‹ Un fils uniqueChapitre 137 sur 185 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

d'un valet de ferme, qui le flattait et lui faisait toutes ses fantaisies.

Depuis sa dernière conversation avec Evodie, Augustin fut plus doux avec ses parents. Les paroles si franches que cette bonne et courageuse fille n'avait pas craint de lui adresser, ne furent pas complètement perdues. Quelques grains en levèrent dans l'âme d'Augustin, sous la forme de réflexions salutaires. D'un autre côté, la maladie ne lui était pas inutile non plus. De temps en temps il soupirait, et alors il eût été bien aise de rencontrer sa petite voisine, pour causer un peu avec elle, au risque de s'entendre dire de bonnes vérités. Cela eut lieu plusieurs fois encore pendant l'automne, sans que cet Augustin autrefois si intraitable, fit mine de se fâcher ou même de répondre un mot acerbe. Il commençait à douter de lui-même, ce qui est toujours un bon symptôme chez les caractères impérieux et d'esprit hautain. Avec Bsebeli, il se montrait aussi plus affable, ne la bourrant pas à tout instant et se permettant même parfois de la questionner sur son village et les gens qu'elle y connaissait. Il mettait de la malice amicale à la faire parler d'un certain cousin Jacobeli, qui venait de temps en temps causer avec elle à Bruckseilergut. « Le père de Jacobeli avait belles vaches, disait-elle, et aussi beaucoup les prés, les champs, comme père à cousin Gustin. »

En voyant leur fils causer volontiers avec Evodie Lacroix, les parents d'Augustin se demandèrent si cette petite personne, d'une figure si peu agréable, malgré ses beaux yeux et ses noirs cheveux, serait

bien capable de remplacer la belle meunière dans le cœur de leur affligé garçon. Ils en parlèrent ensemble et firent sur ce sujet des réflexions et des suppositions peu bienveillantes à l'égard d'Evodie, suppositions parfaitement fausses d'ailleurs. Au lieu de penser qu'elle cherchait à ramener Augustin à des sentiments meilleurs et chrétiens , ils s'imaginèrent tout autre chose, savoir qu'Evodie ne demanderait pas mieux que de l'épouser, et qu'elle travaillait dans ce but.

A la suite d'une de ces conversations entre les jeunes gens, le père Antoine demanda un jour à son fils ce qu'il pouvait tant avoir à causer avec Evodie. Cette question fut pénible à Augustin; elle remua son ancienne bile, et il fut sur le point de répondre une impertinence à son père. Toutefois, il ne céda pas à ce premier mouvement d'orgueil blessé; mais, réfléchissant, il finit par dire :

— Trouves-tu qu'il y ait du mal à causer avec elle?

— Non; mais ça me parait drôle.

— Eh bien, pas à moi. Plût à Dieu que je n'eusse jamais causé avec d'autres filles !

— Elle te plaît donc bien ?

— Elle ne me plaît pas pour sa taille et sa figure, mais elle me plaît pour son intelligence et sa bonté. Qui est-ce qui me témoigne de l'intérêt dans mon double malheur, sinon Evodie Lacroix? Bsebeli est une bonne fille aussi, un peu niauque : mais quoiqu'elle ait cinq pouces de plus qu'Evodie en hauteur, elle ne lui va pas à la cheville pour l'instruction et les moyens.

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