontiers de chez lui le dimanche.
— Oui, c'est un original, — mais, un brave homme pourtant.
— Certainement, un bon travailleur, comme l'a été son père.
— Ne pousse-t-il pas l'économie un peu loin? un homme si riche, qui n'a pas même un cheval pour promener en char sa femme et son fils! Il a beau amasser du bien ; il faudra tout de même qu'il le laisse un jour.
— Nous aussi, dit Lacroix avec douceur, nous devrons répondre, quand Dieu nous appellera. Chacun rendra compte pour ce qui le concerne.
— Je suis bien de votre avis, monsieur Lacroix ; mais, voyez-vous, il y a plus de mauvais riches que de bons. Je ne dis point de mal de votre voisin. Dieu