CHAPITRE XXIV
je me représentais comme devant être ma femme?
— Qui? je te le dirai, si tu me promets de ne pas te fâcher et de ne pas t'en faire du mal.
— Oh ! dis seulement tout ce que tu voudras : je sais bien ce qui m'attend.
— Eh bien, mon cher Augustin, puisque tu m'autorises à te parler franchement, j'ose te dire que c'est de toi-même, de ton imagination et de ta terrible volonté naturelle, que tout cela est venu. Ce que tu as pris pour une direction de Dieu était en réalité le désir de ton propre cœur. Tu voulais pour ta compagne une créature que tu t'étais formée à ton image : tu l'as rencontrée, et tu as cru que Dieu te la donnait, absolument comme si ta volonté pouvait s'imposer à celle de l'Eternel. Dis-moi maintenant : Avais-tu demandé à Dieu de te diriger dans le choix de cet idéal de femme? et d'avance te soumettais-tu à ce qu'il en déciderait?
— Non, répondit fièrement Augustin. J'ai agi par moi-même et pour moi-même, sans prendre conseil de personne, pas mieux de Dieu que de mon père et de ma mère.
— Alors, il est bien évident que tu n'avais rien à attendre de Celui qui nous dit de lui présenter tous nos besoins. Si tu l'avais humblement prié de te montrer sa volonté, peut-être aurais-tu réussi, là où tu as échoué. Pardonne-moi de te dire cela; mais je crois que c'est selon la vérité.
— Peut-être, reprit Augustin avec une douceur qui ne lui était pas habituelle; peut-être; c'est possible.
Personne jusqu'ici ne m'a parlé avec franchise et amitié comme tu viens de le faire. Malheureusement, que tu voies juste ou non, cela ne change rien à ma position.
— Gela peut la changer, Augustin, si tu veux t'en remettre à Dieu pour ce qui te concerne. Tâche de regarder plus haut que ce monde, où tout périt en si peu de temps. Il y a la vie du ciel pour le chrétien; il y a une éternité de bonheur à attendre du Dieu qui nous aime, si, nous aussi, nous voulons le recevoir dans notre cœur. — Tu es malade : Dieu peut te guérir, te rendre ton ancienne santé, — et je le lui demande pour toi chaque jour. Mais il peut aussi t'appe- 1er bientôt sans avoir fait ta paix avec lui. Cette paix, si tu veux l'accepter, il te la donnera certainement. Adieu, Augustin. Je ne pouvais plus rester ainsi sans te dire que j'ai beaucoup pensé à toi, que j'ai compris ton immense chagrin, et que je prie Dieu de te guérir de tout ce qui te fait souffrir.
— Je te remercie. Oui, je reconnais que tu m'as toujours témoigné de l'affection, et je ne me choque pas de ce que tu viens de me dire. — Pourquoi ton frère ne va-t-il plus aux danses, depuis quelque temps? il n'est pourtant pas malade?
— Non. Quand on lui en parle, il répond que ses goûts ont changé, et qu'il n'aime plus la danse.
— Il a bien raison. C'est un amusement stupide. Quand je vois passer par là les garçons et les filles des villages voisins, avec leur affreuse grosse caisse, et s'adonner à toutes leurs singeries, ils me font l'effet de sauvages ou de païens. Si nous étions en Afrique