CHAPITRE XXIV
Un beau jour d'automne, — c'était dans l'après-midi et avant la mort de Nicolas, — Augustin se promenait, solitaire, dans. le chemin devant leur maison. Ses parents, Baebeli et le domestique étaient aux champs. Evodie, le voyant là, marchant tête baissée, s'approcha de lui.
Chacun, aux Ballandes, et même aux environs, savait qu'Augustin n'avait pu être accepté par Léonie Verdier. Tout à coup le bruit de ce fait s'était répandu, on ne sait ni par qui ni comment, et cela n'avait pas peu contribué à augmenter la tristesse et le mal d'Augustin. Evodie, comme les autres, savait ce qui s'était passé, mais non les détails intimes, connus seulement des principaux intéressés.
Elle vint donc vers lui.
— Comment vas-tu aujourd'hui? lui dit-elle.
— Pas trop bien. Je garde la maison, pendant que tout notre monde sème ou laboure.
— Pauvre ami, reprit Evodie, si tu savais combien je t'ai plaint, quand j'ai appris ton chagrin ! J'aurais voulu te le dire et te donner une bonne poignée de main.
— Je te remercie.
— Tu n'es jamais entré chez nous, Augustin : — ce n'est pas un reproche que je te fais; chacun a ses habitudes qu'il faut savoir respecter, — mais si tu venais faire le tour de notre jardin, ou t'asseoir au soleil sur notre galerie, nous causerions un moment.
— Merci; je préfère marcher; ou bien, j'irai sur notre banc, contre le mur de notre maison.
— Veux-tu que je te fasse un peu compagnie? Cela ne peut tirer à conséquence , ni pour toi , ni pour moi. On sait bien que je ne suis pas une fille à marier, dit-elle riant à moitié.
Moitié de gré, sans vouloir l'avouer, moitié de force pour ne pas paraître grossier, Augustin consentit à ce qu'Evodie lui proposait. Ils continuèrent donc à se promener lentement entre les deux maisons, où le soleil donnait en plein à cette heure du jour. Voulant arriver directement à son but, Evodie lui dit tout à coup :
— Tu l'aimais donc bien, cette Léonie?
— Ah! si je l'aimais! Personne ne saura jamais à quel point.
— Comment cela était-il venu? raconte-le-moi; je n'en parlerai absolument pas, si tu le désires. Tu sais bien que nous avons toujours été amis^ depuis que nous allions ensemble au catéchisme.
Encouragé par la sympathie d'Evodie, Augustin lui fit le récit de ce qui s'était passé. Il le termina en disant :
— Voilà, je croyais que mon idée première, et la rencontre sur la Dole, et la connaissance si vite faite, oui, je croyais que tout cela venait de Dieu. Si c'est lui qui m'a fait entrer dans cette voie, il m'a trompé, il m'a trahi.
— Non, ce n'est pas Dieu qui t'y a poussé, lui répondit la courageuse fille.
— Et qui est-ce donc, si ce n'est lui? Qui, dans mon sommeil , m'a fait voir les traits de celle que