CHAPITRE XVII
lemy pensa que cette chaleur venait sans doute du contact des nombreux paquets que Sophie avait entrés dans la maison.
Pendant le dîner, qu'Evodie voulut servir elle-même et qui fut trouvé excellent malgré sa simplicité, M"»® Deverne adressa diverses questions à la jeune cuisinière improvisée. Sophie arrangeait vite les effets et mettait différentes choses en ordre.
— Voilà une salade bien appétissante, dit M"^^ Deverne, en indiquant du regard les cœurs moelleux, délicats et roses qu'Elisabeth assaisonnait. D'où viennent-elles, ces laitues pommées?
— De notre jardin, madame. Nous en avons de fort belles en ce moment. Si vous les aimez, il faudra dire à Sophie d'en venir chercher, chaque fois que vous en désirerez.
— Bien aimable ! En effet, je ne me soucierais pas de celles du pauvre homme qui cultive le jardin de Sophie. Il les saupoudre des cendres de sa pipe, et, comme il est asthmatique, il doit beaucoup tousser en travaillant.
— J'ai déjà prévenu Sophie, madame. Elle viendra cueillir elle-même chez nous le légume dont vous aurez besoin.
— Parfaitement. Pour rien au monde, je ne voudrais manger celui de l'homme du jardin. Comment se nomme-t-il?
— Nicolas Schwartz.
— Un Allemand. Ces gens-là ne sauraient vivre sans leur pipe.
— Madame, le médecin lui a prescrit de fumer; il doit même ajouter à son tabac de feuilles de pomme épineuse, du datura, je crois.
— En ce cas, c'est différent. Mais c'est un poison, le grand datura; et les émanations en doivent être malsaines.
— Nous dirons à Nicolas de ne pas fumer sous vos fenêtres.
— Merci. Ce sera une bonne précaution. Sophie aura un carnet, dans lequel on inscrira régulièrement les légumes cueillis chez vous. Votre mère mettra le prix en regard de chaque article, et je payerai à la fin du mois.
— Je crois que ce serait un travail bien superflu, madame; nous n'avons pas l'habitude de vendre le légume et surtout pas à nos amis. Il y en aura toujours assez, pour vous et pour nous.
— Nous verrons; je m'entendrai avec votre mère. Mais vraiment, . cette salade est délicieuse. Où vous procurez-vous l'huile?
— C'est de notre huile de noix.
— Excellente.
— N'est-ce pas, maman, qu'elle est bonne? dit Elisabeth. Et quelle différence, pour la saveur de ces légumes, avec ceux qui se flétrissent dans les corbeilles des revendeuses du Molard !
Outre le rôti de veau, l'omelette et la salade, il y avait un joli petit dessert : cerises fraîches ; poires de la Saint-Jean, tendres et juteuses; groseilles, et un pudding au sucre brûlé. Evodie était bonne cuisinière.