CHAPITRE III
m'en préserve. Cependant, il se montre bien dur envers ceux qui lui doivent de l'argent.
— Je ne suis pas en affaires avec lui, par conséquent, je ne sais pas s'il est exigeant ou non. Du reste, quand on doit, il faut payer.
— C'est bien clair; mais on n'a pas toujours l'argent au moment de l'échéance; et puis, M. Rock ne se gêne pas pour demander le remboursement d'un titre.
— Si le titre est échu?
— Oui, qu'il est échu; mais, qu'est-ce que ça peut lui faire, à R.ock, si l'on continue à payer les intérêts ?
— J'ignore de quoi il est question entre vous et mon voisin ; mais il est évident qu'un créancier a le droit d'exiger le remboursement d'un titre, lorsque le terme de l'échéance est arrivé. Celui qui a emprunté s'est engagé à rendre la somme prêtée.
— Je ne vous dis pas le contraire; seulement, puisque c'est pour la replacer, cette somme, pourquoi ne la laisse-t-il pas à son débiteur, au lieu de lui occasionner des frais? Cela ne revient-il pas au même?
— Il est fort possible que non. Si, par exemple, le créancier veut disposer autrement de son argent; le mettre dans une banque, acheter du terrain, que saisie d'autre encore?
— Allons, je vois bien que vous tenez le parti des riches. Vous autres messieurs, vous vous entendez tous contre les emprunteurs.
— Je vous prie de croire, monsieur Frezillat, que je ne m'entends avec personne pour ces choses-là. Je
ne suis pas capitaliste, mais je ne suis pas non plus emprunteur. — Voilà justement mon voisin devant sa porte. Je vous salue.
— Au revoir, monsieur Lacroix. Ce que j'ai dit, vous le gardez pour vous seul.
— Soyez sans crainte.
Les deux enfants n'avaient pas entendu cette conversation; ils étaient restés en arrière et se trouvaient à une certaine distance des interlocuteurs.
Antoine Rock tournait la boucle du loquet de sa grange, lorsque le citoyen Frezillat se présenta devant lui.
— Bonjour, monsieur Rock, lui dit-il, ôtant son chapeau et le remettant tout de suite : comment va la santé?
— Assez bien, merci; et vous?
— Pas mal, quand même on a plus de fatigue sur le dos que d'argent dans la bourse. Je viens vous payer mon intérêt.
— Il vous faut entrer, dit Rock en se dirigeant du côté de la porte. Avez -vous déjà bien du semé? fît-il en manière d'introduction à la causerie.
— J'ai fini depuis quinze jours. Dans nos grosses terres, il faut semer de bonne heure si l'on veut bien récolter. Ici, vous semez du froment encore à la fin d'octobre?
— Oui, même plus tard, si les champs sont bien endriigés * .
— Chez nous, reprit l'arrivant en frottant les se- * Engraissés, fumés.