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ministre de l'Intérieur, je le trouvois très indisposé contre les '

genevois en général, les autres ministres et un grand nombre ■■

des membres de la Convention Nationale me parurent être ;

plus ou moins dans les mêmes principes. lis approuvoient >

beaucoup les genevois de ce qu'ils cherchoient d'abord par I eux-mêmes à conserver leur indépendance mais ils les blâ-

moient de n'avoir pas témoigné à la Convention Nationale ,

leur inquiétude sur l'entrée des troupes françoises dans la j

Savoye, sans se servir ensuite de moyens qu'ils considéroient ! être hostiles ; ils en auroient reçu disoient-ils une satisfaction

pléniére et par cette démarche le gouvernement de Genève •

auroit évité les manquemens des traités conclus avec la '

France. Comme j'eusse désiré moi-même que le gouverne- < ment de Genève eût reconnu plutôt la République françoise et

eût fait ces démarches auprès d'elle, comme je croyois très ;

important pour notre Patrie qu'on n'eût demandé aux '

Suisses des secours qu'après ces procédés, dûs à d'anciens j

alliés et à des amis et qu'en attendant les genevois seuls se |

fussent présentés sur leurs remparts, je parvins à me faire i

écouter favorablement. :

« Après avoir été vainement chez M. Tronchin chargé des ; affaires de notre république auprès des F'rançois, je cherchois à avoir une conférence avec le citoyen Le Brun, Ministre des

affaires étrangères, pour donner plus d'importance aux pro- j

messes qu'il m'avoit faites verbalement, le ministre voulut i

bien le 28 ybre m'adresser une Lettre^ par laquelle il m'assuroit ]

la conservation et l'indépendance absolue de notre petit Etat j

movennant qu'on ne permit pas l'introduction de Suisses 1

armés dans ses murs et son territoire. Je voyois dès lors claire- '

ment que l'entrée des troupes suisses dans Genève pouvoit ;

devenir le moven le plus assuré de perdre de fond en comble :

notre patrie ; j'en écrivis aussitôt à M, le Professeur Pictet et |

le priois d'en aviser le Conseil des 25. Je commençois à redou- '

ter infiniment la prépondérance que paroissoient prendre deux ] partis nouvellement formés dont l'un tendoit à mettre notre petite République sous la domination françoise, l'autre ne

1 Voir p. 256-257.

vouloit rien moins que tenir au milieu de nous une garnison à la volonté de cette Puissance.

« D'autre part j'étois affligé d'entendre dire sans cesse que la République de Genève avoit manqué aux traités de 1679, 1584 et 1782. De concert alors avec notre zélé et infatigable concitoyen Gautier de Lessert, nous fîmes toutes les démarches possibles pour persuader soit les ministres, soit les Députés à la Convention que si le gouvernement avoit paru manquer à ces traités c'est qu'il avoit été dirigé par des craintes qui pouvoient paroître très fondées.

« Dans ces entrefaites on nous fit part d'un ordre émané du Conseil exécutif provisoire en date du 28 7bre et que le citoyen de Montesquiou étoit chargé de faire connoître à la République. Nous en fûmes étourdis, je savois.d'un côté que le citoyen Roland n'avoit pas assisté pour raison à ce conseil, d'un autre côté on m'assuroit que le citoyen Clavière ministre des contributions ne s'y étoit pas non plus rencontré. Je vole aussitôt auprès de mon respectable ami le citoyen Roland, je le supplie de retourner en Conseil malgré les raisons qui l'en avoient éloigné; je lui fais envisager que le salut de notre République me paroissoit dépendre de sa présence. Cet homme si rare par ses vertus, par ses mœurs et par l'excellence de son jugement ne se rappeloit déjà plus les calomnies atroces que quelques membres de notre gouvernement s'étoient plu à répandre sur lui ; il parut se laisser fléchir par mes prières, sa digne et bien étonnante Epouse se joignit avec empressement à moi pour finir de le déterminer. Le Citoyen Roland fut en Conseil. Un autre ordre de chose en résulta et une détermination nouvelle émanée du Conseil exécutif provisoire fut portée à la Convention nationale où elle y fut décrétée. C'est à cette époque qu'arrivèrent à Paris MM. Souter Martin et Gasc chargés des ordres du Conseil des 25.

« Un perfectionnement à ce décret fut présenté de nouveau à la Convention nationale par le transcendant Brissot. Nos concitoyens De la Planche, Flournoi, Mouchon furent témoins avec moi des débats qui s'élevèrent à cette occasion. C'est le lendemain 17 8bre vers les deux heures que les deux premiers articles de ce décret furent approuvés. Ce fut alors que Danton

cy-devant ministre de la justice monta à la Tribune et y |

témoigna sa surprise de ce que le i^»" article qu'on venoit de !

décréter étoit contraire à ce qui s'étoit passé au paravant au I

Conseil exécutif provisoire : C'étoit de conserver Genève comme '

un lieu propre à mettre une garnison françoise dans un be- '

soin; mais on passa à l'ordre du jour. Enfin l'excellent ^

Johannot notre concitoyen m'ayant apporté avec l'expression ;

d'une vraye jouissance la copie du décret ci dessus de la Con- |

vention nationale avec le Sceau et la Signature du Président et !

de deux secrétaires, je me décidai aussitôt à partir en poste j

avec M. Mouchon pour porter plus promptement à notre j

Chère Patrie l'assurance certaine de son entière indépendance. \

Heureux si je ne l'eusse pas trouvée cette chère Patrie déchirée |

de plus en plus par la Discorde. Puissent tous ses individus

concevoir les charmes dont leur vie pourroient être parsemée.

Puissent-ils en ne cherchant qu'à former entre eux une Na- |

tion de frères y réunir les vertus, les mœurs et le bonheur. i

« J'ai l'honneur d'être avec des sentimens d'une profonde

considération

« Votre Concitoyen Henri Albert Gosse,

Mtre en Pharmacie. '

« Ce 25 8bre 17^2 dans le site de l'Europe le plus fortuné. » '

(brouillon) \

Annexe XIII

Projet d'adresse soumis par Pictet de Rochemont 1 à H. -A. Gosse pour être présentée aux Md'gistrats au nom des Egaliseurs (février lygSj.'^

« Citoyens magistrats !

« Nous sommes allarmés sur le sort de notre Patrie. Nous déposons nos craintes dans le sein des Magistrats que nous

1 A propos de Pictet de Rochemont, voir dans La Conspiration de Compesières, poème en patois savoyard, 1695. Introduction et notes par Ph. PLAN; Imp. Fick 1870, page 7 et note 1.

2 Voir p. 259.

avions choisi pour en prévenir les causes. Nous réclamons votre vigilance, votre sagesse, votre patriotisme et surtout votre fermeté.

« Une nation libre vous a remis les rênes de son gouvernement. Connoissez le prix de sa confiance. Le dépôt de notre sûreté vous est remis. Vous êtes responsables du maintien de l'ordre public. Vous devez avoir sans cesse devant les yeux la nécessité de punir d'une main ferme tous les individus qui tenteroient de le troubler. Ne craignez pas, Citoyens, de trouver des résistances dans l'exercice de votre autorité. La volonté nationale lui servira toujours d'appui pour réprimer les désordres, pour en châtier les auteurs, pour déconcerter les manœuvres sourdes des ennemis du bien public. — Aucune volonté partielle ne doit influer sur vos démarches, aucune considération personnelle ne doit vous retenir, aucune crainte ne doit vous troubler, lorsque le grand intérêt de la tranquillité publique se trouve compromis.

«Nous voulons /a liberté et l'égalité. Nous voulons la liberté de tous, l'égalité de tous devant la loi. Eh! certes. Citoyens! Quand nous avons banni le despotisme de nos murs, nous n'avons pas prétendu faire naître un despotisme nouveau ! Nous vous avons élus et confirmés pour veiller sur nos droits, pour maintenir notre indépendance chérie, pour faire régner parmi nous l'ordre et la sûreté. — Et comment l'assemblée nationale que nous venons d'élire travailleroit-elle avec le calme nécessaire au grand ouvrage de notre Législation si la tranquillité publique n'étoit maintenue par l'autorité? Nous nous joindrons toujours à vous, Citoyens, nous vous promettons toujours l'appui de la nation genevoise entière lorsque vous agirés pour le bonheur public par le maintien de l'ordre et de la sûreté.

« Nous faisons des vœux pour la prospérité et l'Indépendance de notre chère Patrie, et nous vouons à ses magistrats respect et fraternité. »

XXXVIII — .-j

Annexe XIV

Couplets chantés le 28 juin (lygS), à la table des Comités et de l'Assemblée nationale *.

Sur l'air de : L'Hvmne des Marseillois.

Sublime auteur, divin génie,

Ton jour de gloire est arrivé.

C'est le plus beau de notre vie,

C'est le jour où tu nous est né. (bis)

Pourquoi le Dieu que l'on adore

Ne te rend-il pas à nos vœux?

Sans doute tu serois heureux,

Mais nous le serions plus encore.

Citoyens Genevois, par un hymne nouveau, Chantez, (bis) c'est aujourd'hui la fête de Rousseau, (bis)

Héros plein d'un noble courage, {

Il attaqua les préjugés.

Brisa les liens d'esclavage. i

Que des tyrans avoient forgés, {bis) ]

Profond et sage politique,

Philosophe sensible, humain.

Il fut éloquent Ecrivain.

Pour la félicité publique, j

Citoyens Genevois, fut-il un jour plus beau? Chantez, (bis) c'est aujourd'hui la fête de Rousseau, (bis) \

1 Voir p. 264. 1

Victime de la calomnie,

Rousseau se vit persécuté, •

En consacrant toute sa vie

A soulager l'humanité, (bis)

Nous devons réparer l'outrage

Qu'on osa faire à ses vertus.

Tous les ans, que nos cœurs émus

Viennent lui rendre leur hommage.

Citoyens Genevois, fut-il un jour plus beau ! Chantez, {bis) c'est aujourd'hui la fête de Rousseau, {bis)

Déjà la terre se réveille,

Au doux nom de l'Egalité;

Si l'Autriche encore sommeille, I

Le François a la liberté, (bis)

Nous donnons avec lui l'exemple;

Bientôt tous les peuples amis, '

Et par leurs droits communs unis, i

A la paix construiront un temple.

Citoyens Genevois, fut-il un jour plus beau! ' ;

Chantez, (bis) c'est aujourd'hui la fête de Rousseau, [bis)

Oui désormais libre et tranquille

Le Genevois en paix vivra.

Tous ne feront qu'un dans la ville,

Le bonheur y résidera, (bis)

L'Etranger dans notre Patrie

Trouvera les mœurs de Roussscau,

Et comme un arbre toujours beau.

Nous la verrons toujours fleurie.

Citoyens Genevois, fut-il un jour plus beau ! Chantez, (bis) c'est aujourd'hui la fête de Rousseau, (bis)

Annexe XV

Voir : Discours pour servir d'introduction a un ouvrage POSTHUME DE François-André Naville, par M. DE VÉGOBRE ^ i8o3, p. 122 et suiv.

... « Cependant le bruit du danger que couroit un liomme si cher aux Genevois honnêtes, excitoit en sa faveur le zèle d'un grand nombre de citoyens révolutionnaires. Un d'eux, (M'" Gosse) rempli d'humanité, pénétré d'admiration et d'un dévouement même exalté pour ce vrai Patriote dont il jugeoit l'existence si précieuse à sa Patrie et dont il venoit d'entendre la Défense et le Jugement, proposa par deux fois sur le lieu même que la masse des Révolutionnaires prit les armes, pour arracher ce respectable Citoyen à la fureur de ce très petit nombre, qui vouloit l'immoler. D'abord il s'adressa à l'oreille ' d'un homme, à qui il devoit croire de l'influence. Celui-ci lui mit la main sur la bouche, en lui disant : Vous êtes perdu, ; nous sommes perdus, si on vous entend. Il ne se rebuta point, i mais, avec un sentiment qui donnoit une énergie étonnante | à son langage, il osa haranguer une grande multitude de < citoyens rassemblés dans la rue de l'Hôtel de Ville. On l'écou- J toit avec un silence qui indiquoit l'indécision. Des amis timides ou des hommes apostés par le Tribunal viennent l'arracher à cette foule avec toutes les démonstrations de l'effroi. Chacun lui répète, que ses efforts, souverainement dangereux pour lui-même et pour tous ceux qu'il pourroit entraîner, seront inutiles pour sauver l'objet de son dévouement. Il ' rentre dans sa maison désespéré et respirant à peine. Quelques momens après, il apprend que tout s'agite, et qu'on i s'arme dans plusieurs quartiers ensuite de l'impulsion pro- j duite par le discours qu'il avoit tenu à la foule sur la porte de . l'Hôtel de Ville. Il renaît et court à ses armes, il se réunit au peloton le plus voisin de sa demeure et se range au premier I rang. » |

— Un sursis de 24 heures est enfin obtenu. — \

1 Voir p. 267. '

... « Mais tandis que le crime paroit veiller seul auprès de sa victime dans cette nuit horrible,.... le même citoyen dont le zèle et les discours avoient ébranlé la masse des révolutionnaires honnêtes n'avoit pu malgré ses pressantes sollicitations, persuader ceux qui avoient pris les armes, de ne point les poser, avant d'avoir mis en sûreté des jours si chers et si cruellement poursuivis. Comme il se défioit toujours de ce sursis, dont on se servoit pour endormir les citoyens, il imagine un nouveau moyen pour sauver la victime. Il avoit entendu le premier Opinant d'entre les Juges motiver l'arrêt de mort qu'il prononçoît sur ce que •" // lui falloit avoir deux consciences. Il imagine d'en faire contre ce juge un sujet de récusation au nom du Peuple et des Loix éternelles de l'Humanité et de la justice, et par conséquent de faire annuler cette odieuse sentence qui avoit été prononcée à la pluralité d'une voix. Il dresse une pétition à la hâte; deux autres citoyens l'appuient, et il court avec intrépidité la porter lui-même au Tribunal en requérant en personne qu'on l'entende et qu'on fasse droit à sa pétition. Comme son zèle l'aveugloit! un membre du Tribunal propose que pour toute réponse, on mette en arrestation le Pétitionnaire. La moindre impulsion, le moindre incident auroit pu réaliser la menace. »

Annexe XVI

Copie des notes remises (par Gosse) che^ le Citoyen Syndic Rivard le samedi 1 3 juin lygS sur des accidens résultant de la liberté qui est laissée aux cochons de se promener dans les rues^.

i^"" fait :

Il y aura lundi prochain 3 semaines dans l'après midi que la Cit' Paquet demeurant au 3' étage, maison Staib rue du Boule tenoit à ses côtés au haut de la rue Verdaine l'enfant du

1 Voir p. 315.

Cit. Einery des Eaux-Vives âgé de deux ans. Cet enfant avoit à la main un petit morceau de pain ; un cochon qui passoit à côté de cet enfant se saisit du morceau de pain et de la main qui le tenoit, ses dents y furent aussitôt profondément enfoncées, heureusement qu'on arrêta le mal et qu'on empêcha que le bras ne fut amputé, les plaies se sont guéries avec assez de promptitude.

2' fait :

Il y a quelques jours que leCit. Nicodet, menuisier, maison Prévost au bourg de four se promenoit pour sa santé sur S* Antoine vers les 7 heures du soir. Un cochon qui se promenoit aussi se sépara de ses collègues pour se lancer à quatre pas de distance sur le gras de la jambe du dit Cit. Nicodet lui fit deux blessures que des [illisible] ont fait refermer.

Le Cit. Gosse supplie le dit Syndic Rivard de prendre ces deux faits en considération d'en faire part au département des [illisible] afin qu'il prenne dans sa sagesse des mesures pour que des maux plus fâcheux ne puissent résulter de cet abandon des cochons dans les rues, d'ailleurs, les fumiers, les cours et les écuries dans lesquels on conserve ces animaux peuvent produire des exhalaisons dangereuses....

Annexe XVII

Fragments du « Mémoire sur l'objet de la mission Gervais et Odier concernant l'arrêté du Directoire du i y frimaire. » {Oct. 1797).^

« La mission des citoyens Gervais Syndic et Odier-Chevrier députés extraordinairement par le gouvernement genevois près le gouvernement français a deux objets bien distincts 2.

1 Voir p. 363

2 Ce mémoire, qui fait partie des papiers Gosse, a paru in extenso dans le savant travail de M. Ed. Chapuisat. Op. cit. p 425.

Nota. — Cette pièce et une autre : Considérations sur Genève et sur ses rapports avec la République française en général, et avec les Départeniens voisins en particulier, furent sans doute remises à Qosse pour lui permettre d'agir de son côté.

« i" De déclarer au nom de leur gouvernement qu'il a été peiniblement affecté des motifs énoncés dans le considérant de l'arrêté du 17 frimaire, et qu'il espère que le Directoire exécutif sentira qu'il ne suit pas de ce que quelques Genevois ont pu se livrer à la contrebande, que la République de Genève doive être accusée de servir continuellement d'entrepôt aux marchandises anglaises, et qu'il serait injuste de reporter sur une nation toute entière la responsabilité des torts dont un petit nombre de ses citoyens pourraient être prévenus.

« Le Directoire exécutif ne peut d'ailleurs ignorer que la contrebande qui fournit quelquefois matière et plus souvent prétexte à tant d'accusations contre Genève, s'exerce avec plus d'activité peut-être sur presque tous les points des frontières Françaises ; que le gouvernement genevois a déployé et souvent même dépassé tous les moyens que la Loi lui accorde pour la prévenir ou la réprimer, et que les diverses mesures qu'il a prises sous les yeux du Résident français et presque de concert avec lui, l'ont souvent convaincu et ont mis sans doute le Résident à portée de convaincre les ministres que c'est beaucoup moins les Genevois que les Suisses et les Français qui sont accusables de contrebande.

« Le gouvernement de Genève est si loin de vouloir justifier la contrebande des marchandises anglaises qu'il est au contraire disposé à concourir de tous ses moyens et comme il l'a fait jusqu'à présent, à ce que le but principal de cet arrêté soit rempli, c'est-à-dire à s'opposer autant qu'il sera en lui, à ce que les objets manufacturés en Angleterre soient introduits en France par son territoire.

« 2° De solliciter du gouvernement français qu'il veuille bien interpréter lui-même son arrêté du 17 frimaire, de telle sorte que cet arrêté ne soit jamais soumis aux interprétations arbitraires et diverses des citoyens préposés à la douane française.

« Et à cet égard nous rappelons que l'arrêté du 17 frimaire ne frappe textuellement que les marchandises^ que son considérant démontre que c'est surtout, peut être même exclusivement contre les marchandises anglaises qu'il est dirigé, et que cependant une lettre du 27 frimaire addressée par le Cit. Directeur des Douanes aux citoyens préposés aux bureaux de

Versoix, de la Perrière, de Carrouge, de Vésenaz etc. etc. donnant à l'arrêté une extension arbitraire, applique ses dispositions, non seulement aux marchandises, mais même aux Denrées dont le Directoire exécutif n'avait point parlé et dont il n'était pas raisonnable de penser qu'il eût voulu priver Genève.

« L'intention du Directoire exécutif n'a jamais été de réduire la République de Genève à l'impossibilité d'exister et cependant tel serait l'effet de l'interprétation donnée à son arrêté du 17 frimaire par le citoyen Gay ^

« En effet, quoique la population de la République de Genève, y compris les mandemens enclavés n'excède pas trente quatre mille individus, cette population est néanmoins tellement considérable relativement à la petitesse du territoire genevois, que ce territoire tout entier pourrait à peine fournir à la nourriture de la sixième partie de ses habitans.

« Les mandemens enclavés récoltent au delà de leurs propres besoins ; ils importent donc à Genève leur excédent et cet excédent quoique très faible en proportion des besoins de Genève, lui serait pourtant ravi contre les intentions du Directoire, par le seul fait de la lettre du citoyen Gay à ses subordonnés.

« Genève sous les rapports commerciaux, eut toujours à se louer de la France monarchie; elle jouit depuis deux siècles de la liberté du transit. La communication par le lac entre Genève et la Suisse a toujours été libre.

« Genève n'aura pas à se plaindre de la France république et comment serait-elle écoutée avec défaveur, lorsque pouvant appuyer ses réclamations sur des traités, sur un usage immémorial, elle se borne à dire à la France : « Notre existence est « aujourd'hui dans vos mains. Soyez justes ou l'une des plus « anciennes Républiques de l'Europe votre plus constante « amie, disparaît de la liste des nations et périt. »

1 Directeur des douanes à Carouge.

Annexe XVIII

Sauce genevoise pour accommoder les truites du lac, recette de madame Gosse-Agasse ^

Pour une truite de lo 1., l'on met huit bouteilles de bon vin blanc, mêlé de rouge si l'on veut pour que le poisson soit à peu près recouvert. On met le vin sans le poisson dans la poêle à poisson et on le fait cuire un quart d'heure avec racine de persil, racine jaune, plusieurs oignons, laurier, marjolaine, basilic, liés dans un petit linge en sac; écorce de citron, poivre, sel, clous de girofle, assez pour donner beaucoup de goût à la sauce et au poisson fade de sa nature. Lorsque cette sauce a pris le goût de ce qu'on y a mis, on ouvre sur le dos le poisson pour qu'il n'éclate pas et on le met dans la poissonnière où on le laisse cuire V/» d'heure au plus car il doit rester ferme. On le sert sur le plat qui doit paraître sur la table sans sauce, en le tenant à une égale chaleur jusqu'à ce que la sauce soit terminée. Pendant que le poisson cuit, on a mis sur le potager une grande casserole avec 3o onces de beurre très frais, 5 onces de fine farine qu'on tourne dans ce beurre, puis on y vide une grande écuelle de bouillon de viande, puis le poisson étant dressé, on y ajoute toute la sauce dans laquelle il a cuit après l'avoir passée par un tamis. Lorsque cette sauce cuit, on prend assez de bon beurre frais qu'on divise en morceaux gros comme un petit œuf qu'on roule dans la farine et qu'on jette morceau par morceau en remuant la sauce jusqu'à ce qu'elle présente une consistance assez épaisse. On termine sa sauce en y mettant de la crème, du jus de citron, et de la fleur de muscade bien pilée. Ceux qui aiment le coulis d'écrevisse en mettent. On verse la sauce sur le poisson, le surplus se sert dans un saucier, car la sauce longue rend le poisson savoureux.

1 Voir p. 384.

Annexe XIX

Micheli à Gosse. '^

« Paris le 20 Pluviôse 6. (8 fév. 1798).

« J'ai à me plaindre mon cher Gosse de ce que vous êtes parti sans me souhaiter un petit bon jour, vous avés beaucoup trop respecté mon sommeil et malgré le besoin que je pouvois en avoir j'y aurois renoncé bien volontiers pour avoir le plaisir de vous voir quelques instans de plus. Je ne vous dirai point combien je me trouve seul et isolé, combien j'aurois désiré conserver de bons Genevois connoissant comme vous la carte du Pays pour méditer avec eux les démarches qu'il falloit faire et celles dont on devoit se garder malgré les apparences d'utilité qu'elles pouvoient avoir. Je me sens chargé d'un poids effrayant de responsabilité et si le désir de servir ma patrie n'ajoutoit à mes forces naturelles je serois à tout moment prêt à perdre courage, mais je n'ai pas besoin de vous dépeindre ma situation et j'ai vu que vous sentiez tout ce qu'elle a de délicat et de pénible. Ce qui la rend plus fâcheuse encore c'est le peu de connoissance que l'on a à Genève du seul plan de conduite que je doive adopter, si j'avois voulu y chercher des applaudissemens et caresser les opinions qui y étoient en faveur, vous le savés mon cher Gosse nos affaires auroient fort empiré. Je compte beaucoup sur la confiance de mes concitoyens pour les éclairer sur leur position et sur leurs véritables intérêts. Vous avés approché assez près le centre de la grande machine pour juger de ses effets sur les petits rouages qui s'y trouvent engrenés et qui seroient bientôt brisés, s'ils s'avisoient de vouloir communiquer à un certain point leur impulsion particulière.

« Le G" Humbert vient de m'envoyer sa brochure dans laquelle il n'a pas craint d'entamer la question de la réunion et il la traite presque sous le seul rapport de Carouge comme si

1 Voir p. 405.

cela devoit faire un grand effet sur le D. E. Il me proposa d'en envoyer aux membres du CC et du D.... Cela vous prouve, mon cher Gosse quelle idée il a de ce pays. Il demande encore des cessions de territoire dans les départements de l'Ain et du Mont-Blanc. Il me blâme beaucoup de n'être pas entré en lice dans les journaux, vous savés par vous même ce qui en est et si cela n'est pas sujet à de grands inconvénients. Je désire que sa brochure ne fasse pas plus de tort à la République que ma circonspection »

Annexe XX

Lettres du Syndic Gerpais à H. -A. Gosse au sujet de la Réunion *.

« Genève 14 mars 1798.

« Je mis à la tisanne mon cher camarade, la santé s'en va, et vous m'écrivez comme les grands de la terre par un Courier de cabinet. Votre dépêche m'a fait plaisir, elle est tempérante, mais nos gens ne connoissent rien à ce genre, tout est en mouvement chez nous.

« Voici où nous en sommes :

« Une grande partie de nos concitoyens est travaillée par l'intérêt une seconde par la crainte. Les négocians calculent les avantages du commerce, les autres sont effrayés par l'idée d'une sommation, d'un blocus, ou de tout autre occupation militaire II y a encore une partie considérable de citoyens qui affectent de redouter les syndics qui doivent entrer en fonctions, qui les redoutent peut être, à cause de leurs liaisons avec les gens de la Grille, enfin tout ce qui peut agiter les esprits existe chez nous, et malgré cela la tranquillité publique n'est pas troublée.

1 Voir p. 408.

« Vous aurez communication de tous les faits essentiels par notre min...

« Vous devez juger que nous sommes bien malades, l'esprit Public a beau être bon, le tems tue tout, les troupes approchent, les intrigues jouent et la désorganisation semble se préparer. Cependant un mot pourroit nous sauver, il y a un sentiment profond qui domine et l'emporte encore sur l'intérêt. Si l'on peut en profiter, et que d'autre part il n'y aie pas un vœu prononcé, un arrêt définitif, nous pouvons espérer de nous revoir. Courage donc mon cher camarade, aidez moi s'il est possible de vos conseils, je n'ai pas le tems de faire des lettres, de tout dire; ce que vous apprendrez avec plaisir, c'est que je n'ai pas perdu l'espérance et que je serai loyal jusqu'au bout.

« Bien des choses à notre M... je ne lui ai pas écrit à la vérité, mais j'ai partagé ses peines. Je tâcherai par courrier ordinaire de vous dire où nous en sommes, ou vous saurez que nous ne sommes plus.

« A six heures Mad. Co'"'' est entrée en ville, elle a annoncé son départ et celui du R. Celui-ci m'avoit dit le matin qu'il était mandé à Berne, mais que son amitié pour nous l'avait empêché de partir, je soupçonne très fort qu'il partira demain. Il est g heures du soir, le courrier part à dix et fe vous salue.

« P. S. Dites à notre M. que son collègue P. vient de sortir du chézR. où il a passé près d'une heure, demandé par lui, il lui a paru plutôt inquiet qu'exaspéré, il a paru surpris et fâché que la commission se fût relevée du secret et eût donné connaissance à ses concitoyens de l'objet de la note de son refus, il a cru que la phrase de réserve qui ne porte que sur l'indépendance portoit aussi sur les droits politiques, l'erreur n'a pas été difficile à rectifier, d'ailleurs c'étoit sa faute, pourquoi n'a-t-il pas voulu garder la note? il a paru continuer à annoncer son départ prochain, à moins (que ce que P. lui a démontré être impossible) il ne reçut très promptement un oui à ses propositions inofficielles.

« Cette addition doit aller avec les détails que vous recevrés par notre M. et vous pardonnerés l'ordre à un pauvre diable qui n'en peut plus. »

«. Genève 26 mars 1798

« Mon cher collègue voici encore de mes nouvelles, c'est-àdire que tout est en place chez nous.

« Vous savez maintenant la création de la Commission, la note remise et refusée, la position critique du gouvernement et l'inquiétude qui agite les esprits. Depuis le départ de notre Courier, il ne s'est rien passé de nouveau, un moment de relâche a porté dans les cœurs un peu d'espérance et cela semble même avoir bonifié l'esprit public. Une partie de l'armée d'Italie s'avance, les avant postes sont à Versoix et Fernex, et suivant la route indiquée par les Fouriers une partie doit passer par le Fort de l'Ecluse, et l'autre par notre Ville.

« Le Rés* n'a point quitté la campagne *, mais il est matin et soir à la Ville, il continue d'appeler les Citoyens, et tient à tous un langage approprié à leur caractère. Aux aristo" il promet l'anéantissement de la Grille, aux Patriotes, les places du gouvernement, aux ministres l'établissement de la Religion protestante dans toute la Rép. française, même de l'b'nivers, Abondance de denrées, liberté de commerce, petite garnison et enfin tout ce qui est contraire à la Constitution française. Ce que je vous dis est à la lettre, je crois qu'il est bon que vous connoissiés les détails. Sa voiture a été deux jours chez le sellier et Mad. Concler a fait ses adieux à sa famille.

« Voici cependant quelques modifications. 11 m'a dit qu'il étoit mandé à Berne pour conférer avec les citoyens Mengaud et Mangoury sur les nouvelles limitations de la Suisse et qu'il laisseroit sa famille ici. D'autre part son langage hier et aujourd'hui a été très radouci. Il a dit à l'avocat Argd puisque vous voulez rester indépendans, la Rép. F"' qui est aussi indépendante fera sur les frontières ce qu'elle voudra et vous ne pourrez plus bouger, et au Prof. P. qu'on ne vouloit pas nous prendre par la voie des armes, mais qu'il attendoit une réponse en oui ou non. Si c'est oui, a-t-il dit, je reste. Si c'est non.

1 Les Délices, à St-Jean.

je pars. Vous devez penser que les réponses ne manquent pas, mais l'affaire n'en est pas moins inquiétante, il est clair qu'il a une marche qui se suit et qu'elle deviendra d'autant plus vive et accélérée que le R. est actuellement convaincu qu'il n'obtiendra pas une réponse favorable, personne ne peut se charger i de dire un oui qui sera regardé comme officiel, à une question de cette importance et qui est faite inoflfîciellement. Il y a plus ' des sociétés nombreuses ont déjà remis des adresses à la Com- | mission pour la remercier de sa conduite, et déclarer qu'elles I n'ont pas entendu que la dite Commission put aliéner l'indé- j pendance de l'Etat... Il reste il est vrai une certaine classe de i gens en arrière, il faut les distinguer. La première partie est i composée des négocians, plusieurs pensent que le commerce ' ne reprendra jamais, ils croyent qu'il faut de grands change- ' mens dans nos rapports politiques avec la Rép. Fr^^, mais ils ne se prononcent point encore, et même ne se prononceront pas, aussi longtems qu'une masse de Cit. guidés par l'honneur i garderont le silence. La 2' est plus pressée, elle est composée j des yvrognes et des Paresseux qui habitent les caves. Grenus j les souffle et sans les Patriotes de la Gr^« et de quelques cer- ! clés de St Gervais qu'ils redoutent ils seroient très dangereux. I Une crainte encore les retient, elle provient de l'incertitude i des nouvelles qui peuvent arriver, ils savent que le R. a fait partir son domestique en courier vendredi passé, ils attendent son retour. 1

« Voilà mon cher notre situation, hier samedi et aujourd'hui i dimanche nous avons été très tranquilles, les progrès du mal ' sont lents, mais si nous ne sommes soutenus par quelques ' remèdes, gare l'inflammation. Ces remèdes d'où viendront-ils .'' Je l'ignore, mais je crois qu'ils ne peuvent venir que de chez | vous. Le s'est trop avancé pour ne pas perse- ;

vérer dans la carrière, nos forces morales doivent s'épuiser, elles ne peuvent lutter longtems contre les intrigues, l'intérêt, ; la crainte et la misère. ]

« Mon ami R vous avoit promis quelque chose, il me charge ; de vous dire qu'il vous tiendra parole et que si vous voulez ' avoir un détail suivi de ce qui se passe tous les jours chez nous, vous n'avez qu'à voir son fils auquel il écrit régulière- | ment. Le général Girard dit Guerre notre concitoyen est tou- j

jours ici, il paroit s'attendre au commandement de la place. Le R. m'a dit et répand que 2 mille Cit. demandent la réunion. Sur tout cela mon cher, je vous embrasse, excusez l'ordre de ma lettre, en vérité je suis sans cesse interrompu par les hommes et par de tristes idées.

« Présentez je vous prie mes amitiés à notre Min. donnés nous de vos nouvelles et soit en bien, soit en mal, tâchez de savoir quel sera notre sort...

« N. B. Nous aidons les pauvres et tous ceux qui souffrent

de la crise actuelle.

« Tout à vous. »

« Genève 11 avril 1798.

« Voici donc votre lettre du 5 mon cher collègue, je voudrois pouvoir vous répondre des choses agréables, parler du gaz, de l'éther, des roches primitives, toutes ces choses sont loin de ma tête, une seule m'occupe, le salut de mon Pays.

« Le Conseil écrit aujourd'hui à notre Ministre, personne ne connoit mieux que moi la lettre, voici ce qu'il faut ajouter : en parlant des signatures, on dit que le C. R. en reçoit, par de nouvelles informations, il paroit que le fait est douteux, il a dit qu'il pourroit en avoir 800.

« On lui a parlé de l'incident, il a rassuré, et les troupes qui dévoient passer dans la Ville resteront je crois à Fernex et environs. En ce moment mardi après midi, la Commission est assemblée. Le C. R. a fait demander à des membres du Comité une réponse positive sur cette question : Quand estimerez-vous que le silence du Dir. E. — prouve son vœu pour votre réunion, et cette seconde, à quelle époque renoncerez-vous à vos négociations par courier. C'est le sens, rien n'est écrit et je ne me rappelle pas bien les paroles.

« A midi et demie, il a dit au prof. P. qu'il vouloit réponse à la seconde question le soir et à la première, demain. Je l'ai peu vu, le R. et sans vanité, mon cher compatriote, si tous les Cit. avoient eu la même persévérance, le même langage que moi, les choses ne seroient pas si avancées. Dans notre dernière

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