‹ Un fils uniqueChapitre 62 sur 185 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

d'être de bonne humeur avec ces filles, tant qu'elles seront chez nous.

— Je sais ce que j'ai à faire, et je ne suis plus un enfant.

— Mais c'est bien sûr, dit la mère, à qui une autre idée était venue à l'esprit depuis quelques jours, pour le futur établissement de son fils, — c'est bien sûr qu'Augustin ne veut faire aucun mauvais compliment à M"6 Chevroud. Si décidément elle ne lui plait pas, j'ai pensé qu'on pourrait inviter une fois ma filleule Baebeli Zarren, fille de mon cousin Christian. Elle a bonne façon et aura bien quelque chose un jour, quand même elle a deux sœurs et trois frères. Peutêtre plairait-elle à Augustin.

Celui-ci leva les épaules, à l'ouïe de la proposition de sa mère, et se contenta de dire :

— Il n'y a rien qui presse pour moi.

M°*® Rock avait été dans son pays pendant cette dernière année, pour y revoir des parents, entre autres un vieux cousin avec lequel elle était assez liée autrefois.

Un peu avant midi, Louis Chevroud arriva aux Ballandes, en joli char à banc, ayant avec lui ses deux filles. En arrière, dans une caisse à claire-voie, étaient les deux petits cochons, passablement effrayés.

Les Rock s'empressèrent de recevoir leurs hôtes. La mère emmena tout de suite les filles à la maison, pendant que Fritz aidait à dételer le cheval et à mettre les nouveaux habitants dans le local qui leur était destiné. Comme ils étaient si jeunes encore et naturelle-

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ment délicats, on les installa au fond de l'écurie, dans un enclos ad hoc, où ils seraient bien au chaud. Ils en firent le tour immédiatement, pour voir s'il était possible de s'échapper. Ne trouvant pas d'issue, et voyant là une auge dans laquelle on versa quelque chose à boire, ils y plantèrent les pieds de devant et y plongèrent le nez jusqu'aux yeux.

— C'est curieux, dit Augustin, ils me paraissent aujourd'hui plus petits que dimanche dernier; et pourtant ce sont les mêmes.

— Vous avez bien fait de vous décider tout de suite quand vous les avez choisis, répondit le vendeur; le même jour, j'aurais pu en tirer dix francs de plus. Sauf ceux que je garde pour moi, tous les autres sont vendus.

— Allons voir à la maison, dit Antoine Ptock; c'est l'heure de dîner.

Avant de quitter l'écurie, Chevroud donna un coup d'œil au bétail : quatre belles vaches, deux génisses, et une paire de bœufs de premier choix.

— Oui, oui, dit-il, tout ça vaut de l'argent. Mais c'est dommage que vous n'ayez pas de cheval.

— Défunt mon père n'en avait pas, et j'ai continué comme lui.

— Voilà votre fils qui sans doute voudra avoir un joli cheval et un char, pour aller se promener aux environs le dimanche?

— Eh bien, non, figurez-vous : Augustin, non plus, ne tient pas aux chevaux. Comme moi, il préfère les bœufs.

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