‹ Un fils uniqueChapitre 175 sur 185 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

ont fait un pacte avec la terre et avec l'argent. Les milliers de francs continuent à s'accumuler, et pour qui? Baebeli, l'héritière adoptive, n'a pas d'enfants. En aura-t-elle? C'est ce qu'Antoine Rock se demande envoyant les années s'écouler sans espoir de jeune famille. Dans l'écurie, « il y a assez vaches, veaux ; » Jacobeli conduit tout cela très bien : il est conome^ nous le savons. Mais si la grande fortune des Rock devait s'en aller à Bruckseilergut, ce serait une pensée bien amère pour Antoine. A peine se souvient-il qu'Augustin aurait épousé Evodie, s'il eût vécu.

Au moulin de l'Essert, vous verriez Léonie entourée de beaux enfants. Toujours vaillante, d'une santé admirable, elle n'est pourtant plus si belle. Mais c'est elle encore qui enchapple les meules, quand son mari n'est pas là. Celui-ci se met un peu à boire; sa femme se désole quand elle le voit rentrer gris. Il lui promet de se corriger, et deux jours après c'est la même chose.

M. et M^^ Kabell-Deverne ont un jeune garçon tiré à quatre épingles. S'il vit, car il est d'une santé délicate, il sera sans doute appelé à remplacer un jour son père dans la maison de commerce. Le petit boutd'homme parle avec une assurance d'hospodar et sait déjà fort bien tourner un compliment. Il est, à l'ordinaire, un des premiers de sa classe, ce qui fait le bonheur de sa grand'maman.

Le tisserand Peter continue à lire sa Bible et à se pénétrer de l'esprit de l'Evangile. Il fait de bonne toile. Ses exhortations chrétiennes dans plus d'une famille n'ont pas été perdues.

Vous aurez, cher lecteur, pu voir tout cela en très peu de temps, tandis qu'il a fallu des années pour amener les choses au point où elles vous apparaissent. Et si vous pouviez lire dans l'avenir jusqu'au temps actuel," vous verriez aux Ballandes et ailleurs des hommes nouveaux, déjà au fort de l'existence. Mais sur les cimetières, vous compteriez de nombreuses tombes. C'est la marche humaine, la vie et la mort se succédant continuellement.

Maintenant, il y a encore la contrée, sur laquelle il vous faudrait jeter un dernier coup d'œil. Montez, un ' soir, jusqu'au pied du Jura. De là, vous distinguerez ^ très bien les villages semés à vos pieds dans cette ; partie occidentale du canton de Vaud. Je vous les ai ' nommés en commençant ; il n'est donc pas nécessaire ' de le faire une seconde fois. En mai, — car nous sommes en mai, — peu après le mariage de Barthélémy et de Sophie, — la plaine est couverte de fleurs ; les ruisseaux bondissent, apportant au lac le tribut des réservoirs de la montagne. Le creux du Vivier (ah! voilà que j'ai dit son nom véritable !) étend sa nappe verte, qui rase le gazon tout autour. — Mais le hameau des Ballandes, où est-il donc? A cette question, cher : lecteur, je ne puis que répondre :

— Si vous ne le voyez pas sur sa petite colline, cherchez-le dans mon livre, ou plutôt dans votre imagination, vous le trouverez certainement.

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