‹ Un fils uniqueChapitre 174 sur 185 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Sophie répondit le lendemain :

« Cher ami,

» Je te remercie tendrement de ta lettre. Voici ma réponse : puisque je suis à toi et que tu es à moi, estce que ma pauvre petite maison n'est pas aussi à toi? Dépêchez-vous donc de la remettre à Evodie, et qu'elle s'y arrange au mieux possible, elle et son petit troupeau. Je me réjouis d'aller la voir et de l'entendre parler à ces deux orphelines. Elle les élèvera très bien. Dis-lui que je ferai sa commission. Quoi qu'elle décide dans la suite, je trouve qu'elle fait bien de prendre à la lettre le désir d'Augustin. C'est tout ce qu'il y a de plus naturel de sa part.

y> Nos jeunes époux sont donc partis, il y a trois jours, pour leur voyage de noce. Ils vont d'abord à Paris, delà à Londres et peut-être plus loin. M. Kabell a des affaires dans ces deux capitales, et il les traitera en même temps. — Pour moi, je ne me sens pas de joie à la pensée de te revoir, de m'en aller avec toi chez nous^ et d'y rester avec toi et nos chers parents. Mais aussi, je sens très vivement que tout notre bonheur doit être reçu de Dieu et remis dans sa main paternelle. Sans cela, nous risquerions de nous assurer sur nous-mêmes, ce qui n'est pas bon. A bientôt donc, Barthélémy ! N'aie pas peur que je ne sois pas prête, quand tu viendras. Je t'embrasse, comme je t'aime. »

Sophie.

Cher lecteur, je vais maintenant vous quitter. Vous achèverez facilement cette histoire, sans que je m'en mêle davantage. D'ailleurs, n'est-elle pas terminée

dans son objet principal et essentiel? Si vous jetez un regard dans l'avenir de nos connaissances des Ballandes et autres lieux mentionnés en ce volume, vous découvrirez sans peine ce qui exigerait de ma part un temps trop long pour vous le raconter en détail. — Ainsi, vous verrez Evodie Lacroix dans sa petite école. Elle y emploie la matinée. Les après-midi sont consacrées à des travaux de couture, ou bien à cultiver le jardin, ou bien encore à des promenades agréables. Evodie Lacroix est dans sa vocation ; il n'est pas probable qu'elle y renonce pour se marier.

Son frère et sa sœur élèvent une famille. Ils sont dans la vie active, avec tout ce qu'elle apporte de bonheur, de joies paisibles, et aussi d'angoisse et de difficultés. J'ai bien trouvé, comme vous peut-être, que Barthélémy s'était un peu pressé en demandant Sophie dès le lendemain de son arrivée aux Ballandes, quand elle vint y passer deux jours. Mais j'ai réfléchi depuis, que, de sa part, cela était encore assez naturel. Il se savait aimé, d'après ce que lui avait dit son père, et il éprouvait aussi un grand besoin de se donner. Tout était fini pour lui avec Genève, et Sophie n'avait pas le plus petit grain de coquetterie. Elle était la franchise même. A quoi bon mener en longueur les choses quand le cœur est décidé, et l'occasion si favorable? Non, tout bien examiné, je trouve qu'il valait mieux être fixé le plus tôt possible. Sophie, d'ailleurs, était presque déjà de la famille.

Etienne Lacroix, l'heureux père, continue à prier en travaillant, et à travailler en priant.

Les Rock sont toujours les mêmes. On dirait qu'ils

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