‹ Un fils uniqueChapitre 92 sur 185 · CHAPITRE XVJI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVJI

— Eh! dites-moi, mon bonhomme, lui cria M"™® Deverne en l'apostrophant du bord de la galerie, que venez- vous faire dans ce jardin?

Nicolas prit sa pipe dans une main, découvrit de l'autre son crâne à peu près chauve, et dit d'un ton semi-respectueux :

— Madame, je viens voir si mon légume y souffre bien de la chaleur.

— Est-ce que ce jardin est à vous?

— Fectivement; c'est-à-dire, il est à la Sophie. M. Lacroix me l'a loué pour une année.

— Ne pourriez-vous pas vous abstenir de fumer quand vous y viendrez travailler?

— Oh ! voï. Madame il aime pas la pipe?

— L'odeur du tabac me fait mal.

— Alors, ma foi, je suis bien fâché. Je fumera plus ici. Et pour prouver qu'il disait vrai, Nicolas secoua les

cendres de sa pipe, lesquelles s'éparpillèrent dans un carreau de belles laitues. Comprenant qu'il était de trop par là, le pauvre homme s'en retourna chez lui pour conter à Peter sa mésaventure.

— Vi, ma foi ! dit-il en manière de conclusion à son récit, cette dame, il est, je crois, bien xigeante.

— Il faudra être toujours poli avec elle, dit Peter, et ne pas la contrarier.

— C'est bien sûr; mais il faut pas non plus elle me contrarie.

La voiture étant complètement déchargée, Barthélémy vint saluer les dames et leur demander s'il pouvait leur être utile à quelque chose.

— Je ne pense pas, non; merci de votre obligeance, répondit M"^^ Deverne. Si seulement, monsieur Barthélémy, vous aviez la bonté de faire donner quelque chose à manger au cocher? Nous ne pouvons guère le recevoir ici.

— Son dîner l'attend à la maison , où le cheval a aussi trouvé place.

— Merci, mon ami. Votre père me comptera la dépense. Au revoir.

— Bonjour! lui dit amicalement Elisabeth. Barthélémy passa à la cuisine, où il trouva sa sœur

et Sophie.

— Je n'ai pas encore pu vous serrer la main, dit-il à cette dernière ; il faut pourtant se donner ce plaisir, maintenant que vous voilà de retour pour deux mois. Vous voyez bien qu'il ne fallait pas tant pleurer en quittant les Ballandes.

— C'est vrai, répondit-elle. Je retrouve ici de bons amis, mais je ne retrouve pas mon père. — Dans ma position d'orpheline, j'ai cependant bien des grâces à rendre à Dieu. Votre père est un conseiller et un ami précieux pour moi.

— Oh! oui, il vous aime bien, allez seulement. Bonjour, Sophie. Je pense qu'on vous permettra de venir souvent chez nous. Le jardin est assez joli maintenant; il y a une masse de roses.

— Merci; j'irai bien volontiers.

Barthélémy serra de nouveau la main qui lui était tendue, et s'en alla chez lui. Elle était chaude, cette main, mais ferme, comme toute main active. Barthé-

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