‹ Un fils uniqueChapitre 138 sur 185 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

— Je ne te dis pas le contraire. Cependant Bsebeli est forte, d'une belle tournure, tandis qu'Evodie est chétive et un peu de côté.

— Tu peux te tranquillisera leur égard, père; je ne pense ni à l'une ni à l'autre pour ce que tu entends.

Le père Antoine, assez déconfit, eût bien mieux aimé qu'Augustin pensât tout de bon à la blonde Bernoise, et le plus tôt possible.

Au lieu de cela, Augustin eut une crise terrible de son mal. Cette fois-ci, le père fit venir le docteur. Augustin laissa faire. Il se résignait à bientôt mourir. On lui administra des remèdes qui le soulagèrent pour quelque temps, mais lui pensait bien que cela finirait mal. Maintenant, il n'accusait plus personne. Il voulait prouver que, s'il tenait encore à une chose, c'était à montrer du caractère et à ne laisser paraître aucune lâcheté.

Ce fut dans une telle disposition d'esprit que, un dimanche après-midi, il lui prit tout à coup l'idée d'aller causer un moment avec Peter. C'était pendant l'été de Saint-Martin, vers la fin de novembre. Le soleil se montrait; il faisait doux, un temps d'arrière-automne encore bien agréable. Mais c'est un moment de l'année où l'on sent que les beaux jours vont finir, pour faire place à l'hiver.

Peter était seul, assis près de son poêle de fer. Depuis la mort de Nicolas, il employait parfois l'aprèsmidi du dimanche à visiter quelque famille aux environs, de celles dont il tissait le fil ou la laine. Là, on lui faisait raconter ses voyages en Allemagne, en

France, et il savait toujours mêler à ses récits quelque chose de sérieux, une parole chrétienne qui, sans être imposée directement comme un appel à la foi, n'en atteignait peut-être que mieux l'âme et la conscience de ceux qui l'écoutaient. Dans son humble position, il faisait ainsi « l'œuvre d'un évangéliste. ))

Ce jour-là, il était resté chez lui, comme s'il eût pressenti qu'il aurait une visite. Sa surprise fut grande, lorsqu'il vit Augustin se diriger du côté de sa demeure. Il s'empressa d'ouvrir la porte et de le faire asseoir; puis, voyant qu'Augustin était essoufflé, il le laissa se reprendre avant de lui adresser la parole.

— Ah ! dit bientôt le visiteur, c'est terrible d'avoir ainsi des palpitations et le souffle si court; mais qu'y ferait-on ! Il faut se soumettre à ce qui est. Et vous, ça va bien. Peter?

— Oui, je vous remercie. C'est bien aimable à vous de me visiter dans ma solitude. Cependant, je suis rarement seul.

— Vous avez souvent des gens qui vont et viennent pour leur toile?

— Oh! non, pas souvent. Quand je dis que je ne suis pas seul, c'est que je pense à ma chère femme, qui est dans le bonheur du ciel et me voit peut-être du lieu qu'elle habite, et où je compte bien la rejoindre. Mais avant toute autre pensée, il y a celle de la présence du Seigneur qui me garde et me soutient. Avec lui, on est toujours heureux. Comment vous sentez-vous maintenant?

— Ça va et vient, sans trop de souffrance. Mais j'ai

Page 1